Usage des réseaux sociaux à des fins pornographiques : Une restriction des contenus s’impose pour restaurer les valeurs béninoises - Journal Educ'Action
/

Usage des réseaux sociaux à des fins pornographiques : Une restriction des contenus s’impose pour restaurer les valeurs béninoises

23 mins read

Indispensables pour le monde moderne, les réseaux sociaux sont utilisés par la majorité des jeunes à des fins de débauches et de déviances. Pour rétablir la vérité et pour préserver les valeurs béninoises, une restriction des contenus est vivement attendue.

Tout a commencé avec l’affaire ‘‘Bangala’’. Très vite, cette vidéo dans laquelle une jeune fille exhibait ses talents sexuels, est devenue virale. Depuis, les vidéos se multiplient. Certaines laissent voir les moments intimes entre adolescents, entre jeunes, pis encore, entre apprenants. D’autres font la promotion de la recherche du gain facile qui pousse plus d’un à se livrer à des pratiques sexuelles comme les partouzes. ‘‘Facebook’’, ‘‘Tik-Tok’’, ‘‘Whatsapp’’ pour ne citer que ces réseaux sociaux, sont devenus les canaux les plus indiqués pour les jeunes assoiffés de plaisir sexuel.
Ces réseaux sociaux sont désormais le moyen par lequel on peut régler des comptes avec son ancien ou ancienne partenaire, ou encore avec des tierces personnes en publiant des images de leurs moments intimes avec ou sans leur accord. Mieux, toutes les pratiques sont bonnes pour attirer une masse d’internautes, à travers des ‘‘followers’’, des ‘‘j’aime’’ ou tout simplement pour faire le ‘‘Buzz’’, pour reprendre le jargon de ces jeunes.
Des élèves, des jeunes filles et parfois de jeunes dames, tous se mettent dans la danse pour atteindre, on ne sait quel but. Nul besoin de vous apprendre que ces jeunes filles font parler d’elles sur ces plateformes. Faites un tour sur Facebook et Tik-Tok et vous verrez combien de suiveurs drainent ces vidéos. Certaines ont beau être propulsées au rang de personnalités publiques à cause du nombre de visiteurs sur leurs pages, mais des voix plus responsables réclament un retour aux valeurs.

Les réseaux sociaux, le mal du siècle ?

Avec l’arrivée des réseaux sociaux, la communication entre les individus, la publicité pour la visibilité des entreprises et des produits, l’accès à l’information sous nos cieux et dans le monde entier deviennent très faciles, de l’avis de certains.
Gérard D. est président d’une Organisation Non Gouvernementale (ONG). Pour lui, les réseaux sociaux lui permettent de faire la promotion de ses activités et de les rendre visibles. Il dira : « les réseaux sociaux rendent le commerçant plus proche de sa clientèle, facilitent l’accès à l’information, permettent d’avoir un grand auditoire pour les conférences, simplifient la vente et l’achat des produits, permettent de se rendre visible et de rendre visible son savoir-faire. Avec les réseaux sociaux, j’ai élargi mon champ de compétence et j’ai pu aussi avoir des partenariats pour mon ONG ». Même son de cloche au niveau de la jeune Lisha, promotrice d’une boutique de vente en ligne d’accessoires féminins. « C’est sur les réseaux sociaux que j’ai pu dénicher aujourd’hui la grande majorité de mes clientes. Avec les réseaux, les activités marchent bien », informe-t-elle.
Cependant, l’usage qu’en font les adolescents et jeunes, peut laisser pantois. Loin d’être propre au Bénin, cette pratique concerne la plupart des pays du monde. C’est ce que montre Eloïse Malet, journaliste française dans son film documentaire « Ados et sexualité : quels dangers les guettent », diffusé sur l’émission d’enquête « Zone interdite ». Son documentaire souligne que, « l’internet et les réseaux sociaux sont au centre de la vie des enfants. Aujourd’hui, c’est là qu’ils découvrent la sexualité. Ils sont exposés à l’hyper sexualisation des corps et la pornographie avec de lourdes conséquences ».
La plupart des pays vivent cette tendance du moment sur les réseaux sociaux. Elle devient davantage criarde sous nos cieux et va au-delà des adolescents. Ici, au Bénin, elle affecte de façon négative les adolescents et les adultes.

