Santé sexuelle en milieu scolaire : Des enseignants déterminés, des apprenants réceptifs, des parents craintifs - Journal Educ'Action - Éducation au Bénin et dans le monde
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Santé sexuelle en milieu scolaire : Des enseignants déterminés, des apprenants réceptifs, des parents craintifs

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Concept nouveau et novateur pour certains acteurs de l’école, L’Education à la Santé Sexuelle (ESS) crée des émules, en l’occurrence dans le rang des enseignants expérimentateurs et apprenants. A plusieurs mois de longueur, cet enseignement révolutionnaire infusé dans des disciplines existant dans le milieu scolaire, tend à refaire la vie de bien d’écoliers, écolières totalement isolés du débat sur l’éducation sexuelle, un sujet tabou dans beaucoup de cercles familiaux. Certains moins hypocrites ont retrouvé le sourire et leur verve aux encablures d’une thématique qui les passionne dans des établissements et écoles sillonnés. Seulement, le grain de sel vient tristement des parents, du moins de certains parents d’élèves qui prophétisent une vie de débauche pour leurs progénitures à travers le couloir de ce programme qui, pour beaucoup de professionnels de la question, porte plus de germes bienfaisants. Heureusement que par le biais des discours et témoignages des enseignants expérimentateurs, au total 999 de la maternelle au secondaire général et technique, et des premiers bénéficiaires, les apprenants, les mauvaises appréhensions des géniteurs peuvent progressivement se dissiper. Aussi, le premier responsable du Programme, Dr. Blaise Coovi Djihouessi, à travers ce troisième extrait de son interview avec Educ’Action, essaie-t-il de rassurer les parents dubitatifs et craintifs des assurances que génère l’Education à la Santé Sexuelle, en termes d’éveil de conscience et d’activation des connaissances positives et porteuses d’espoir pour les plus jeunes de nos lieux d’instruction.

Education à la Santé Sexuelle au CS Cocotomey : Les écoliers réceptifs aux enseignements 

Ici au Complexe Scolaire Cocotomey A-B-C, l’une des écoles pilotes retenues pour la phase expérimentale du programme ‘’Education à la Santé Sexuelle, les activités pédagogiques évoluent dans une ambiance bon enfant en dépit du fait qu’il s’agit d’un nouvel enseignement qui vient s’ajouter aux unités pédagogiques existantes. Bertin Tognissè, enseignant formé de la classe de CM1/C en service à l’EPP Cocotomey, ne trouve aucune difficulté, pour l’heure, à encadrer ses apprenants sur ce nouveau concept, qui, à l’en croire, suscite de l’intérêt. « Au début, cela n’a pas été du tout facile mais avec des stratégies, ça a marché finalement. J’ai remarqué que nous avons changé un peu leur comportement. Au début, il n’y avait pas la concentration. Les tout premiers jours, l’enseignement a été un étonnement pour eux du fait que le maître a abordé un sujet tabou. Mais au finish, ils ont compris, surtout les filles qui sont mêmes plus ouvertes », a confié à Educ’Action cet enseignant. Ce programme a sûrement le mérite de soustraire les apprenants de bien d’ignorances liées à leur santé sexuelle. D’ailleurs, Bertin Tognissè, maître du CM1/C, se réjouit d’une réaction de l’une de ses écolières. « Il y a l’une de mes apprenantes qui est venue totalement mouillée par les menstrues aujourd’hui en classe, elle a tenu à partager sa peine avec moi. Je leur avais dit qu’à des moments donnés, elles vont traverser cette étape. Il est vrai qu’elle est déjà partie à la maison pour faire les toilettes et s’échanger avant de venir. C’est une fois à l’école qu’elle m’a expliqué les raisons de son absence. S’il n’y avait pas ce concept, elle n’allait pas me le dire», a-t-il témoigné. Exaucée Anani, l’une des apprenantes de cette classe, âgée de 9 ans, a rapporté à Educ’Action que le maître leur apprend à prendre soin de leur corps, à s’occuper de leur corps, à bien se laver et être propre. Propos partagés par Aimé Tossou, un autre écolier âgé de 11 ans, qui se veut plus précis : « il a dit de bien nous laver quand nous allons sous la douche, surtout de laver correctement nos slips chaque matin ; de prendre soin de nos tenues kaki qui doivent rester très propres et de nous brosser les dents tous les matins avant de venir à l’école ».

