Retard de langage chez les enfants : Un frein à la scolarisation des tout-petits (Tout sur les causes, conséquences et conseils des spécialistes) - Journal Educ'Action

Retard de langage chez les enfants : Un frein à la scolarisation des tout-petits (Tout sur les causes, conséquences et conseils des spécialistes)

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Cause négligée de la scolarisation tardive dans le rang des enfants, le retard de langage est une difficulté liée à la prononciation des premiers mots et paroles. De plus en plus, des enfants souffrent de cette difficulté qui les prive de paroles malgré qu’ils aient dépassé l’âge normal de prononcer quelques mots. Problématique majeure, de nos jours, dans bien des foyers, Educ’Action a fait l’option de travailler sur le sujet en vue d’y déceler les causes et les conséquences, et de partager avec les lecteurs et parents d’élèves, les conseils des spécialistes approchés.

Jaurès (prénom attribué) est aujourd’hui un grand garçon de 12 ans avec un retard dans son cursus scolaire puisqu’il est encore en classe de CE1, cette année scolaire 2020-2021. L’école n’est pas le seul domaine de la vie dans lequel cet enfant a connu du retard. Déjà, sa venue au monde a connu un léger retard qui aurait compliqué voire coûté la vie à sa génitrice. Ensuite, ses toutes premières années ont été particulières au regard de sa difficulté à prononcer les premiers mots. Depuis sa naissance jusqu’à l’âge de quatre (04) ans, Jaurès n’a pas pu prononcer les premières paroles propres aux enfants de son âge. Sa maman, écailleuse de poisson dans le marché de Godomey et première épouse d’une famille polygame, se rappelle encore les nombreuses démarches entreprises en son temps pour permettre l’élocution à Jaurès. « Mes belles-sœurs m’ont conseillée d’aller à l’hôpital pour voir si l’enfant a le frein de langue. Si c’était le cas, on va procéder à sa coupure afin que mon fils puisse parler », a expliqué la génitrice à Educ’Action. Ce qui fut fait, mais sans résultats partants. « L’enfant n’avait à priori aucun problème de frein de langue. Rien ne justifiait donc qu’il ne puisse pas parler », informe-t-elle. Impuissante, elle se remettait dès lors à la volonté de Dieu. Ce retard de langage, par la suite, a induit un retard de scolarisation au niveau de Jaurès, lui qui intègre finalement le Cours d’Initiation (CI) à l’âge de six (06) ans.
Des enfants comme Jaurès, il en existe beaucoup dans nos sociétés. Ils font face à un retard de langage qui pourrait être causé par plusieurs facteurs. Ces retards auraient pu être corrigés si les démarches nécessaires avaient été menées à l’endroit des personnes avisées. Ces personnes avisées composées d’orthophoniste, de psychologue et de pédiatre, décèlent, de leurs diagnostics, plusieurs raisons qui pourraient justifier cet état de chose.

De la conception du retard de langage

Entourée de nombreux enfants porteurs de handicap relatif à la parole, Finagnon Djossou, l’une des rares orthophonistes du Bénin, martèle que le retard de langage peut s’expliquer par le fait que l’enfant ait un niveau de développement linguistique insuffisant selon les attentes ordinaires. « Généralement à un (01) an, on attend que l’enfant produise son premier mot. Mais, on rencontre parfois des enfants qui dépassent cette limite d’âge et n’arrivent pas à produire leur premier mot. On parlera de retard de langage lorsque l’enfant n’arrive pas à aligner les mots nécessaires pour transmettre ses idées car le langage est une suite de mots bien organisés », a développé l’orthophoniste.
Pédiatre et psychologue, quant à eux, diront que le retard de langage peut s’observer bien avant les premiers mois de l’enfant. Chacun d’eux apporte sa précision selon sa connaissance de la chose. « Le langage commence chez l’enfant dès la naissance avec l’émission des cris. Si un enfant ne crie pas à sa naissance, on peut considérer qu’il a du retard », a fait remarquer Dr El’Mourchid Bello, en sa qualité de pédiatre périnatologue. Il précise par ailleurs que les premiers mots d’un enfant de six (06) à neuf (09) mois se résument à des syllabes comme ‘‘ma, ta, da, pa’’. Mais dès lors que l’enfant dépasse ce cap sans prononcer tout au moins ces syllabes, le parent peut commencer à s’inquiéter. Pour sa part, Faridath Ibrahim, psychologue-clinicienne, dira que le langage de l’enfant commence déjà depuis le ventre de la mère. « L’enfant depuis le ventre de sa mère baigne déjà, dans le langage. Après sa naissance, de zéro (0) à dix (10) mois, il fait des babillages et des cris, de dix (10) à dix-huit (18) mois, des syllabes. À partir de vingt-quatre (24) mois, c’est-à-dire deux (02) ans, il prononce des phrases courtes complètes », a expliqué Faridath Ibrahim. Ces différents passages obligatoires pour tout enfant normal n’ont pu être vécus par le petit Jaurès qui n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Les causes de ce retard ne sont pas inconnues. D’ailleurs, les spécialistes de la question ont tôt fait de lever le voile sur ces dernières.

