Suspension des sorties pédagogiques, journées culturelles et excursions : Responsables d’établissements et parents d’élèves adhèrent à la décision - Journal Educ'Action

Suspension des sorties pédagogiques, journées culturelles et excursions : Responsables d’établissements et parents d’élèves adhèrent à la décision

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Des apprenants en situation de sortie pédagogique

Les sorties pédagogiques, journées culturelles et excursions n’ont plus droit de cité dans le Secondaire. Les responsables d’établissements secondaire sont appelés à y mettre un terme. C’est ce qui ressort de la note circulaire n°061 en date du 19 février 2021, prise par le Ministre des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle. Approchés, les responsables d’établissements et parents d’élèves opinent sur cette interdiction. Lisez plutôt !

«Il m’est revenu que dans les établissements secondaire publics et privés, des sorties pédagogiques ou excursions sont organisées sur fond de pratiques amorales, immorales, voire traumatisantes, avec parfois un but purement mercantile, dénaturant ainsi les intentions pédagogiques des activités extramuros. De telles pratiques sont également de nature à ruiner les parents, à compromettre la sécurité et la santé des apprenants de la pandémie de la COVID-19, où aucune assurance de respect des gestes barrières n’est garantie, ni au cours du transport ni sur les sites ». Cet extrait de la note de suspension du Ministre des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle, Pr Mahougnon Kakpo, renseigne, à suffire, sur les observations faites, motivant la prise de la décision de suspendre jusqu’à nouvel ordre, les sorties pédagogiques, journées culturelles et excursions.
En effet, ces activités culturelles revêtent une importance capitale dans l’apprentissage des apprenants, tout au long de leur cursus scolaire. Avec des missions essentielles et différentes les unes des autres, elles permettent aux élèves de mieux renforcer leurs capacités mais aussi, de se relaxer, de se divertir après des moments d’études. Toutefois, des dérives ne manquent pas d’entacher ces activités à la fois pédagogique et récréative qui pourtant s’avèrent indispensables. Pour mieux appréhender les facteurs qui mettent à mal ces activités, il convient de comprendre leur bien fondé.

Du bien-fondé des sorties pédagogiques

Pour Bernard Lahamy, directeur au CEG 1 de Godomey, les sorties pédagogiques servent à « confronter la théorie à la réalité. Aller voir sur le terrain ce qu’on a enseigné théoriquement mais, qui a besoin d’un support matériel pour être compris ». Aussi, précise t-il, « si par exemple, c’est les plantes qu’on va voir dans la nature, voilà comment les plantes s’adaptent et ainsi de suite. Comment les animaux se comportent. Montrer par exemple, si c’est en SVT, comment les végétaux sont organisés dans la nature. Cela, on le voit théoriquement dans les classes et il faut aller le voir aussi sur le terrain ». Ces propos sont appuyés par Pascal Kpodjadan, directeur du CEG Le Méridien, qui martèle que : « les sorties pédagogiques sont très importantes pour que l’élève complète et touche du doigt ce qu’il apprend dans les quatre murs en classe. »

Des frais de sorties pédagogiques

Les activités pédagogiques ont pour but de renforcer les capacités des apprenants, mais aussi d’appuyer les notions théoriques reçues en classe. Pourtant avant de participer à ces sorties, les apprenants à travers leurs parents doivent débourser des frais bien que l’activité entre dans le cadre de leur apprentissage. Sur le sujet, Bernard Lahamy, directeur au CEG 1 de Godomey tente d’expliquer : « les sorties pédagogiques, c’est pour se déplacer et aller quelque part. Il est donc évident que les sorties pédagogiques nécessitent des frais. Maintenant, quel est le montant réel, c’est là le problème. C’est là où l’aspect mercantile vient mettre à mal cette activité. Déjà, je parle de déplacement. Peut-être que de façon avérée, le collège a prévu faire déplacer un certain nombre d’élèves, peut-être en Histoire- Géographie, en SVT, etc. Donc, si on avait pris les activités en compte et que les ressources étaient prévues dans le budget, on ne devrait pas prendre de l’argent chez les apprenants pour les déplacer. Là encore, il faut être assez rigoureux. Il faut compter le nombre d’élèves, le jour où nous allons faire l’activité pour savoir si cela nécessite de payer d’abord avant d’y participer… ». Pascal Kpodjadan, directeur du CEG Le Méridien, dans la même vaine, précise que si la structure a un moyen de déplacement, on n’a pas besoin de faire payer les élèves. « Si l’endroit n’est pas très loin de l’école ou du lycée, on peut organiser une sortie. Juste avec la marche, on peut aller constater un certain nombre de choses. Mais si c’est éloigné, on peut juste demander une participation des élèves complétée certainement par la structure ou le collège ou le lycée dans un budget élaboré », détaille-t-il.