ESS aux apprenants dans le Secondaire : Des enseignants formateurs parfois mal compris des parents d’élèves 

Tout comme dans le Primaire, des établissements du Secondaire du public comme du privé bénéficient également de ces enseignements sur l’Education à la Santé Sexuelle. Dans la commune d’Abomey-Calavi, département de l’Atlantique, le Complexe Scolaire ‘’Sainte-Félicité’’ de Godomey figure au rang des collèges pilotes. Depuis environ un mois, Pacôme Tamadaho et Bienvenu Katakenon, tous deux enseignants formés, dispensent le cours de l’ESS aux apprenants des classes de 6ième, 5ième, 4ième, 2nde, 1ère et Terminale. « J’ai eu à dire aux enfants que le sexe ne devrait pas être un sujet tabou à aborder avec les parents à la maison. Or, c’est ce que nous observons malheureusement dans les foyers. Après ce cours, un enfant a eu le courage de discuter du sexe à la maison avec ses parents. Ce que les parents n’ont pas aimé et un parent a pris son téléphone et m’a appelé directement d’une voix menaçante, martelant que c’est quoi encore ce nouveau cours qu’on enseigne à sa fille sur le sexe et qu’il n’est pas d’accord », a confié l’enseignant Pacôme Tamadaho sur les difficultés liées à l’enseignement de l’ESS. « J’ai répondu au monsieur, calmez-vous. Autre temps, autres mœurs. Les enfants n’ont aucune information sur la sexualité et s’adonnent bêtement à la chose et conséquence, ce sont les grossesses précoces et les avortements qui s’en suivent. C’est pour corriger cet état de choses que le gouvernement a mis en place ce nouveau cours dénommé Education à la Santé Sexuelle pour permettre aux enfants d’avoir des notions basiques sur la santé sexuelle. Après avoir expliqué tout cela, le parent a dit merci et a souri après », a-t-il témoigné.

ES, SVT, EFS, Droit et Hygiène : Des disciplines pour enseigner sur les contenus de l’ESS 

Pour éviter de créer un nouveau champ de formation ou une nouvelle discipline à enseigner aux enfants, les responsables du programme d’Education à la Santé Sexuelle (ESS) ont préféré infuser les contenus dans les disciplines existantes. Selon Blaise Coovi Djihouéssi, premier responsable de ce programme, « pour chaque niveau, nous avons identifié les champs de formation (disciplines, matières) porteurs, qui cadrent le mieux avec les thèmes développés ». Il va plus loin, renseigner sur les différents niveaux d’enseignement et disciplines choisies. « Au niveau du primaire, nous avons le Français et l’Education Sociale (ES). Au niveau du secondaire général, nous avons le Français, les Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) et l’Education Familiale et Sociale (EFS). Au niveau de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle (ETFP), nous avons identifié deux disciplines: le Droit et l’Hygiène. Le Droit parce que tout ce qui concerne les relations sexuelles ont une portée juridique ». Pour chaque classe, l’équipe de projet a intégré les guides pédagogiques existants dans les différents champs de formation en associant les contenus de l’ESS.

