Salomon Balogoun, directeur exécutif de l’ONG Sia Nson à propos des actions d’alphabétisation dans l’Atacora : « Ces bénéficiaires peuvent désormais écrire et lire, transcrire tout ce qu’ils veulent » - Journal Educ'Action

Salomon Balogoun, directeur exécutif de l’ONG Sia Nson à propos des actions d’alphabétisation dans l’Atacora : « Ces bénéficiaires peuvent désormais écrire et lire, transcrire tout ce qu’ils veulent »

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Acteur très actif dans le domaine de l’alphabétisation, Salomon Balogoun est le directeur exécutif de l’ONG Sia Nson mandatée pour la mise en œuvre du PAGEDA. Rencontré au détour de la célébration de la 57e édition de la Journée Internationale de l’Alphabétisation couplée au lancement officiel de la phase 2 du PAGEDA à Tanguiéta, il fait le point des avancées notées dans les départements du Borgou, de l’Alibori, de l’Atacora et de la Donga en matière d’alphabétisation. Interview !

Educ’Action : Avec l’accompagnement financier de la Coopération Suisse, vous mettez en œuvre le PAGEDA. Qu’est-ce que c’est ?

Salomon Balogoun : Le PAGEDA est le Programme d’Appui à la Gestion Décentralisée de l’Alphabétisation mis en œuvre depuis 2016 avec le financement de la Coopération Suisse. Le but est d’assurer l’alphabétisation et la promotion des langues locales sous forme orale et écrite comme le décrivent les textes de loi sur la décentralisation. Dans le cadre de ce partenariat, les projets communaux sont financés pour régler les problèmes d’analphabétisme qui se posent au niveau de certaines communautés. Après la phase 1 achevée en fin septembre 2021, la phase 2 a démarré en octobre de la même année et se poursuit. Le jeudi 29 septembre 2022, nous avons lancé la phase 2 qui marque une nouvelle ère.Désormais, la gestion fiduciaire des fonds que la Coopération Suisse met à la disposition de l’Etat est faite par le Ministère qui transfère les ressources aux communes sur la base des projets communaux élaborés, par elle-même, pour aider à animer les centres d’alphabétisation au niveau des communautés.

Que peut-on dire de l’importance de l’alphabétisation dans la vie d’un homme ?

L’alphabétisation est un pont entre la pauvreté et la prospérité. Aujourd’hui au niveau de nos masses populaires, de nos communautés, plus de 61% de personnes ne savent ni lire ni écrire. C’est encore plus important au niveau des femmes qui font près de 67% selon le recensement général de 2013. Or, ces gens contribuent à l’économie. Comment peut-on contribuer à la construction de l’économie nationale, du PIB sans savoir ni lire, ni écrire ? Cela pose un problème. On dit que l’écrit préserve contre la déchéance des idées. L’alphabétisation est donc une alternative éducative qui permet à ceux qui n’ont jamais eu la chance d’aller à l’école, de rattraper ce qui est perdu et de se hisser au rang des autres.

Pourquoi les femmes sont-elles les plus touchées par le phénomène de l’analphabétisme ?

En Afrique et un peu partout dans le monde, les femmes constituent une couche importante de la population qui subit des pressions malheureusement des hommes et de tous les dirigeants. Très peu d’attention leur est accordée. Tous les travaux domestiques leur sont confiés au point où elles n’ont même plus le temps de se donner pour elles-mêmes. C’est pour cela qu’il y a beaucoup de projets programmes qui s’investissent pour renforcer l’éducation et la scolarisation massive des jeunes filles. Aujourd’hui, une fille qui n’est pas scolarisée à la base, devient une femme analphabète qui ne sait ni lire, ni écrire dans aucune langue. Ces femmes sont préoccupées par le foyer. Mais comment peut-on éduquer les enfants si soi-même, on n’a pas un minimum de savoir et de connaissance ? C’est cela qui fait que les femmes sont plus nombreuses à être analphabètes, à être pauvres, à ne savoir ni lire ni écrire et traînent dans la rue parfois.

Pourquoi le PAGEDA s’investit-il uniquement dans le Borgou, l’Alibori, la Donga et l’Atacora ?

Il y a le mal et le moindre mal. Le phénomène est général mais il y a des endroits où cela est accru. Mais les études ont montré que les départements du Borgou de l’Alibori, de la Donga et de l’Atacora sont des foyers où se concentre une grande masse d’analphabètes. On s’est dit alors qu’il faut commencer par là et aller petit-à-petit vers les autres départements. L’autre raison, c’est que la Coopération Suisse étant ici depuis 40 ans, a choisi de focaliser son attention dans certaines communes du département du Borgou. Cela a commencé par la commune de N’Dali. Par la suite, elle a étendu ses efforts dans l’Alibori. Mais étant donné que l’analphabétisme et la pauvreté persistent au niveau de l’Atacora et de la Donga et que ces départements ont des passerelles entre eux, le programme a été étendu en fonction des moyens qui existent au niveau de ces quatre départements. Mais la Coopération Suisse a fait un clin d’œil au département du Mono et va financer le Ministère pour impacter cette partie du territoire national.

