Yves Mariko, chargé de recherche et consultant, à la jeunesse africaine - Journal Educ'Action

Yves Mariko, chargé de recherche et consultant, à la jeunesse africaine

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Né à Abidjan en plein milieu de la crise ivoirienne de deux parents Ivoiriens, Yves Mariko, est aujourd’hui chargé de recherche, consultant et co-fondateur de cabinets. Il est également collaborateur de la Fondation Vallet. Loin d’être ordinaire, son parcours académique lui a valu d’être parfois qualifié d’étudiant ayant approché voire égalé les performances en littérature de Senghor et autres tenants de la négritude. De passage à Cotonou, Educ’Action lui a tendu le micro pour qu’il partage avec nous ses expériences et jette un regard sur les défis de la jeunesse. Découverte !

Educ’Action : Parlez-nous un peu de vous !

Yves Mariko : Je suis né en Côte d’Ivoire (CI) à Abidjan. C’étaient des années un peu compliquées parce que c’était la guerre un peu répétitive. J’ai quitté la CI à 5 ans et j’ai atterri en Belgique puis en France. Mon enfance était calme et paisible et j’ai surtout été élevé par ma grand-mère. Je suis resté enfant unique jusqu’à 10 ans puis j’ai eu un petit frère et une petite sœur. Mon adolescence était paisible seulement qu’il y avait énormément de travail. J’ai eu la chance de faire de bonnes classes et donc j’ai de nombreux amis qui sont restés proches jusqu’à maintenant. Il y avait des inégalités sociales mais cela m’a permis de développer l’humilité. J’ai commencé l’école primaire à Abidjan et je l’ai continuée en Europe. Puis le secondaire et le supérieur ont suivi. J’ai passé le Bac ES avec 19 comme moyenne et j’ai poursuivi dans les études supérieures.

A quel moment êtes-vous devenu l’un des meilleurs étudiants d’origine africaine en littérature comme d’illustres intellectuels ?

Après l’étude secondaire, en fait il y avait différentes options qui s’offraient à moi. J’ai passé le concours de Sciences Po à Paris auquel j’ai réussi brillamment. J’étais parmi les premiers de l’écrit et j’ai eu la meilleure note en histoire. Dans le même temps, j’apprends que je suis admis en prépa littéraire à Louis-le-Grand, la meilleure prépa, parce que j’avais demandé des prépas littéraires pures avec du latin, du grec, de l’histoire, etc. J’ai beaucoup hésité. J’étais prêt à prendre le risque donc j’ai fait une première année de prépa qui s’est bien passée. Après trois ans, j’ai intégré l’Ecole Normale Supérieure (ENS). C’est à cause de ce parcours qu’on dit que je suis le meilleur étudiant africain en littéraire. C’est vrai qu’il y a très peu d’Africains à l’ENS.

Comment portez-vous cet héritage ?

Je n’aurai pas la prétention de me comparer à de si grands l’hommes. Au fait, je pense plutôt que ce type de personnalité invite les jeunes comme nous à de l’humilité, à de l’exemplarités c’est-à-dire qu’il y a des aînés qui nous ont précédé. C’était encore plus dur quand Senghor était à Louis-le-Grand et il y a 70 ans, 80 ans. C’est vrai qu’il y a une salle à Louis-le-Grand qu’on appelle la salle Senghor. On avait souvent cours dans cette salle et il y a une stèle au nom de Senghor. J’étais le seul d’origine africaine dans ma classe. Je comprenais que j’ai une immense chance d’avoir été là et d’être là. C’est ce que je me disais même si c’est parfois dur, tous les moments n’étaient pas évidents. Il fallait beaucoup travailler mais c’est un grand honneur. Je faisais partie des 00,01 % qui avaient eu la chance d’être là, donc il n’y a pas à se plaindre mais à travailler et à bien exécuter. Je dirai que c’est plus un héritage pas au sens de je vais faire la même chose, je n’ai pas la prétention d’être poète plus tard, mais je pense que ce sont des modèles qui nous font réfléchir sur nos propres comportements. C’est-à-dire qu’il y a certaines situations dans lesquelles, quand tu es le seul africain, tu n’as pas le droit de faire n’importe quoi sinon c’est l’image de tous que tu dégrades.

