Système éducatif au Bénin : Les infirmeries scolaires si rares dans les écoles et collèges

La prise en charge sanitaire des apprenants et autres acteurs de l’école dans le système éducatif béninois reste une préoccupation majeure. Dédiées à l’administration des soins aux écoliers ou élèves souffrants en situation de classe, les infirmeries scolaires se font rares et couvrent péniblement les besoins des apprenants alités ou blessés. Elles montrent par endroits leur faiblesse et les motifs d’une telle inefficacité méritent qu’on s’y attarde à travers les productions de ce mois de juillet consacrées à la prise en charge sanitaire des apprenants. Ce premier numéro de Educ’Action fait l’état des lieux des infirmeries scolaires dans les écoles et collèges relevant de l’Etat. Le constat est alarmant.

Nous sommes le jeudi 1er juillet 2021 au Complexe Scolaire Cadjèhoun A,B,C,D. Il est 14 heures 30 minutes. Quelques apprenants se livrent à divers jeux, à cœur joie, sous un arbre qui jouxte l’entrée principale de l’école. De loin, on aperçoit une flaque d’eau stagnante qui inonde une grande surface de la cour, réduisant le champ d’expression de jeux des enfants. C’est déjà les vacances. Les tout derniers se font les accolades d’au-revoir, en attendant de se retrouver à la reprise des classes. Puis un constat effarant ! Située en plein cœur de la ville, cette école publique ne dispose pas d’une infirmerie scolaire. « Nous n’avons pas une infirmière dans notre école. Dans la gestion administrative, il est prévu une boîte à pharmacie à la direction, ne serait-ce que pour avoir quelques comprimés, de l’alcool, etc. », a laissé entendre Michel Agbado, instituteur en charge de la classe de CE2, groupe C. « Si on constate que l’enfant est toujours malade ou si c’est une blessure que l’enfant ne peut pas supporter après une heure, nous faisons appel aux parents. Il y a un centre de santé qui est proche de nous où l’enfant est convoyé si le parent n’est pas là en attendant son arrivée. Maintenant, si le parent vient, nous mettons l’enfant à sa disposition. Nous ne faisons pas de l’automédication », ajoute-t-il, renseignant sur les dispositions prises par l’établissement en cas d’urgence. Dans ce complexe scolaire, il est mis en place un comité de santé au niveau de chaque groupe dont la mission est de veiller sur les camarades. « J’ai un comité de santé dans ma classe constitué de cinq (05) élèves et chaque membre de ce comité joue un rôle dans le domaine de la santé. Chaque classe possède un comité de santé, du CI jusqu’au CM2 », a indiqué l’instituteur Michel Agbado.
Dans le département de l’Atlantique, à Adovié-Hêvié, arrondissement de Hêvié, le constat est bien identique. Pas d’infirmerie scolaire à plusieurs endroits sillonnés. « Nous n’avons pas encore d’infirmerie dans notre école. Certes, nous en avons besoin mais nous ne pouvons rien faire. Quand un enfant est souffrant, nous appelons l’un de ses parents », s’est ouvert un enseignant de l’école.

L’importance de l’érection d’une infirmerie scolaire

Les acteurs des écoles rencontrés s’accordent sur la nécessité d’ériger une infirmerie scolaire à l’intérieur des cadres éducatifs publics pour la prise en charge et le bien-être des usagers. « Eriger une infirmerie en milieu scolaire est une bonne chose. Les premiers soins sont un début de traitement. Alors que quand il y a une infirmerie, il y aura tout ce qu’il faut pour le personnel afin de diminuer les tracasseries. J’imagine les écoles où il n’y a pas de centre de santé à côté et les enseignants sont obligés de faire une longue distance avant d’en trouver », a affirmé l’enseignant Michel Agbado, avant d’ajouter qu’ils se sentent heureux du fait que le centre de santé soit à quelques mètres de l’école. Pour cet enseignant en service au CS Adovié-Hêvié et qui a requis l’anonymat, lorsque l’enfant est en bonne santé, c’est en ce moment qu’il apprend. D’où, ajoute-il, l’importance d’implanter une infirmerie dans les écoles pour éviter les longues distances aux acteurs et assurer le traitement sanitaire aux apprenants

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A  Abomey-Calavi, on fait avec les moyens de bord

Cour déserte jonchée de détritus végétaux, salles de classes vides, majoritairement sans portes, sans crépissage, ouvertes à tout venant dont certaines sont squattées par des jeunes, un tas de sable disposé… C’est le visage que présente le CEG 3 Abomey-Calavi, le vendredi 02 juillet 2021. Sans clôture, l’établissement respire un calme atypique, celui des vacances. Tout comme la clôture, l’établissement ne dispose pas d’une infirmerie scolaire pour la prise en charge des élèves alités, ne serait-ce que pour les premiers soins. Joint au téléphone, le directeur de l’établissement, Jean Olivier Chéou, reconnaît l’importance pour un établissement d’avoir en son sein un espace médical, estimant que ce n’est pas un luxe, mais une obligation. Il explique, par ailleurs : « Chaque fois qu’il y a un cas, on l’inscrit dans un cahier et on envoie le surveillant et l’élève au centre de santé d’Abomey-Calavi, situé à Kpota [environ 5 minutes à moto, Ndr]. C’est le surveillant qui prend en charge ce déplacement à ses propres frais avec sa moto. On fait les premiers soins et on laisse le reste aux parents qui prennent en charge les soins de leurs enfants ». Quant à la gestion des cas graves, le directeur ajoute : « Nous avons eu un cas grave une fois. Il s’agit d’un enfant qui a poignardé l’un de ses amis avec un compas. Heureusement, l’enfant a vite été pris en charge et a été conduit à l’hôpital. Les cas courants sont des accidents au sport, des égratignures, etc.»
Au CEG 2 Abomey-Calavi, l’équipe administrative est toujours sur place en dépit du vent des vacances. Ici, on entend les gazouillis des oiseaux et le bruit des feuilles des arbres plantés devant les classes. A l’instar du directeur de l’établissement, le surveillant général, tout aussi apaisé, échange avec des collègues. Fort heureusement, ici au CEG 2, on retrouve une infirmerie scolaire. Confondue aux salles de classes, elle se particularise par la peinture jaune de ses murs, puis la couleur marron de sa porte et de son unique fenêtre. De l’avis de Alphonse Djodohou, surveillant général de l’établissement, les apprenants malades sont envoyés vers la spécialiste de la santé pour leur prise en charge.