Comment l’alphabétisation des personnes impacte-t-elle l’économie du pays ?

Quand nous allons dans la constitution du PIB national, les artisans jouent un rôle très important. Parmi eux, nous avons les menuisiers, les couturiers, les coiffeuses, les femmes transformatrices des produits agricoles en produits de consommation directe. Pour la plupart, ces gens sont analphabètes. Comment voulons-nous qu’ils fassent prospérer leurs activités dans un état d’analphabétisme total ? Si ceux-là sont alphabétisés, ils pourront améliorer ce qu’ils font et augmenter leur revenu. Une fois les revenus individuels augmentés, ils pourront dire que c’est l’économie nationale qui en tire une bonne partie. C’est ce que le gouvernement a constaté pour rédiger un programme qui fait un arrimage entre l’alphabétisation et la formation professionnelle pour que tous les artisans qui choisissent de travailler pour le développement puissent avoir tous les moyens nécessaires pour pouvoir mener leurs activités et la mener à bon port. Aujourd’hui, ils jouent un rôle important dans le tissu économique national. C’est à juste titre que cela a été vu et je crois que nous sommes sur la bonne lancée.

Des années déjà que des personnes sont embarquées dans les programmes d’alphabétisation. Pouvez-vous réellement affirmer que ces gens prospèrent ?

Lorsque vous allez aujourd’hui au niveau des centres professionnels qui sont installés au niveau des départements du Borgou et de l’Alibori, il y avait des artisans, des apprentis qui ne savent ni lire ni écrire. Mais ces artisans peuvent utiliser les connaissances acquises pour les implémenter dans leurs activités et les faire prospérer. Aujourd’hui, une couturière qui n’est pas du tout allée à l’école mais qui a été alphabétisée peut prendre note en langue. Quand nous prenons les femmes transformatrices, aujourd’hui, elles ont des outils de gestion, que ça soit pour la gestion économique et financière de leurs activités. Elles peuvent élaborer des comptes d’exploitation et des plans d’affaire. C’est une réalité. Plus de 30 800 apprenants ont eu leur parchemin après la phase 1 et sont sortis de l’analphabétisme. Au même titre que nous, ces bénéficiaires peuvent désormais écrire et lire, transcrire tout ce qu’ils veulent faire et faire prospérer leur activité. Ça c’est une réalité aujourd’hui. Les communes du Borgou et de l’Alibori, en matière de maîtrise d’ouvrage, ont atteint un niveau très important, très appréciable aujourd’hui. Vous verrez que tous les maires de ces communes sont ici aujourd’hui. Donc, ces gens sont sortis du bois simple pour devenir un bois poli qui est un art. C’est ça le plus important. Mêmes les opérateurs qui interviennent dans l’alphabétisation, ont vu leur capacité renforcer, ils ont acquis des stratégies de suivi pour bien mener leurs activités sur le terrain. Les acteurs au niveau institutionnel jouent un rôle très appréciable grâce à l’appui du PAGEDA. Entre temps, il y avait toujours alphabétisation, mais l’environnement lettré n’était pas pourvu de sorte que les gens retombent très vite dans l’analphabétisme. Mais grâce à l’appui de la Coopération Suisse, les communes ont installé les bibliothèques villageoises où les gens peuvent aller comme dans les bibliothèques classiques, consulter les documents en langues nationales. Ceux qui n’ont pas accès à cela, peuvent quand même consulter une plateforme où nous avons déposé, avec l’appui de tous les partenaires, des documents pour les non-alphabètes. Ce sont des résultats palpables auxquels nous sommes parvenus.

Y a-t-il encore des poches de résistance dans ces communes en matière d’alphabétisation ?

La principale difficulté que rencontre le sous-secteur, c’est au niveau de son financement.On constate que les besoins sont énormes en matière d’alphabétisation. Les gens sont de plus en plus conscients de cela. Donc, il faudrait que les efforts du gouvernement soient renforcés, parce qu’il y a encore des localités non touchées. L’autre difficulté est liée au temps. L’alphabétisation est une activité qui se fait pendant une période donnée. La majorité des bénéficiaires sont des producteurs. Lorsque la pluie commence, la mobilisation de ces gens devient problématique. Aussi, faudrait-il que beaucoup d’autres partenaires puissent s’intéresser au sous-secteur.

Que dire pour conclure cet entretien ?

A ceux qui n’ont pas été à l’école et ne savent ni lire ni écrire, nous disons que l’opportunité leur est offerte. L’opportunité est ouverte aux parents, adolescents, jeunes et mêmes des personnes d’un certain âge qui veulent se faire alphabétiser. Ils n’ont qu’à aller dans les centres. Donc, c’est une opportunité à saisir par les artisans pour s’embarquer dans le nouveau bateau de développement que le gouvernement met en place. Nous, autres, voulons contribuer à cela parce que nous savons que les communes doivent jouer un rôle très important dans le système d’alphabétisation.

Propos recueillis par Estelle DJIGRI

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