Boniface GUIDI, à propos de I’IPD Atlantique : « Nous avons 3 466 enseignants à contrôler, à former » - Journal Educ'Action

Boniface GUIDI, à propos de I’IPD Atlantique : « Nous avons 3 466 enseignants à contrôler, à former »

14 mins read

Leur corps est créé depuis 2013 par l’arrêté 2013 N° 227 du 15 novembre 2013 dans le but d’œuvrer pour l’amélioration des résultats scolaires au Bénin. Depuis leur nomination, ils s’adonnent vaille que vaille dans leur département respectif, à la formation des enseignants malgré l’insuffisance des moyens. Eux, ce sont les Inspecteurs Pédagogiques Délégués (IPD). Après des années d’existence, Educ’Action s’est entretenu avec l’IPD de l’Atlantique, Boniface Guidi, en poste depuis quatre (04) ans, pour connaitre les tenants et les aboutissants de ce corps. Interview !

Educ’Action : Inspecteur, faites-nous la genèse de cette reforme.

Boniface GUIDI : Au départ, c’était la Direction de l’Inspection Pédagogique (DIP) qui coordonnait les actions des inspecteurs sur le terrain. Dans les départements, la DIP est représentée par l’Inspecteur Pédagogique Régional (IPR) qui est sous la Direction Départementale des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle (DDESTFP). L’IPR gère tout ce qui concerne l’encadrement pédagogique dans le département. Mais de façon générale, la relation hiérarchique qui existe entre l’IPR et le DDESTFP n’est pas toujours meilleure dans le cas où le DDESTFP n’est pas un inspecteur. Pour remédier à cette situation et pour couvrir toute l’étendue du territoire national, les IPD ont été créées. Ils ont pour missions, la couverture de l’action pédagogique sur toute l’étendue du territoire national, ce qui n’était pas le cas auparavant. Il n’y avait pas l’action de proximité. Donc pour rapprocher l’inspection des inspectés, les IPD ont été créées. Leur contexte de création est caractérisé par le taux élevé d’enseignants et de chefs d’établissements n’ayant jamais reçu la visite d’inspection dans l’exercice de leurs fonctions ; le taux élevé d’enseignants n’ayant pas fait l’objet de remédiations appropriées ; la tendance à la banalisation des animations pédagogiques ; la recrudescence des cas d’enseignants intervenants sans usage de fiches pédagogiques et autres outils de travail pourtant indispensable à la gestion efficace des situations d’apprentissages ; la proportion de plus en plus élevée d’enseignants ne respectant pas le rythme de progression dans l’exécution des programmes d’étude ; la propension à une gestion administrative, pédagogique et financière des établissements au mépris des textes et enfin la déperdition scolaire aggravée par la recrudescence des cas de grossesses dans les établissements.

En quoi consistent réellement le travail d’un Inspecteur Pédagogique Délégué ?

En tant qu’IPD, notre travail consiste en la mise à niveau permanente des enseignants et maîtres artisans dans les écoles de formation professionnelle. Nous les suivons dans les classes pour l’amélioration de leur prestation pédagogique. Nous participons à l’amélioration de la gouvernance pédagogique des établissements. Nous aidons à diagnostiquer les besoins de formation et d’animation dans les établissements dans les bassins pédagogiques. Nous participons à la promotion de comportements déontologiques et d’accompagnement sur l’orientation scolaire et la vie scolaire. Dans le même temps, nous collectons sur le terrain, les innovations et nous aidons à les valider parce que tous les jours, des gens innovent dans leur travail. Nous accompagnons les conseillers pédagogiques qui sont membres du corps d’encadrement. Dans chaque département, il y a des pools d’inspecteurs. Les IPD coordonnent l’action de ces inspecteurs. Nous participons à régler les nombreux problèmes pédagogiques qui se posent dans les établissements. Nous instaurons un climat d’incitation et d’émulation pour la bonne collaboration au sein des pools. De plus, nous assurons la correspondance entre la DIPIQ et les DD.

Quelle est l’étendue du champ à moissonner en termes d’inspections dans l’Atlantique ?

L’Atlantique est un grand département du point de vue effectif. Nous avons huit (08) communes reparties en huit (08) bassins pédagogiques. Un bassin pédagogique, c’est un regroupement de dix (10) à quatorze (14) établissements. Dans ces bassins, nous avons cent-deux (102) établissements publics dont quatre vingt-dix-sept (97) de l’Enseignement Secondaire Général et cinq (05) de l’Enseignement Technique et la Formation Professionnelle (ETFP). Pour les établissements privés, nous en avons cinq cent seize (516) d’enseignement secondaire et quatre-cent-vingt (420) d’enseignement technique. Au total, nous avons trois mille quatre cent soixante six (3 466) enseignants à contrôler, à former, à suivre quotidiennement et de façon rapprochée. Dans ces trois mille quatre cent soixante six (3 466), plus des deux tiers n’ont pas la formation initiale. Les fonctionnaires d’Etat et les APE disparaissent progressivement. Ce sont les AME qui sont majoritaires. Nous avons sous notre ordre, quarante deux (42) Conseillers Pédagogiques et six (06) inspecteurs.

Avec tous ces effectifs, comment réussissez-vous cette tâche?