ESS : 1.341 enseignants, CP, inspecteurs, DDEMP, DDESTFP formés pour la phase expérimentale 

«Des enseignants en position de classe ont été formés pour l’implémentation de l’ESS par l’Institut qui s’est occupé également des Conseillers pédagogiques et des Inspecteurs », a informé le DG de l’INIFRCF, Blaise Coovi Djihouéssi. Dans le cadre de cette phase expérimentale, des établissements de garçons, de filles ainsi que des établissements mixtes ont été choisis. Au total, 24 écoles maternelles, 48 écoles primaires, et 76 CEG et Lycées sont concernés. Du côté des enseignants, nous avons 51 enseignants de la maternelle, 235 enseignants du primaire, 713 du secondaire général, technique et de la formation professionnelle, soit un total de 999 enseignants expérimentateurs formés. Pour le corps de suivi, nous avons 42 inspecteurs du primaire, 140 conseillers pédagogiques, 12 directeurs Départementaux des Enseignements Maternel et Primaire (DDEMP), 15 inspecteurs de l’enseignement secondaire, 72 conseillers pédagogiques du secondaire, 49 chefs d’établissements de CEG et Lycées, 12 directeurs Départementaux de l’Enseignement Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle (DDESTFP). Tous ces acteurs participent à l’action sur le terrain et périodiquement, ils nous envoient des rapports de suivi sur l’expérimentation dans les établissements. A en croire le président du comité technique, cette phase d’essai « va nous révéler les difficultés à aborder certaines thématiques dans les établissements mixtes ou spécifiques, ainsi que les différents problèmes qui se posent ça et là sur les lieux d’apprentissage ». Pour éviter des erreurs du passé, le didactologue des langues fait savoir que « des critères précis ont prévalu dans la désignation des enseignants. Nous n’avons pas pris que des professeurs certifiés car dans nos établissements, il y a plusieurs catégories d’enseignants : titulaires du BAPES, des ACE et des vacataires. Nous nous sommes intéressés à ces différentes cibles pour avoir une meilleure représentativité dans le cadre de cette expérimentation. Généralement, il y a une erreur qui est commise quand il s’agit des expérimentations. On choisit les supposés meilleurs enseignants en laissant les autres, ce qui n’est pas représentatif de l’ensemble. C’est au milieu de tous ces enseignants qu’on verra à la longue ceux qui abordent mieux la question ».

Enseignants et apprenants apprécient l’Education à la Santé Sexuelle

Aurielle Sohoume, 1ère G2 au Complexe scolaire Sainte-Félicité

« Ce cours nous aide beaucoup, surtout nous les jeunes filles »

«Ce cours nous aide beaucoup, surtout nous les jeunes filles qui sommes souvent victimes de grossesses précoces. Cela nous aide dans le sens où le sexe est un sujet tabou que nous ne pouvons pas aborder avec les parents. Comment faire pour ne pas tomber enceinte, comment se protéger. L’ESS est très utile pour nous parce que je peux désormais conseiller mes sœurs qui tombent enceinte et qui, compte tenu du fait qu’elles n’ont pas les moyens, choisissent d’aller avorter. Avorter peut conduire à la stérilité. Nos enseignants font un grand effort pour nous ; le reste, c’est à nous de mettre en pratique les enseignements qu’ils sont en train de nous dispenser et de respecter leurs conseils. »

Innocent Houngbossa, 1ère G2 au Complexe scolaire Sainte-Félicité

« Les parents sont aussi épargnés de cette pesanteur,… évoquer le sexe avec les enfants »

«On ne pouvait pas prendre une décision mieux que cela. Il y a beaucoup de foyers dans lesquels certains parents ne sont pas à l’aise quand il s’agit de parler de sujets liés à la sexualité avec leurs enfants. Donc, le faire à l’école est la meilleure option. Les parents sont aussi épargnés de cette pesanteur, à savoir évoquer le sexe avec les enfants. »

Mariale Kougbéagbédé, 1ère G2 au Complexe scolaire Sainte-Félicité

« Moi, je n’ai même pas l’audace d’aborder les sujets liés au sexe avec mes parents »