Quel regard portez-vous sur la jeunesse africaine que vous rencontrez dans vos différents voyages ?

J’invite toujours les jeunes africains qui sont en Europe et qui ont grandi en Europe, à venir voir ce qui se passe ici. C’est quelque chose d’écrire sur l’Afrique de là-bas ou de dire qu’on est de la diaspora, mais c’est autre chose de voir ici comment ça se passe, de se faire piquer par deux ou trois moustiques, de comprendre les gens concrètement avec réalisme mais sans exagérations, ni préjugés. Je suis assez admiratif parce que les opportunités ne sont pas les mêmes ici qu’en Europe par exemple. En dépit de ça, il y a une jeunesse qui est industrieuse, qui essaie de faire, de développer des initiatives, comme c’est le cas de votre journal, ou d’autres qui montent des projets entrepreneuriaux, etc.
Quels conseils avez-vous à donner aux jeunes comme vous qui sont encore sur le continent pour qu’ils construisent un parcours tel que le vôtre ?

Je pense qu’il faut essayer de lutter ici et se créer des opportunités. On peut le voir par exemple rien qu’avec ce que fait la Fondation Vallet au Bénin. Il est possible d’accéder à un certain nombre de connaissances auxquelles je dirai un jeune Béninois aurait pu difficilement accéder il y a quelques années. L’accès à l’information est facilité. Par exemple, dans une bibliothèque de la Fondation, il y a du wifi avec un bon débit de connexion internet. Il y a des livres qui datent même de 2021. Donc quelle est la différence fondamentalement avec quelqu’un qui vit en Europe sur cet accès à l’information ? Rien. Je pense qu’il est possible de créer un certain nombre de choses et d’être ouvert aux opportunités. C’est mon message. Au fond, les jeunes ne sont pas condamnés à la fatalité, c’est-à-dire que ce n’est pas soit mourir ici, soit mourir en mer. Je pense qu’il est possible de créer beaucoup de choses sur le continent en dépit des obstacles et des difficultés qui restent très importants. C’est en se battant ici et maintenant que les choses vont avancer. Si toujours les meilleurs partent et ne reviennent que rarement, c’est qu’il y a de la peur dans tout ça.
Je dirai aux jeunes d’essayer aussi de collaborer entre eux. C’est aussi la clé. C’est une passion peut-être humaine de vouloir travailler seul, de rester seul dans son coin, se dire avec un peu d’égocentrisme, je vais faire, je vais y arriver etc. La collaboration et le fait d’être plusieurs sur un certain nombre de projets ont une vertu. Elle permet d’exécuter, d’être responsable aussi. On va surtout plus loin. Tout seul, on ne peut pas. L’idée est aussi de renforcer la collaboration par exemple entre les jeunes qui créent des Startups, qu’ils ne restent pas tout seul dans leur coin à monter leurs projets mais qu’ils créent, qu’ils soient avec d’autres qui créent aussi parce que de la rencontre des personnes, naît toujours quelque chose. J’ai eu l’occasion de travailler pour les ambassadeurs du Bénin en France. Je me souviens que les ambassadeurs me remerciaient chaleureusement en disant qu’ils trouvaient bien qu’on collabore. C’est-à-dire qu’à la fois qu’on travaillait avec eux, on travaillait entre jeunes en fait sur ce qu’ils nous confiaient. Ce qui nous a permis de faire plusieurs choses et d’aller plus loin. Quand on collabore, l’idée n’est pas de tirer la couverture vers soi mais de produire des résultats. Quand on produit des résultats, on peut obtenir une certaine forme de gloire parce qu’on a de bons résultats. Je pense que c’est le côté à cultiver.

                                                                                                                                                                                         Propos recueillis par Adjéi KPONON

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