Une infirmerie pour les premiers soins des élèves au CEG Le Nokoué

Jeudi 01 juillet 2021. Nous sommes ici dans un Collège d’Enseignement Général (CEG) du département du Littoral. Il s’agit plus précisément du CEG Le Nokoué, situé à quelques mètres du petit pont érigé sur le lac Nokoué. Ici dans ce collège, les salles de classes sont déjà vides, les vacances obligent. Toutefois, on y retrouve encore quelques acteurs. L’humidité du sol, les flaques d’eau par endroits ainsi que les verres de gris sont les preuves des dommages causés dans cet établissement par les dernières pluies qui se sont abattues sur la ville de Cotonou. Dans cette matinée de jeudi, directeur, censeurs, surveillants et autres personnes impliquées dans les travaux de secrétariat du Baccalauréat s’affairent à diverses tâches. Celle qui s’affaire également dans son bureau, érigé non loin de celui des surveillants généraux adjoints, c’est dame Houéfa Jocelyne Djimadja, teint claire. Elle est l’infirmière de l’établissement. Bien qu’elle n’ait plus d’élèves à traiter pendant un bon moment, cette dernière, sourire aux lèvres et très accueillante, tient son poste pour soulager, en cas de besoin, les rares personnes qui fréquentent encore l’établissement. Ce local qui lui sert de bureau et devant lequel on peut lire aisément et en grand caractère le mot ‘‘infirmerie’’, est composé de trois (03) compartiments. Le premier compartiment avec un lit d’hôpital qui fait office de lieu d’accueil des malades et de consultation. Les deux autres constituent respectivement des lieux de soin et de repos. Cette infirmerie reçoit non seulement les apprenants mais également les enseignants, à en croire dame Djimadja qui en est à sa cinquième année d’exercice dans le collège, hormis les nombreuses années durant lesquelles elle assistait sa mère, autrefois infirmière dans ce même collège. Non loin, dans l’un des compartiments de son bureau, se trouve une armoire qui contient des médicaments. On peut y voir diverses sortes de médicaments comme des cartons de paracétamol, des outils et accessoires pour le pansement, de l’Amoxicilline et bien d’autres. « L’infirmerie est mise en place pour administrer des soins aussi bien aux apprenants qu’aux enseignants qui ne se sentent pas bien ou qui sont pris de malaise en plein cours », a laissé entendre la jeune dame, la quarantaine environ, pour expliquer ce qui est fait dans ce bureau. Elle précise cependant que : « ce sont uniquement les premiers soins que je donne aux malades, le temps qu’ils aillent véritablement se soigner dans un hôpital, si besoin en avait».

L’infirmerie de l’UAC pour la prise en charge des étudiants

Point d’ancrage culminant où se croisent motos, automobiles et passants venus de divers horizons, nous sommes sur le campus de l’Université d’Abomey-Calavi. A quelques mètres de marches du grand portail, se dresse sur l’axe principal, un carrefour qui constitue le croisement de quatre différentes rues. Du côté gauche, juste en face du grand jardin U, la voie pavée menant vers les résidences universitaires. Presque discret mais pas invisible, se dresse un minuscule bâtiment qui revêt d’une importance capitale pour les usagers de ce haut lieu du savoir. Deux voitures stationnées à proximité, un dispositif de lavage des mains positionné pour permettre aux visiteurs de respecter les mesures de protection contre la Covid-19. Nous sommes à l’entrée principale de l’infirmerie de l’Université d’Abomey-Calavi. Dans la salle d’attente, quatre banquettes sont disposées à raison de deux à l’extérieur et deux autres à l’intérieur avec un poste téléviseur en marche, de quoi occuper les visiteurs. Depuis le couloir principal de l’entrée, on remarque à gauche, deux services : le bureau du secrétariat cumulé à la caisse, puis vient la pharmacie. A droite, est logé le bureau du médecin-chef et plus loin, au fond du couloir, celui du major. Sans détour et longeant l’axe de l’entrée de l’infirmerie, on débouche sur des escaliers qui donnent accès sur un espace. C’est le service de l’hospitalisation composé de deux chambres comportant chacune quatre (04) lits et du matériel médical nécessaire pour administrer des soins aux patients. Plus loin, la salle de garde, la salle de consultation et celle de réunion, jouxtent le bureau de la directrice.
Ici, à l’infirmerie de l’université, le strict nécessaire, du moins à vue d’œil, est mis en place pour assurer une bonne prise en charge sanitaire des étudiants et usagers. Que retenir de la création, du fonctionnement et de l’approvisionnement de ce centre sanitaire ? Nous y reviendrons dans nos prochaines publications de la thématique du mois.

Réalisation : La Rédaction

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