Rock Ahokpossi au sujet de l’intégration des TIC dans les curricula de formation : «Ce sont des initiatives qui sont restées à l’étape embryonnaire» - Journal Educ'Action

Rock Ahokpossi au sujet de l’intégration des TIC dans les curricula de formation : «Ce sont des initiatives qui sont restées à l’étape embryonnaire»

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Depuis quelques années, les acteurs du système éducatif béninois sont dans la perspective d’intégrer les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) dans les curricula de formation. Un projet qui, pour l’instant, n’est pas encore concrétisé. Directeur de l’Inspection et de l’Innovation Pédagogique du Ministère des Enseignements Maternel et Primaire (MEMP), Rock Germain Ahokpossi apporte des clarifications sur le sujet. C’est à travers cette interview accordée à Educ’Action.

Educ’Action : Dans quelle optique s’inscrit l’intégration des TIC dans les curricula de formation ?

Rock Germain Ahokpossi : Je vous répondrai pas à pas en commençant par définir les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC)comme étant, dans le contexte scolaire, toute technologie utilisée en milieu scolaire, et qui est centrée sur l’usage par l’élève d’un ordinateur ou de n’importe quel autre périphérique. Alors que le curriculum, c’est l’ensemble des objectifs d’enseignement, des contenus notionnels, des méthodes, des matériels et des différentes dispositions relatives à la formation des enseignants. Lorsque je mets tout cela ensemble, je peux vous dire que l’intégration des TIC dans les curricula, suppose la diffusion d’une technologie en éducation et son appropriation par les acteurs de l’éducation au profit de leur pratique. Il revient donc à dire que, lorsque les TIC sont intégrées aux curricula, les apprenants et les enseignants doivent pouvoir utiliser ces technologies dans l’acte d’enseignement-apprentissage-évaluation.
Les Technologies de l’Information et de la Communication dans les curricula ont une plus-value certaine au point où, enseignants et apprenants devraient pouvoir gagner beaucoup parce que tous les acteurs de l’école auraient facilement accès à de la documentation. Les enseignants auront la facilité d’illustrer leurs enseignements, les apprenants auront cette facilité à aborder beaucoup de sujets même en dehors des classes réglementaires. Donc, l’intégration des TIC dans les curricula est souhaitée et devrait améliorer les résultats scolaires.

Quel état des lieux peut-on faire de la concrétisation de ce projet à l’heure actuelle ?

Comme état des lieux de la concrétisation de ce projet dans le système éducatif aujourd’hui, je peux vous dire que les discours politiques sont très favorables à l’utilisation des TIC en milieu scolaire. Plusieurs initiatives sont allées dans ce sens pour montrer cette volonté gouvernementale. Mais toujours est-il que tous ces efforts sont restés à l’état d’initiative. Au nombre donc de ces initiatives, le gouvernement à travers l’Agence Béninoise du Service Universel des Communications Electroniques et de la Poste (ABSUCEP) qui a installé des ordinateurs dans douze (12) écoles de part le pays pour permettre un accès à ces outils, un apprentissage de l’utilisation de l’outil informatique au niveau de ces écoles. D’autres écoles, au nombre desquelles huit (08) ont aussi bénéficié de la part du gouvernement de deux (02) ordinateurs chacune, toujours à des fins de familiarisation à l’outil informatique. En termes d’initiatives, nous avons aussi celle du réseau mobile MTN à travers dix (10) écoles, de l’UNESCO à travers douze (12) écoles et n’oublions pas que le projet SANKORE de l’Agence Française de Développement était aussi passé par là. C’était d’ailleurs la toute première initiative d’intégration des TIC au niveau des écoles. Lorsque nous regardons tout cela, nous voyons que ce sont des initiatives qui sont restées à l’étape embryonnaire en ce sens que beaucoup d’écoles, beaucoup d’espaces restent encore non touchés par ces initiatives. Mais, c’est de la manière dont ces initiatives seront accueillies qui permettra leur généralisation ou bien leur poursuite voire l’élargissement de l’assiette de l’expérimentation. Les enseignants et apprenants qui ont accès à ces outils ne peuvent donc pas les utiliser à plein temps, parce que déjà, comme je l’ai dit, ce sont des initiatives qui sont à l’étape d’expérimentation. Ces expérimentations ne sont donc pas encore inclues dans les curricula parce qu’en matière d’intégration des nouvelles approches dans les curricula, tout se fait par étape.

Quels sont les obstacles à la concrétisation de ce projet ?

Au nombre des défis à relever en ce qui concerne l’intégration des TIC dans les curricula, il va falloir que le gouvernement, dans ses efforts, améliore la couverture de l’internet et de la téléphonie. Il va falloir que beaucoup de cadres de maintenance soient formés pour permettre à ce que les matériels achetés puissent être entretenus sur un moyen terme pour ne pas dire à long terme. Parce que nous constituons un pays en voie de développement, sinon un pays à ressources limitées et nous ne pouvons pas nous investir tous les jours à renouveler les infrastructures liées à la numérisation de nos écoles. L’autre faiblesse est le peu d’engouement que les enseignants ont par rapport à l’intégration des TIC. Peu d’enseignants s’intéressent à la chose. C’est vrai que cette année, les jeunes enseignants qui sont habitués à la téléphonie moderne, s’intéressent de plus en plus à la question. Il va falloir développer, en bon ne et due forme, les curricula dans ce sens. Cela suppose, qu’une politique éducative claire soit définie dans ce sens et les moyens doivent pouvoir accompagner.

Que dire pour conclure ?

Je voudrais dire que dans le contexte actuel, il serait judicieux de voir de quelle manière les TIC pourraient servir encore mieux les enfants en les initiant à son utilisation dans le cadre des acquisitions des différentes disciplines enseignées et en dotant les écoles des infrastructures pour leur permettre de renforcer leurs connaissances de base en mathématiques et en français. Cela leur permettra aussi de développer l’esprit de créativité. Dans le même temps, il faut initier les enseignants à la construction des savoirs avec l’appui des TIC et rendre les TIC accessibles à tous les niveaux quel que soit l’endroit où se situe l’école.

Propos recueillis par Gloria ADJIVESSODE

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