«Force est de constater que plusieurs jeunes, garçons comme filles, s’adonnent au sexe sans savoir les conséquences que cela présente. Ce programme nous aide vraiment à mieux comprendre la chose et à faire plus attention au sexe. Moi, je n’ai même pas l’audace, ni le culot d’aborder les sujets liés au sexe avec mes parents. C’est donc une très bonne chose d’avoir introduit l’ESS dans le programme. On nous a appris qu’avant d’avoir des rapports sexuels avec quelqu’un, il faut être majeur et même si cela se faisait en âge adolescent, autant assumer les conséquences au lieu d’aller avorter parce que cela peut conduire à la stérilité ou à la mort. »

Bienvenu Katakenon, enseignant de l’ESS au Complexe Scolaire Sainte-Félicité

« Je prends 10 à 15 minutes pour parler de l’ESS avant d’entamer le programme du jour »

«Nous avons suivi la formation et nous avons constaté que c’était une formation très importante pour nous les encadreurs et les apprenants. En ce sens qu’on n’arrive pas à discuter des sujets de sexualité avec les enfants à la maison. C’est quelque chose qu’on doit leur enseigner pour qu’ils puissent avoir une idée sur cette pratique. Comme ils n’ont pas assez d’informations sur le sujet, ils ne savent pas comment se protéger, les comportements à adopter pour éviter les vrais dangers qui sont liés à la précocité de la sexualité. Avec la formation, nous avons reçu tout ce qu’il faut pour pouvoir faire passer le message. Tant qu’il s’agit de sexe, les enfants sont toujours intéressés et c’est ainsi qu’on arrive à faire passer les messages pour les amener à ne pas faire du désordre, à prendre conscience et à avoir une meilleure maitrise de soi. Quand j’entre donc en salle, je prends 10 à 15 minutes pour passer le message et c’est après cela que j’entame le programme du jour. »

Maïcke Agbanlin, 1ère G2 au Complexe scolaire Sainte-Félicité

« Ce programme permet d’éviter beaucoup de risques »

«On nous enseigne l’ESS durant le cours sur la reproduction et l’hygiène de la reproduction. L’ESS, c’est un bon cours parce que nous n’avons pas l’habitude d’aborder ce genre de sujets avec nos parents. Je pense que c’est une bonne initiative parce qu’elle permet à nous apprenants d’éviter certaines choses. D’abord, nous sommes trop agités et nous pensons que nous sommes déjà grands et nous posons des actes dont nous ne mesurons pas forcément les conséquences. Ce programme permet d’éviter beaucoup de risques. »

Guillaume Blènon, Censeur du Complexe scolaire Sainte-Félicité

« Les élèves sont réceptifs parce que partout où on aborde le sujet, ils sont intéressés »

«L’ESS dans le programme d’enseignement est une très bonne chose dans la mesure où les enseignants partagent avec les apprenants, les conduites à tenir du point de vue gestion de leur vie sexuelle. Sinon, pour dire vrai, ils savent tout déjà. Maintenant, si l’enseignant vient leur expliquer comment cela se passe, c’est une très bonne chose. Au cas contraire, c’est la rue qui les éduque et si c’est la rue, ils peuvent dérailler. Les enfants sont favorables parce que pour ce qui concerne le sexe, partout où on aborde le sujet, l’apprenant est intéressé. »

Blaise Coovi Djihouessi, à propos de l’expérimentation de l’ESS : « Le temps scolaire est le même parce qu’il n’y a pas un surcroît de travail »

Le programme d’Education à la Santé Sexuelle est à la phase d’expérimentation dans les écoles, collèges et lycées pilotes. L’option choisie par l’équipe de pilotage, sous la direction technique de Blaise Coovi Djihouessi, est d’infuser le contenu de l’ESS dans le programme d’enseignements existants, de la maternelle au secondaire. Le directeur général de l’Institut National de l’Ingénierie de Formation et de Renforcement de Capacités des Formateurs (INIFRCF) revient dans ce troisième extrait, sur la façon dont les cours sont exécutés et l’intérêt de l’intégration de ces notions liées à l’ESS dans le travail scolaire.