Les éléments justificatifs du retard de langage chez l’enfant

Les causes du retard de prononciation de paroles chez l’enfant sont multiples et variées. Elles peuvent avoir des sources génétiques comme elles peuvent être dues à des traumatismes de tout genre ou même liées à l’environnement. « Nous avons des causes liées au trouble de l’audition, à l’environnement, aux maladies du cerveau pendant la grossesse ou les premiers mois de naissance », a confié à Educ’Action la psychologue-clinicienne Faridath Ibrahim. Revenant dans son domaine de prédilection qui est la psychologie, Faridath Ibrahim va faire observer qu’en dehors de ces causes énumérées un peu plus haut, le retard de langage est aussi dû à des raisons psychoaffectives comme l’instabilité familiale, le choc affectif, les relations fusionnelles parent-enfant ainsi que les événements traumatisants.
Epousant le développement de la psychologue, l’orthophoniste Finagnon Djossou dira pour compléter la liste des causes, « que l’enfant qui est né et qui respire bien mais qui ne pleure pas doit préoccuper. C’est le type d’enfant qui développe plus tard les troubles envahissants du développement. Un environnement très pauvre peut conduire l’enfant à un retard de paroles et de langage. Il peut s’agir de l’enfant lui-même qui a développé des troubles neurologiques. Ce sont les enfants qui vivent avec la paralysie cérébrale. C’est comme les enfants qu’on appelle ‘‘Tohossou’’ dans la culture fon béninoise. Certains vont développer des troubles envahissant du développement dans lesquels on classe les diverses formes d’autisme et les formes syndromiques », a éclairé, à son tour, l’orthophoniste qui ajoute que la déformation chromosomique, notamment la trisomie 21 peut en être également une cause.
De l’avis du spécialiste de la santé physique des enfants Dr El’Mourchid Bello, il dira que la surdité et le problème de diction peuvent être des raisons pour lesquelles un enfant peut ne pas parler. Par contre, plusieurs autres causes seraient à la base du fait qu’un enfant qui n’est ni sourd, ni muet, ne puisse pas parler à temps, selon le pédiatre. « Un enfant qui a été réanimé et donc, a eu une souffrance dans son cerveau aura du retard à parler. Il y a également des enfants qui ont une infection du cerveau ou une atteinte cérébrale autre que la réanimation. Un enfant qui est né et qui fait par exemple la méningite ou qui a eu, dans ses premiers jours, une maladie qu’on appelle l’Itère nucléaire, donc très grave, aura du retard de langage », a-t-il évoqué, insistant sur le fait que les atteintes épileptiques, l’autisme, la trisomie 21 encore appelée le mongolisme sont également des causes plausibles du retard de langage chez l’enfant. Ce problème qui empêche les enfants de parler à l’âge indiqué n’est pas sans conséquences sur la vie aussi bien sociale que scolaire de l’enfant, reconnaissent à l’unanimité les spécialistes.

