Sortir de la caverne des illusions - Journal Educ'Action

Sortir de la caverne des illusions

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On n’en finit pas d’apprendre ! Ou plus exactement, comme le soulignait un de mes illustres ainés, « on ne finit d’apprendre et se retrouver devant l’incompréhensible et l’inimaginable que lorsqu’on vous met dans la tombe ». Nous pensions passer le reste de notre histoire à appendre et comprendre pour notre bien-être, une fois devenus indépendants. Malheureusement, ceux qui sont nés aux lendemains des indépendances ont traversé des périodes d’euphorie où on répétait à satiété que nous sommes libres et hors du joug colonial. Nous apprenons à présent, au lieu d’ânonner la leçon de nos maîtres et nous réussirons.
En réalité, nous apprenions l’illusion et l’incompétence, puis les lendemains qui déchantent à l’instar d’hommes ivres qui se réveillent un lendemain de bombance, dégrisés, ayant perdu souliers, portefeuille et chemise ; mais surtout les rêves d’amour et de puissance au détour de quelques verres bien corsés soutenus par quelque dulcinée évanescente.
En fait, chaque jour nous enfonce dans nos peines économiques, sociales et politiques … et dans notre impuissance, car la religion omniprésente nous console aussitôt avec ses sermons sur le royaume d’abondance et de félicités … à venir. Les périodes se succèdent et nous espérons jusqu’à ce soubresaut démocratique qui brutalement a traversé nos cœurs et nos corps. Nous avions brûlé des feux rouges, parlé à haute voix et puis, lentement et sûrement, la mode de la démocratie bruyante et quasi sincère s’est estompée ! En réalité, nous n’avions encore rien vu, rien appris !
Lorsque je m’interroge avec ce ton pessimiste sur notre devenir, un de mes chers amis plein de bonté et de miséricorde me pose toujours les mêmes questions : que viennent faire ces pensées dans un journal sur l’éducation et surtout pourquoi ne pas insister sur quelques expériences de réussite ?
En réalité, lorsque j’explore les rues de plus en plus désertes de nos capitales africaines où chaque jour, on déguerpit les populations des abords de larges asphaltes nues et de places jadis publiques qu’on reconstruit dans le béton, la sueur et le désespoir, je constate que le meilleur ou le pire reste à venir ! L’éducation n’est pas et ne peut pas être seulement celle de nos enfants. Il faut éduquer c’est-à-dire conscientiser nos peuples qui subissent les mêmes situations dans nos villes où peu à peu l’intelligence s’estompe de nos regards au profit de la résignation voire de la bêtise des soutiens inconditionnels. On s’aperçoit que la mondialisation n’a pas besoin de beaucoup de personnes pour se faire et générer les moyens économiques et le pouvoir de domination et de destruction.
Cela dit, l’Afrique garde deux trésors. Je ne parle pas des immenses gisements du sous-sol bradés depuis longtemps ou encore ses matières premières (coton, cacao etc.) dont on égrène les tonnes comme le chapelet qui ne profite qu’au prêtre. Ce qui fait encore la force de l’Afrique, c’est d’abord sa population jeune et nombreuse. Hélas, on la malmène par une éducation toujours plus diluée et inutile ; on la maltraite par les peurs multiples que sont les terrorismes, la précarité et l’enfouissement dans des plaisirs excessifs sans réels désir, des media violents, du sexe déviant et de la religion euphorisante.
Ensuite, c’est tout simplement son soleil. Oui son soleil que l’impérialisme n’a pas encore trouvé la solution pour déplacer. On dira que nous n’en faisons pas grand-chose et je répondrai qu’on nous l’envie. Il se lève chaque jour pour nous éclairer et donner la force de nous lever aussi. Bientôt, quand nous nous déciderons, il sera la seule et véritable source d’énergie, abondante, propre et quasi gratuite !
La question lancinante en ces périodes troublées où la misère a entrainé la déshumanisation quasi irréversible, est où allons-nous ? Qu’allons-nous devenir dans un monde où nous sommes réduits au rang de spectateurs aveugles et sans réponses. Les États actuels travaillent avec peu de monde qui occupent d’innombrables fonctions dans les administrations, les conseils d’administrations et les agences. En définitive, on nous rassure et nous apaise : l’État travaille pour nous ; certes sans nous, mais qu’importe, nous devenons chaque jour des objets négligeables, interchangeables et jetables.
Quelle est la solution pour s’en sortir ? La prise de conscience de quelques-uns qui vont sortir de la caverne des illusions et ouvrir les yeux aux autres par une éducation responsable et totalement renouvelée. Seuls, dans quelques oasis comme le Bénin, nous pouvons encore garder la foi en un gouvernement conscient et promoteur d’espérance qui voudrait s’y atteler !

Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe

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