Educ’Action : Comment l’ESS est-elle dispensée ou abordé dans les classes de la maternelle ?

Blaise Coovi Djihouessi : Tout cela est intégré au programme. Ce n’est pas facultatif. Nous avons édité un référentiel des comportements attendus qui oriente les actions à tous les niveaux. Dans le guide, nous avons les ‘’Comportements attendus en matière de compréhension et prise de conscience des risques des IST et VIH/SIDA’’. La séquence porte sur ‘’J’apprends à me brosser les dents’’ p.17 du guide de la maternelle. Ici, chaque enfant doit avoir sa brosse à dent. Donc, on leur enseigne qu’il y a un grand risque quand vous utilisez la brosse à dent de l’autre. Un autre exemple : les ‘’Comportements attendus en matière de hygiène corporelle et sexuelle’’. La séquence porte sur ‘’J’accepte de me faire laver, p.27 du guide de la maternelle; Je porte des vêtements propres, p.29 du guide; Je me fais soigner mes plaies, p. 35 du guide’’. Ici, l’intervention de l’enseignant vise par exemple à montrer : quels sont les vêtements qui sont indiqués et qui évoquent la thématique l’ESS ; quels sont les couleurs qui font apparaître la saleté ; quelles sont les couleurs qui ne laissent pas transparaître la saleté ; qu’est-ce que vous devez porter désormais pour qu’on sache que votre vêtement est propre ou pas ; quelle doit être la qualité de la matière ? Ici par exemple, les enfants doivent dire à leurs parents de ne pas leur acheter des cache-sexe [slips, ndr] en nylon. Il a été démontré scientifiquement que le nylon peut créer des problèmes de santé sexuelle comme la stérilité car la matière avec laquelle est fait le nylon pose certains problèmes. Nous disons aux enfants de ne pas utiliser des cache-sexe marron, car cela ne montre pas les saletés. Même si les enfants les portent durant une semaine, eux et leurs parents ne percevront pas les saletés. Il faut préférer le blanc, le belge, etc. mais pas le rouge, ni le marron. L’enseignant doit aborder cela, car c’est indiqué dans le guide qu’il doit le faire. Il y a d’autres thématiques dans les guides que les parents n’osent pas aborder avec les enfants. Nous, nous avons formé les enseignants pour qu’ils abordent ces sujets avec délicatesse en classe.

Qu’en est-il des classes du Primaire ?

Prenons l’exemple d’une classe de CP. En terme de ‘’Comportements attendus en matière d’hygiène corporelle et sexuelle’’, comme le stipule le guide, en Communication orale (Unité 1, p.41 du guide), l’enfant ‘’rapporte au groupe-classe la conversation qu’il a eue avec des amis sur le chemin de l’école. Les enseignants sont invités à exploiter les mots et expressions relatifs à l’hygiène corporelle dans les discussions des enfants car les enfants se racontent beaucoup de choses sur le chemin de l’école ou à leur retour. J’ai plusieurs fois surpris leurs discussions quand ils passent devant chez moi.

Et au Secondaire ?