Le retard de langage défavorise l’insertion sociale et scolaire de l’enfant

Des propos des spécialistes, il est évident que l’enfant atteint par ce mal aura certaines difficultés du point de vue scolaire et de l’insertion dans la société. « L’enfant qui est dans ce cas, aura des difficultés à s’insérer dans la société. Il sera agressif parce que ne pouvant pas s’exprimer, il aura du mal à se faire comprendre », a fait savoir le pédiatre, El’Mourchid Bello. « Absolument ! », s’exclame l’orthophoniste Finagnon Djossou qui déclare « L’enfant qui ne parle pas, n’arrivera pas à communiquer ses intentions, à partager ses idées lors des échanges ». A l’en croire, lorsqu’on dit retard de parole ou de langage, il ne s’agit pas seulement de ce que l’enfant produit, mais également de la compréhension qu’il a de ce qu’on dit. « Dans la parole et le langage, il y a deux aspects : il y a l’expression, ce que l’enfant dit et la compréhension, ce que l’enfant reçoit. Il y aura des troubles du langage manifestés par le fait que des enfants peuvent parler beaucoup, mais ne comprennent rien de ce qu’on peut leur dire » a-t-elle précisé.
A la question de savoir si ce retard peut constituer un frein à la scolarisation de l’enfant, l’orthophoniste répond par l’affirmative. « Dans notre société, il n’y a pas encore l’inclusion proprement dite. Ce retard peut être un blocage parce que les parents attendent que l’enfant parle avant de le mettre à l’école et c’est normal parce qu’en classe, il faut bien que l’enfant s’exprime. Il faut qu’il puisse exprimer ses besoins par des mots simples comme Tata, je veux faire pipi ! Tata, j’ai faim ! Tata, j’ai mal à la tête ! Quand l’enfant ne parle pas, c’est difficile pour ses parents de se séparer de lui le temps qu’il aille à l’école. L’autre chose, quand l’enfant va à l’école avec une telle déficience, il ne peut pas être épanoui dans la classe. Cela constitue une difficulté pour son insertion », a laissé entendre l’orthophoniste. Le retard de langage peut constituer un frein pour la scolarisation de l’enfant mais ce n’est pas une règle, a exprimé, à son tour, le pédiatre sur la question. « Un enfant peut avoir un retard de langage et n’aura pas un retard intellectuel. Il sera très intelligent mais aura un retard de langage. Cela n’empêchera pas du tout sa scolarisation. Dès qu’on arrive à mettre la main sur le problème, cet enfant n’aura pas du tout du mal dans sa scolarisation. Il va bien aller à l’école », pense fortement le pédiatre Bello. Certes, l’enfant va bien aller à l’école mais il va évoluer selon son niveau de développement intellectuel de l’instant, a repris l’orthophoniste. Elle n’a pas manqué de s’expliquer. « L’enfant qui a un retard de parole, aura aussi un retard au niveau du langage écrit. La société peut voir que l’enfant parle, l’enfant réagit, mais l’école va rencontrer des difficultés. C’est ce même enfant qui va faire la maternelle deux fois, le Cours d’Initiation deux fois, les Cours Préparatoires deux ou trois fois, les Cours Elémentaires de nombreuses fois avec des changements d’école », a expliqué celle dont le travail quotidien consiste à faire parler les enfants en difficultés de langage. Mais n’empêche que le retard de langage dans la plupart des cas peut être corrigé. Dans ces conditions, quelle démarche est la mieux indiquée pour amener l’enfant à se mettre au pas ? La question a été également posée.

Le recours aux spécialistes comme solution

« Lorsque les parents soupçonnent un retard de langage chez leur enfant, la première des choses est de consulter le pédiatre qui pourra orienter vers le spécialiste (psychologue, orthophoniste, neurologue) requis selon les causes probables dudit retard pour une meilleure prise en charge », conseille simplement le psychologue Faridath Ibrahim, à l’endroit des parents. Quant au pédiatre périnatologue, El’Mourchid Bello, le jeu est utile pour sortir les enfants de ce retard. « Pour sortir les enfants de cette difficulté, les enseignants doivent jouer avec l’enfant parce que l’enfant d’abord, c’est le jeu. Donc à base de jeux, on trouvera des astuces pour faire comprendre à l’enfant comment parler, comment s’exprimer et donc cet enfant qui sera dans un système de jeux va s’exprimer facilement et ainsi l’enseignant et le parent vont l’amener à vaincre cet obstacle », a-t-il proposé.
La spécialiste de langage estime que les parents doivent être attentifs à chaque mouvement de leur enfant pour ne pas être surpris. Pour ce faire, « que votre enfant ait des difficultés ou pas, il faut le prendre comme un interlocuteur à part entière. Même pour le bébé, il faut tenir compte de ses réactions. Chez le bébé de trois (03) mois, la façon de pleurer indique son besoin pour un parent attentif », a-t-elle conseillé avant d’inviter les parents à faire recours aux spécialistes en cas de difficultés liées à la parole. « Pour un trouble du langage, c’est toujours mieux de voir l’orthophoniste le plus proche. L’orthophonie existe au Bénin depuis un moment mais toute la population n’est pas encore informée de l’existence de cette profession qui vient soigner les troubles du langage et de la communication ainsi que les troubles de l’alimentation, de la déglutition, de la voix et de nombreuses autres difficultés », a-t-elle informé. Par rapport au problème de frein de langue, elle a tenu à éclairer la lanterne de la population sur le fait que « le frein de langue n’empêche pas de parler, mais il peut empêcher l’enfant de produire correctement les sons de la parole ».

Estelle DJIGRI

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