Des agissements qualifiés de désolation totale

S’agissant des sextapes exposés sur les réseaux, certaines personnes ont une réponse toute simple qui se résume ainsi : « Chacun est libre de faire ce qu’il veut de son corps et là où il le souhaite. Si la personne pense que ça peut l’aider de quelque manière que ce soit, tant mieux ». Mais pour d’autres, la situation est très alarmante.
« Je pense que ce qui se passe est assez criard et déplorable. Je n’ai même pas les mots justes pour décrire la haine et le dégoût que cette situation crée en moi ». Ainsi s’exprime Conceptia Kognonsa, interrogée sur les réalités désormais en vogue sur les réseaux. Si cette dernière n’a pas su trouver les mots justes pour qualifier cet état de chose, Bertille Assogba Nongnidé, directrice Générale de Bilale Fashion à Cotonou ne manque pas de vocables pour dire ses regrets. « Les réalités sur nos réseaux sociaux deviennent autre chose. Il n’y a pas ce jour où, sur Tik-Tok, on ne rencontre pas des séries d’histoires de sexe entre les enfants encore immatures. Vraiment, c’est écœurant ce phénomène qui gangrène mon pays ». Et elle poursuit : « Je suis étonnée, éberluée, désemparée. Les superlatifs ne manquent pas pour exprimer mes ressentiments par rapport à cette situation qui perdure depuis plus de quatre ans. » Autre personne à se prononcer sur cette pratique, Christ Kevin Kpanou. Spécialiste aquacole de formation et concepteur-rédacteur de contenus, ce jeune homme, la trentaine environ est loin d’applaudir ses jeunes sœurs dans leurs pratiques. « C’est juste triste et inquiétant. Pour quel devenir ? Nous prétendons évoluer. Est-ce ça réellement l’évolution ? Est-ce que l’évolution consiste à se débarrasser de ses valeurs ? Des valeurs qui devraient être des caractères intrinsèques et fortement préservés, se retrouvent dès lors jetées à la poubelle sans aucune gêne », a-t-il laisser entendre, tout peiné.
Sociologue spécialiste de la débrouille et de la déviance en poste à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC), Bruno Montcho, a sa lecture de la situation. Éducateur et père de famille, il déplore lui aussi la conduite des jeunes sur ces plateformes. « C’est tellement horrible et grave de savoir que notre société est en train de basculer dans ce que nous appelons la démesure. Où est-ce que nous allons ? Est-ce que nous avons encore des valeurs ? Est-ce que nous avons encore des choses qui constituent le sous-bassement même de notre société, qui auparavant était respectée, où les uns et les autres sont respectés, les valeurs sont respectées et transmises et font la fierté ? Est-ce que la famille nucléaire joue toujours son rôle ? ». Autant de question que se pose le spécialiste des déviances en société.
Bien placé pour se prononcer sur le sujet en cours, l’homme quarantenaire dit ne plus être étonné. « Ça ne me surprend pas du moment où, quand vous lisez beaucoup d’auteurs, vous comprendrez qu’il y a des situations et des faits qui nous plongent dans cette réalité, à penser ou qui amènent les uns et les autres à faire de la folie. J’appelle ça de la folie sexuelle et ça crée une réprobation. Cette même société accepte ce qui se passe sinon ce sont des acteurs de la même société qui nourrissent ces réseaux, qui amplifient et font tout ce que nous voyons », a-t-il soutenu.

L’éducation indexée comme un « échec » à tout point de vue

« Je dirai qu’il y a un sérieux trou dans l’éducation. Une éducation totalement ratée », avance Christ Kevin Kpanou qui estime que les premières personnes à blâmer sont les parents. « Une chienne ne mettra jamais un chaton au monde », lâche-t-il pour montrer que l’enfant n’est que le prototype de ses parents. Comme lui, ses pairs intervenus sur la question attestent que l’éducation dans sa globalité est à tenir pour responsable de ce phénomène qui n’a que trop duré. Les parents, l’école, la société et même l’État sont à blâmer pour cette dépravation redondante, selon les propos glanés ici et là.
Très actif sur Facebook, Tik-Tok, Twitter et autres réseaux sociaux, un internaute qui préfère rester anonyme pour des raisons d’ordre professionnel, vise d’abord les parents qui ont démissionné de leur rôle d’éducateur. « Nous assistons à une dépravation de la part de nos jeunes sœurs. Et la première question qui me vient à l’esprit, c’est si ces filles ont encore une famille. Si oui, quel est le rôle que ces familles jouent ? Quel héritage ces familles entendent laisser à la nation ?», s’interroge-t-il.
Loin de douter du rôle des parents, Bertille Assogba Nongnidé affirme sans détour que « tout ceci provient de l’irresponsabilité des parents qui n’auraient pas donné une bonne éducation à leurs enfants ». Ces propos des uns et des autres sont approuvés par d’autres personnes dont Conceptia Kognonsa, elle aussi mère de famille. « C’est surtout un problème d’éducation. Il y a assez de parents qui sont devenus trop laxistes dans leur rôle d’éducateur », accuse-t-elle.