Dans le cas d’une classe de 6ième, en matière d’ ‘’Hygiène corporelle, sexuelle et santé reproductive’’, dans le programme de Français, la séquence porte sur ‘’Adopter des règles d’hygiène des organes génitaux dès la puberté (se laver correctement et régulièrement avec de l’eau saine, laver régulièrement ses habits, surtout les dessous, etc.)’’. Ici par exemple, on parlera de comment les filles doivent faire leur toilette intime tous les matins. Cela est déjà dans le programme existant. Les apprenantes vont décrire ce qu’elles font et elles seront corrigées par l’enseignant. Il faut attirer leur attention sur le fait que cela se fait du haut vers le bas et non du bas vers le haut. En effet, le sexe de la femme n’est pas éloigné du rectum (anus). Si elle fait comme cela, du bas vers le haut [son fauteuil en arrière et fait le geste], elle peut prendre les déchets du rectum et les introduire dans son sexe. Donc, elle doit faire comme ceci [il montre le geste à faire du haut vers le bas]. Alors, est-ce que cela prend du temps ! Quand vous voulez faire votre toilette intime, ne le faites pas avec du savon, car cela peut vous causer des problèmes de santé sexuelle. Le savon a des substances qui peuvent réduire le lubrifiant qui vient lors des rapports sexuels. Les permanganates ne sont pas aussi à utiliser. Il faut simplement de l’eau propre, du haut vers le bas. Est-ce que cela prend du temps ! Il faut dire également aux enfants : est-ce que vous allez également porter le même cache-sexe pendant trois ou quatre jours ! Tout cela est intégré au programme de sorte qu’il n’y ait pas une augmentation de la masse horaire.

Quels sont les impacts de ce programme sur le temps scolaire ?

Le temps scolaire est le même parce qu’il n’y a pas un surcroît de travail. Il n’y a pas une extension du temps scolaire parce que les enseignements sont intégrés aux programmes et aux guides existants. Ce sont généralement des explications et les enfants prennent note. Pour les contenus qui étaient déjà dans le programme, force a été de constater que les enseignants ne les abordaient pas pour autant sinon, ils les faisaient de façon superficielle, car ils hésitaient à aborder ces thématiques.

Quelles sont les impacts du programme d’ESS sur l’évaluation des apprentissages ?

Nous avons prévu deux sortes d’évaluation. Puisque nous sommes dans un dispositif d’infusion, cela voudra dire qu’il y aura une évaluation sur les contenus de formation pour voir s’il y a vraiment eu apprentissage. Mais la meilleure évaluation pour nous, c’est le comportemental. C’est à travers les comportements des élèves que nous pourrons vraiment apprécier tout le dispositif qui a été mis en place. Si nous constatons que les grossesses en milieu scolaire se réduisent considérablement ou partiellement, alors nous allons tirer les conséquences.

Quels types d’ouvrages didactiques à acquérir pour les élèves et leurs parents ?

Il y a un document qui a été élaboré par le ministère de la famille et qui est à la disposition de certains parents d’élèves. Je peux vous dire que dans ce document, il y a de très bonnes informations. C’est le ‘’Guide de référence pour la conduite du dialogue parent-enfant en santé sexuelle et reproductive’’. Les enfants ont besoin de connaître ces informations parce que sans cela, ils vont dans les pharmacies et parfois à des endroits peu recommandables pour acheter n’importe quels produits. Ce que nous faisons n’est pas une dépravation de la jeunesse, mais c’est donner à la jeunesse les informations utiles pour son épanouissement. Les documents que nous avons édités sont ceux destinés aux enseignants. Pour le moment, il n’y a pas de documents édités pour les apprenants. Lorsque nous allons finir d’implémenter ces documents, nous allons poser le problème à qui de droit et c’est l’autorité qui pourra nous orienter vers la production de manuels pour les apprenants dans les disciplines porteuses. Cependant, l’implémentation peut aussi nous amener à prendre d’autres décisions comme doter les établissements en matériels didactiques, etc.

Quelles sont les imputations budgétaires de ce programme sur les ressources de l’État ?

Je ne peux pas me prononcer, car cela relève des accords de partenariats entre les différents pays. Donc, c’est au sommet qu’on peut avoir le coût de ces activités. Nous, nous exécutons des activités et je peux vous dire que tous ceux qui élaborent ces documents et qui interviennent dans l’implémentation n’ont pas de primes spécifiques pour le travail qui est fait parce que cela entre dans nos attributions. Les seules choses auxquelles nous avons droit, ce sont les frais de restauration et d’hébergement lors des ateliers. Pas de prime d’élaboration, pas de prime de formation.

Réalisé par la Rédaction de Educ’Action

 

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