Le travail est énorme et on ne peut pas tout faire au même moment. Nous faisons un planning diversifié des actions. Nous faisons l’animation pédagogique dans un établissement, dans un autre, nous faisons l’inspection d’établissement. Ailleurs, nous inspectons les enseignants, si bien que chaque jour a sa tâche. Si je prends une semaine, lundi, mardi, jeudi, nous faisons inspection d’enseignants en situation de classe. Les mercredis, animation pédagogique. Nous devons superviser dans un certain nombre d’établissements. Les vendredis, nous rédigeons les rapports de tout ce qui est fait. C’est ainsi que chaque semaine est programmée pour diverses activités. Imaginez-vous, c’est maintenant que je suis en train de tendre vers la fin du parcours de tous les établissements publics en quatre (04) ans. La particularité dans les privés, c’est qu’ils n’ont pas d’enseignants propres à eux. Ce sont les mêmes que nous voyons dans le public qui se retrouvent majoritairement là-bas. Donc, quand nous arrivons dans un bassin pour les établissements publics, nous profitons pour parcourir les écoles privées. Pour les inspections, nous n’informons pas à l’avance. Nous établissons nos programmes et nous descendons. Il n’y a que pour les inspections diplômantes que nous avertissons.

Sur trois mille quatre cent soixante six (3 466) enseignants, 2/3 ne sont pas formés. Comment se fait la formation pour ce beau monde ?

La formation que nous faisons, c’est notre accompagnement de tous les jours. Nous montrons à celui qui ne sait pas utiliser le tableau, comment l’utiliser. Celui qui ne sait pas animer une classe, il y a des règles que nous lui donnons. Nous sommes dans la formation continue. Pour ceux qui n’ont jamais fait la formation initiale, nous organisons des animations pédagogiques. Quand nous finissons dans un établissement, nous regroupons tout le monde pour leur faire part de nos observations et nous remédions aux insuffisances que nous avons constatées. Chaque trimestre, il y a une animation pédagogique de zone, au cours de laquelle, nous formons les enseignants. Dans mon département, je me prépare à faire la troisième animation prochainement.

Quelles sont les difficultés rencontrées dans cette tâche ?

Quand les IPD ont été créées, il n’y avait pas les moyens. Quand on m’a envoyé dans mon département, il n’y avait pas de bureau. Mais avec l’aide du DD, nous avons trouvé une salle au Lycée Technique d’Akassato qui nous sert de bureau. Nous sommes aujourd’hui six (06) inspecteurs, quatre (04) collaborateurs dans ce hall. Nous avons un seul véhicule pour nous déplacer sur le terrain tous les jours. Et quand on dit l’Atlantique, plus de 1/3 des établissements sont enclavés. Il y en a qui sont sur l’eau, d’autres sont dans des zones très difficiles d’accès. Mieux, nous n’avons que seulement six (06) inspecteurs. Pour près de six cent (600) enseignants de Français, je n’ai aucun inspecteur. Je n’ai pas d’inspecteurs en Français et en Anglais. En Mathématiques, on a un seul pour cinq cent douze (512) enseignants. Or le ratio, c’est un inspecteur pour cent (100) enseignants. J’ai quarante-deux (42) Conseillers Pédagogiques (CP) numériquement, or il faut cinquante (50) enseignants pour un CP. En SVT j’ai un seul inspecteur pour plus de cinq cents (500) enseignants. Pour les matières n’ayant pas d’inspecteurs, la DIPIQ met des inspecteurs, chefs groupes à notre disposition. On n’a pas de moyens propres, il faut attendre la dotation en carburation de la DIPIQ. Ce sont les difficultés, or le besoin est là.

Quelle est la plus-value de cette réforme sur le système éducatif ?

Tout ce que nous faisons, c’est pour améliorer les résultats scolaires. Nous avons fait baisser le nombre de chefs établissements gérant sans respect des textes et le nombre d’enseignants allant en classe sans fiche pédagogique a diminué. Nous suivons chaque semaine, l’évolution de l’exécution du programme. Nous avons fait diminuer la proportion de déperdition scolaire pour grossesse. Toutes ces actions ont contribué à améliorer les résultats scolaires dans l’Atlantique. J’ai été nommé dans le département en 2018 avec 34.26% au BEPC, en 2021 nous sommes allés à 63.06%. Au Bac en 2018, on était à 56.37%. En 2021, nous sommes 70.43%. Donc, je peux considérer que la plus-value est l’amélioration des résultats scolaires. C’est l’objectif de tout ce que nous faisons.

Que faire pour améliorer les actions des IPD sur le terrain ?

Des conditions de travail acceptables. Il faut qu’on nous permette d’agir parce que nous avons beaucoup à faire, mais nous n’avons pas les moyens nécessaires. Les conseillers pédagogiques, il faut en recruter, les former et mettre à la disposition des IPD parce qu’ils sont en nombre insuffisant et les plus expérimentés sont en train d’aller à la retraite sans être remplacés. Aussi, faut-il qu’on donne un moyen de fonctionnement financier et de l’autonomie pour que nous puissions décider de faire quelque chose nous-mêmes.

Propos recueillis par Estelle DJIGRI

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Les plus récents

Santé et Bien- être

L’utilisation du bouillon communément appelé « cube » devient aujourd’hui, chose récurrente dans nos habitudes culinaires.