L’État et les lois votées, les autres causes de la dépravation sexuelle

Bruno Montcho

Un autre milieu doit rendre des comptes, selon cet homme, la cinquantaine environ, ayant requis l’anonymat : c’est l’école. Et pour cause ! « Nous avons dans nos lois, arraché tout pouvoir aux acteurs de l’école. Aujourd’hui, les enseignants, éducateurs sont les moins respectés dans les écoles par les apprenants. Ce qui fait que plus personne n’a le droit de récupérer un enfant qui agit mal sans craindre d’être présenté devant la justice », martèle-t-il.
À tout ceci s’ajoutent, à en croire les personnes ressources, la société et l’État dont les actions ne font que conforter les jeunes dans leurs dérives. « Je n’affirme pas qu’en disant que l’homme et la femme doivent avoir un droit, est un problème. Mais les problèmes ont commencé quand on dit que ‘‘l’enfant a le droit de’’, ‘‘l’homme a le droit de’’, ‘‘la femme a le droit de’’. Et ces droits nous ont amenés tout droit dans ce que nous sommes en train de vivre », pense Bruno Montcho, le sociologue. Épousant les propos de l’intervenant anonyme cité plus haut concernant les nombreuses lois votées, le sociologue explique qu’ « aujourd’hui, on n’a plus la main libre pour faire de l’enfant, ce qu’on veut. On dit qu’il est interdit de faire ci, de faire ça, et tout est interdit. Finalement, vous pensez qu’il faut parler à l’enfant africain pour qu’il entende ? L’enfant africain n’est pas le même que l’enfant européen ». Pour ce spécialiste de l’analyse de la société, la société béninoise n’a pas à copier et coller tout ce qui se fait ailleurs car, « les réalités ne sont pas les mêmes. Il faut voir au-delà, ce qui pourrait permettre à la société de conserver ses valeurs. Il faut se demander ce que nous pouvons prendre et ce que nous pouvons laisser ».
Il affirme par ailleurs que « notre société n’a plus de valeur sur lesquelles on se positionne pour regarder le futur. C’est un véritable problème et tant que nous allons fonctionner comme ça, on aura toujours des faits déviants, des faits de transgression pas possibles », prévient-il. Ce faisant, poursuit-il, nos normes vont disparaître, nos règles et valeurs vont disparaître pour laisser place à des normes et des valeurs qui ne sont pas identifiables à notre société. Dans ces conditions, on n’aura que nos yeux pour pleurer.
En dehors de ces raisons qui favorisent la chose, on dénoncera aussi le suivisme, l’effet de mode, l’accès facile aux Smartphones. « Grâce à l’internet, la circulation d’images pornographiques et de messages érotiques est devenue banale. Tant ces derniers sont facilement accessibles surtout à une jeunesse pour qui les Smartphones sont le moyen de communication le plus prisé », dénonce la directrice Bertille.

Les effets des sextapes sur les plus jeunes apprenants

Christ Kevin Kpanou

Comme évoquer plus haut, l’internet et les réseaux sociaux sont accessibles à tous. Ce qui préoccupe plus d’un cependant, c’est bien l’effet de ces vidéos sexuelles sur les plus jeunes apprenants. À ce propos, « il n’y a aucun doute que ces images peuvent détourner les plus jeunes ». Du moins, c’est ce que pense Conceptia Kognonsa qui se fera appuyer par ses pairs. Pour Christ Kevin Kpanou, il est évident qu’en voyant les devanciers s’adonner à cette pratique, les plus jeunes aussi s’essaient, et bienvenue les dégâts. Pour le sociologue, ces vidéos sont une porte ouverte à une sexualité précoce chez les plus jeunes. Pour ce faire, il urge que l’État prenne les choses en main afin d’éviter plus de déviances les jours à venir.

Une restriction des contenus attendue de la part de l’État

Tous s’accordent à dire qu’il serait important que l’État pense, à défaut d’interdire l’usage des réseaux sociaux, à un code qui sanctionne ces pratiques sur la toile. « Nous avons des exemples de pays qui ne tolèrent pas toute sorte de publications sur les réseaux sociaux. Pourquoi ne pas s’inspirer de ces pays pour faire pareil ? Un code, une loi par exemple pour punir ceux qui publient ces types de vidéos, seraient les bienvenus », suggère l’homme ayant requis l’anonymat. Il reçoit l’avis favorable de son jeune frère Christ Kevin Kpanou, aquaculteur de formation. « Il est possible de restreindre l’accès à certains réseaux qui vont contre les bonnes mœurs. Mieux, il faudrait déjà prendre l’exemple d’une vie d’une personne quelconque et frapper bien fort pour montrer aux autres ce à quoi ils seront livrés, s’ils empruntent ce chemin », propose-t-il. Notre sociologue ne dira pas le contraire. « L’État a les moyens de faire une restriction en termes de communication. Quand vous allez en Chine, vous verrez qu’on ne publie pas tout ce qu’on veut. Donc en termes de restriction et de préservation des valeurs, l’État peut juger des valeurs positives pour notre pays en termes d’image, de représentativité, de modèle. Je pense que l’État peut y arriver. L’État a l’obligation de siffler la fin de la recréation », alerte le sociologue.
Aussi, le docteur Bruno Montcho appelle-t-il les familles et les individus à « accompagner l’État dans sa volonté de restituer la vérité, de restituer les valeurs du pays, pour que cela soit profitable pour nous tous. Sinon, c’est comme si on est dans une cour du roi Pétaud, dans une république bananière ».

Estelle DJIGRI

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Les plus récents