Respectons-nous, les uns les autres ! - Journal Educ'Action

Respectons-nous, les uns les autres !

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Une question, sinon un problème me tourmente depuis très longtemps. Je l’ai examiné de tous les côtés, je me suis rapproché de plusieurs personnes plus sensées, les unes que les autres, à qui je me suis ouvert et, à vrai dire, les réponses plutôt variées, « ondoyantes et diverses » comme le dirait l’autre, ne m’ont pas convaincu. Généralement, après un long silence, la personne à qui le problème est posé se lance dans une longue explication qui masque souvent un grand vide !
Je vous pose alors toutes et tous la question qui est vraiment simple : pourquoi respectons-nous certaines personnes apparemment peu respectables ? Nous les voyons œuvrer chaque jour dans notre monde, imbues de leur personne, de leur personnage ou de leur autorité morale ou politique et, on se rend, à l’évidence, qu’elles transgressent allègrement les règles qu’elles proposent ou imposent chaque jour !
Identifions ces personnes afin que votre réponse soit claire pour moi : il y a l’autorité familiale, l’autorité religieuse et l’autorité politique. Si la première est en charge de la plus grande partie de notre éducation au quotidien, la deuxième façonne et détermine les principes qui guident notre vie et nous conduisent à Dieu tandis que la troisième s’occupe de notre liberté. Mais alors, au fur et à mesure qu’on évolue dans la vie, on va de déceptions en véritable désillusion. Il faudrait faire attention à nos réponses car, elles auront des conséquences désastreuses puisqu’il s’agira de dénoncer celles et ceux qui ne respectent pas les principes qu’ils édictent et de les descendre de leur piédestal par tous les moyens. Difficile, n’est-ce pas ! Car ici, il ne s’agit pas de nos sentiments et autres capacités d’indignation, mais plutôt de l’avenir de nos enfants à qui il faudra donner la grande leçon d’instruction morale et civique.
Lorsque nous cherchons à examiner chacune des situations, nous nous retrouvons globalement devant un sentiment atavique fait d’admiration, de soumission, de quasi sacralisation et de silence coupable.
Parmi les trois autorités, il y a une figure qui nous est familière, très proche au point d’être l’expression de la plupart de nos sentiments. En effet, nous avions tété la mère et sauté, pendant longtemps, sur les genoux du père. Même dans une famille polygame, l’image du père est celle du premier dieu qui nous a gouverné et auquel nous aspirions. Si on en arrive à mésestimer ses parents pour des contingences diverses, la nature nous rappelle que c’est eux qui nous ont donné la vie et que, ce qu’il s’agit de partager avec eux, ce n’est pas seulement l’amour mais le sens d’un devoir réciproque. Ainsi, si les parents ne s’en acquittent pas compte tenu de diverses contingences, l’enfant n’a aucune excuse pour les ignorer, car nos traditions ancestrales donnent du sens à la famille.
L’autorité religieuse est la plus difficile à analyser car très tôt, on a amalgamé Dieu et les religions de telle façon que certaines religions se confondent à la divinité. Elles sont tellement institutionnalisées que leurs représentants semblent au dessus de la loi ; ils ont les plus belles maisons et parlent à longueur de journée de pauvreté ; ils ne se privent ni de vins, ni d’autres ivresses interdites mais alors au vu et au su de tous, narguant les comités paroissiaux et le peuple silencieux mais réprobateur. Ainsi, le chemin menant à Dieu est parsemé d’embuches et de stupre. Mais, on supporte et on s’abstient de parler, craignant de détruire Dieu (ce qui est impossible) en détruisant ses séides indélicats.
L’autorité politique est la plus appréciable et nous touche le moins. Blaise Pascal nous a aidé à comprendre le phénomène politique où on retrouve des gens, pour la plupart, peu recommandables voire carrément sans foi, ni loi. Il nous avait dit dans un texte célèbre que : « Il y a dans le monde deux sortes de grandeurs : car il y a des grandeurs d’établissement (lorsqu’on vous nomme Ministre ou Député) et des grandeurs naturelles… (qui) consistent dans des qualités réelles et effectives de l’âme ou du corps. Aux grandeurs d’établissement, nous leur devons des respects d’établissement, c’est-à-dire certaines cérémonies extérieures (…) mais pour les respects naturels qui consistent dans l’estime, nous ne les devons qu’aux grandeurs naturelles (…). Ainsi, le Ministre autant que le Député doivent être absolument respectés même s’ils sont malhonnêtes et donc méprisables, car ce sont des institutions ; mais alors s’ils sont politiques et honnêtes, ils méritent le véritable respect.
En définitive, nous dirons à nos enfants que ce qui nous amène au respect, ce n’est ni la crainte, ni la peur, mais le souci du devoir pour nos parents, l’intime conviction que le chemin qui mène à Dieu ne passe pas nécessairement par ses mandants indignes et qu’enfin, la roue de la politique tourne chaque jour.

Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe

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