Des avis des responsables d’établissements sur l’aspect mercantile des sorties

Le ministre dans sa note circulaire, fait cas du mercantilisme des sorties qui sont de nature à ruiner les parents d’élèves. Sur cette considération, les deux responsables d’établissement secondaire accordent leurs violons. Le directeur du CEG le Méridien déclare : « les collègues dépassent parfois les frais recommandés, c’est-à-dire qu’au lieu de prendre juste ce qu’il faut pour une participation simple, raisonnable, on demande à l’élève peut-être deux fois, un peu comme si c’est une activité lucrative, les sorties pédagogiques ». Epousant donc la décision de l’autorité ministérielle, il déplore le mercantilisme des sorties pédagogiques avant de soutenir ses propos d’une anecdote. « J’ai eu des cas où pour aller juste à Ouidah, Cotonou-Ouidah, on demande à l’élève de payer 3000 francs CFA ; 5000 francs CFA pour un seul élève. Moi, je trouve que cela sort de l’ordinaire. Cotonou-Ouidah, tout le monde connaît le tarif », raconte-il, martelant que les compagnies de transport sont aussi impliquées dans la fixation de ces prix à l’extrême.
Pour Epiphane Mindjinnakou, parent d’élève, les sorties pédagogiques, excursions et autres ont, à un niveau donné, un aspect mercantile. « Nous avons fini par comprendre que beaucoup profitent de ces sorties pour soutirer de l’argent aux parents. Il faut dire la vérité puisque très souvent, on contraint les parents à débourser de l’argent. C’est une autre manière pour contraindre le parent à débourser de l’argent parce que derrière cette excursion ou cette sortie pédagogique, il faut payer le déplacement, la restauration voire le loisir de l’apprenant. Donc quand on comptabilise le tout, on peut se retrouver banalement autour de 5.000 francs CFA, 6.000 francs CFA, 10.000 francs CFA, parfois », laisse-t-il entendre, sans ambages. Lionel Egue, élève en classe de Terminale au CEG 1 de Godomey, argue : « Pour les élèves, lors des journées culturelles, il y a des jours réservés pour les pique-niques. C’est lors des pique-niques que nous cotisons entre nous pour pouvoir préparer et manger ensemble. Mais ce n’est pas une somme assez élevée que les membres de l’administration perçoivent. Ils invitent aussi les artistes, je pense que cela contribue à payer ces artistes ».

Hormis le côté mercantile des sorties, le ministre a aussi relevé des comportements déviants lors des sorties. Ce qui pose la question de l’organisation. Qu’en est-il de l’encadrement des apprenants ?

Du caractère immoral des sorties pédagogiques et excursions

« Les excursions, c’est souvent à but festif. C’est pour visiter par exemple une usine, faire connaître une ville aux apprenants, montrer le fonctionnement des entreprises aux apprenants afin de susciter en eux l’esprit d’entreprise, le choix de métier et bien d’autres », informe Bernard Lahamy, directeur du CEG 1 de Godomey. Il indique que l’opportunité ou la pertinence des excursions revient à l’appréciation de l’administration qui décide de son effectivité ou non. Quant à Pascal Kpodjadan, directeur du CEG Le Méridien : « je n’ai jamais autorisé une excursion ici en tant que tel parce que je ne vois pas vraiment l’importance. C’est pour aller se distraire un peu, danser, manger et boire à la fin d’un semestre ou d’une série de devoirs. Je ne trouve pas d’arguments pour valider une excursion ». Abordant les comportements déviants des sorties, en particulier lors des excursions, Jean (prénom attribué), parent d’élève, dit sa déception : « Sincèrement, la manière dont les choses se passent à des moments donnés, cela tend à la violation des vertus parce qu’on dirait que les enfants sont laissés à eux-mêmes lors des excursions. Donc moi, je n’apprécie pas la chose ». Il en est de même pour le premier responsable du collège le Méridien qui n’admet pas que ses apprenants aillent en excursion, à la plage.

Encadrement et sécurité des apprenants lors des sorties pédagogiques

L’organisation des sorties pédagogiques et excursions n’est pas aisée pour les responsables d’établissements qui se doivent d’assurer l’encadrement et la sécurité des apprenants. Pour Bernard Lahamy, il est difficile de surveiller les élèves lorsqu’ils sont en nombre élevé. Mais cela n’empêche pas pour autant de les encadrer du mieux possible, même si certains apprenants peuvent échapper à la vigilance des enseignants. Pour sa part, Pascal Kpodjadan fait remarquer que l’encadrement n’est pas vraiment assuré lors des excursions. « Les élèves peuvent s’échapper pour s’adonner à d’autres activités, peut-être sexuelles et autres et puis au retour, vous n’avez pas toujours tout l’effectif et les parents se plaignent parfois », relève-t-il.

Vers l’amélioration du dispositif d’encadrement

Pour responsables et parents d’élèves, il faut nécessairement revoir le dispositif d’encadrement des sorties pédagogiques et excursions en vue d’assurer de manière convenable la sécurité et le bien-être des apprenants. Pour Jean, parent d’élève, chaque parent doit prendre l’habitude de faire promener ses enfants surtout en temps de congés ou de vacances pour nourrir l’envie de sorties des progénitures. Bernard Lahamy, directeur du CEG 1 Godomey, propose : « que ces sorties se fassent avec un nombre limité d’apprenants, de manière à ce que les encadreurs puissent avoir l’œil sur tout le monde à tout moment, puisque c’est une lourde responsabilité que de sortir avec les apprenants. La responsabilité, elle est bien lourde ». Il poursuit, par ailleurs, en mettant l’accent sur les heures de sorties qui doivent être raisonnables. Aspect sur lequel insiste également Pascal Kpodjadan, directeur du collège le Méridien qui conseille qu’il faut se rendre tôt aux sorties afin de revenir vite pour que les parents soient rassurés et que tous les élèves rentrent correctement. Il ajoute que pour un bon encadrement, l’accent devrait être mis sur l’effectif des élèves, des professeurs, le nombre de bus qui convient au transport ainsi que la limite de vitesse des conducteurs.

Gloria ADJIVESSODE

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