Statue de Bio Guera à Cotonou : La mémoire historique du prince Wasangari immortalisée - Journal Educ'Action

Statue de Bio Guera à Cotonou : La mémoire historique du prince Wasangari immortalisée

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Dans le cadre de la célébration du 62e anniversaire de l’indépendance du Bénin, trois monuments dont la statue de Bio Guera ont été inaugurés dans la ville de Cotonou, le samedi 30 juillet 2022. La portée de la construction de ce monument, les combats et les idéaux du prince cavalier Wasangari, c’est à découvrir ici et maintenant.

Arme à la main et vêtu de ses attributs de farouche guerrier contre l’oppression coloniale, l’intrépide cavalier wasangari trône désormais dans toute sa majesté au rond-point de l’aéroport international Bernardin Cardinal Gantin de Cotonou. A plus de 575 km de sa terre natale de Kalalé et à près de 520 km de Bembérékè où il a trouvé la mort, Bio Guera se révèle à la postérité, à travers un géant monument de 10 m en longueur, 3 m en largeur et 7 m de hauteur. La statue géante de Bio Guera pèse 13 tonnes hors socle et est composée d’une enveloppe faite de fonte (cuivre T3), d’une épaisseur moyenne de 5 mm montée sur une structure en acier ; l’ensemble reposant sur un massif en béton armé. C’est la restauration de la mémoire historique d’un personnage héroïque du Bénin qui est ainsi mis en évidence pour combler le vide de la connaissance de l’histoire et des personnages qui ont marqué le Bénin. Elle résulte d’une volonté politique affichée de rétablir dans les consciences individuelle et collective, l’identité historique d’une nation forte et d’un peuple brave.
A la cérémonie de dévoilement du monument, le samedi 30 juillet 2022, chefs de missions diplomatiques, autorités politico-administratives, têtes couronnées, responsables religieux et acteurs culturels étaient présents pour découvrir l’histoire d’un illustre personnage. La cour royale de Nikki, les princes et princesses de l’ère culturelle baatonnu ont tous foulé le sol de Cotonou, pour assister à la cérémonie de dévoilement de la statue du prince wasangari, Bio Guera.
« La conception et la construction de la statue de Bio Guera nous offrent l’occasion de révéler au peuple béninois et au monde entier, la charge symbolique de l’histoire de notre pays et l’épopée d’un illustre personnage qui incarne l’intégrité, la bravoure et l’héroïsme. Toute chose nécessaire à la construction d’une nation forte et digne. La réalisation du monument Bio Guera s’inscrit dans la logique d’asseoir l’identité historique et de valoriser l’histoire culturelle et politique du Bénin », renseigne Jean-Michel Abimbola, ministre du Tourisme, de la culture et des arts. En érigeant ce monument à un endroit aussi stratégique que le rond-point de l’aéroport international de Cotonou, poursuit le ministre, le gouvernement entend offrir aux visiteurs, l’un des symboles les plus expressifs de l’identité historique de notre pays.

Le parcours de l’intrépide cavalier wasangari et l’objet de la résistance

Fils de Sabi Yérima, son père et de Yon Gon, sa mère, Bio Guera, de son nom de prince  wasangari Gbaasi N’Guera est né en 1856 et est tombé au champ d’honneur le 17 décembre 1916. Eduqué à monter à cheval et à manier l’arc et les flèches, le prince de la branche dynastique Mako-Gbasi a servi comme guerrier de réserve de l’armée du roi de Nikki. Il ne nourrissait aucune ambition politique sauf à voir prospérer ses immenses champs de céréales et de tubercules parce qu’étant cultivateur mais aussi chasseur. Résistant et « figure de la rébellion » aux côtés des peuples Wasangari, Boowo, Peulh et Baatonnu de l’ancien territoire du Baru-tem, il a lutté contre les privations de liberté, l’impôt de capitation, la conscription, le travail forcé, l’oppression coloniale. Il a porté secours aux populations du village de Gbéku contre les exactions des Wasangari de Buanri au sud, Gberudaba et Bouka à l’est.

Bio Guera vivait à Gbasi au nord-ouest de Nikki, lorsqu’éclata la guerre de résistance des Baatombu à la pénétration française. Le prince Wasangari participa activement en août 1897 à la guerre dirigée par Saka Yerima, une première occasion pour lui, d’éprouver son courage et à plusieurs reprises, il a réussi à mettre en échec l’armée coloniale sur des expéditions. Bio Guera a organisé le siège de Bembéréké puis, avec ses troupes, a transféré la guerre à Baura au nord de Bembéréké. Traqué et épuisé par toutes ses années de rébellion, le chef guerrier révolté, tomba sous les balles assassines de l’envahisseur colonial le 17 décembre 1916, dans l’un de ses retraits. Personnage atypique dans l’histoire du Bénin à avoir marqué une guerre farouche de résistance contre les exactions de l’armée coloniale, Bio Guera a été distingué en 1975 comme héros national.

Extrait du discours du chef de l’Etat, Patrice Talon après le dévoilement de l’épigraphe de la statue de Bio Guera

Oser affronter un envahisseur aussi puissamment armé pour préserver sa liberté, sa dignité, sa communauté, son patrimoine et son territoire au prix certain de sa vie relève de l’héroïsme qu’habituellement les peuples célèbrent sans cesse, car un des leurs, en est l’auteur. Hors, la narration, l’appropriation, la valorisation de notre histoire commune, par nous-mêmes, notamment des faits aussi glorieux que ceux accomplis par Bio Guera n’est pas notre fort. C’est cela qui me frustre. Nous ne célébrons pas assez, ce qui est élogieux en nous et qui chez les autres, suffit pour susciter de la fierté en soi et en sa communauté. La caricature que nous faisons de nous-mêmes, ce que nous chantons quotidiennement et transmettons de génération en génération, c’est ce qui est négatif. Il est temps de nous découvrir nous-mêmes, de découvrir et de valoriser ce qui est grand en nous. Il est temps d’être conscients de ce que nous sommes le Bénin, la fusion aboutit de ces grands royaumes et peuples que sont les Baatonnu, Berba, Wasangari, Yoruba, fon, adja, goun, wama, yom, peulh et bien d’autres. Moi, je suis conscient que je suis un Bio Guera. Je suis conscient que chacun de nous est un Bio Guera ou devra l’être pour défendre notre dignité, notre identité, notre histoire et nous protéger les uns des autres. Cette belle statue sera pour nous, le reflet quotidien de notre grandeur, celle de nos aïeux, celle de nos parents, celle de nous-mêmes et celle des générations à venir.

Edouard KATCHIKPE

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