Publications en libre accès : Plagiat et rentabilité, freins à l’adhésion des universitaires béninois - Journal Educ'Action
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Publications en libre accès : Plagiat et rentabilité, freins à l’adhésion des universitaires béninois

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C’est en forgeant que l’on devient forgeron ! Par analogie, c’est en produisant de la science qu’on devient scientifique ! La meilleure preuve de ce statut de scientifique, ce sont les articles publiés dans diverses revues. Hors, l’accès à ces revues est conditionné par des frais de publication généralement élevés, quasiment insupportables de nombreux chercheurs africains. Ce constat étant général, et à force de chercher, scientifiques, bibliothécaires, responsables de l’information scientifique et technique ont trouvé le formule pour sortir de ce qui devenait la prison de la publication scientifique, créée au fil des ans par les grands éditeurs de revues scientifiques. Cette solution miracle, c’est la publication en libre accès ! Après deux parutions, il est temps de voir ce qui se passe sous nos cieux, à l’Université d’Abomey-Calavi, en matière de publication en libre accès.

«En ce qui concerne la production scientifique, en 2019, le Conseil Scientifique a enregistré 706 articles publiés dans des revues diversifiées aussi bien au Bénin, dans la sous-région que sur le plan international. Au total, 82 articles ont été publiés dans des revues à Facteurs d’Impact (Web of Science, Thomson Scientific, Philadelphie, USA), 347 dans des revues indexées et 277 dans des revues à comité de lecture. Les plus grands nombres d’articles proviennent des enseignants-chercheurs de la FSA, de la FSS, respectivement 141, 139 et 119 pour la FASHS et la FAST». Voici, en quelques chiffres, un aspect du travail des universitaires et chercheurs béninois, notamment ceux de l’UAC. C’est un extrait de la page 6 du Rapport d’activités de la recherche scientifique de l’Université d’Abomey-Calavi pour le compte de l’année 2019. Toujours dans le même document, on découvre que 276 doctorants (45 femmes et 231 hommes) ont soutenu leur thèse de doctorat dans les différentes Ecoles doctorales de l’UAC, contre 228 en 2018. Ces docteurs ont, eux aussi, participé à ces chiffres puisque les publications scientifiques sont une condition sine qua non de l’accès à ce grade.
Tous ces chiffres montrent combien il est important pour une université de produire de la connaissance à travers la recherche. La preuve, la plus grande université du Bénin, l’UAC, a été auréolée d’une bonne place dans un classement récent sur le plan international, qui lui a valu de nombreuses félicitations, de toutes parts. Ces productions sont diffusées à travers des revues scientifiques qui sont soit payantes, soit en libre accès. Alors, que pensent les enseignants-chercheurs de cette deuxième option de publication de leurs œuvres.

Enseignants pas toujours d’accord

1er décembre 2021. Cet après-midi, Dr Wenceslas Mahoussi est occupé entre plusieurs réunions. Directeur adjoint de l’Ecole Nationale des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (ENSTIC) et docteur en Sciences de l’information et de la communication, il a son idée de ce que pensent les enseignants de l’UAC des publications en accès libre. «Tout le monde n’adhère pas encore à cela parce que les gens font de la science parfois du fétichisme. D’abord même ils font des publications qu’ils cachent. Cela dénote d’un comportement socioculturel typique du Béninois parce que nous sommes dans une société de couvent. Alors que la science n’est pas le couvent», se désole l’enseignant-chercheur. Son de cloche similaire chez Eustache Mègnigbèto, spécialiste des sciences de l’information et des bibliothèques, coordonnateur de la formation des bibliothécaires, archivistes et documentalistes à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM). Pour lui, il serait difficile que les enseignants y adhèrent puisqu’il y «en a qui ne sont même pas prêts à partager leurs publications». Tout en soulignant qu’une enquête auprès des enseignants serait le meilleur moyen de savoir ce qu’ils en pensent, il indique toutefois douter des résultats qui sortiraient d’un pareil travail à cause du degré de sincérité des avis. La question qu’on est en droit de se poser est alors pourquoi est-ce qu’il en est ainsi ?

Ce qui bloque !

Dans sa tenue Good Luck grise, Eustache Mègnigbèto est aussi un acteur du monde scientifique. Il a servi et continue de servir en qualité de formateur à diverses occasions sur la recherche documentaire, l’accès à l’information scientifique et technique, tant pour les enseignants, les étudiants que les particuliers. Pour lui, ce qui pose problème en matière de publications scientifiques, c’est d’abord l’absence de politique, de textes sur cette thématique, sur les revues qui doivent accueillir ces publications, et plus globalement, sur la recherche. «Il n’y a pas de textes qui régissent les revues», précise-t-il, avant d’ajouter que, vu que les revues sont généralement adossées aux laboratoires, le dysfonctionnement des laboratoires handicape le bon fonctionnement des revues.
L’autre difficulté, c’est le plagiat et le manque de rentabilité des publications en libre accès. A cela, Dr Wenceslas Mahoussi répond que le libre accès participe à la visibilité des chercheurs des pays du sud et à la démocratisation du savoir. Concernant le plagiat, «l’autre raison pour laquelle je souscris au libre accès, ajoute-il dans son basin multicolore, c’est que cela décourage les pratiques plagiaires». En effet, pour le DA de l’ENSTIC, publier en libre accès, c’est semblable à faire une transaction sur la blockchain, ce qui suppose une transparence totale : «Quand c’est libre, c’est comme la blockchain». Pour Eustache Mègnigbèto, détenteur d’un PhD en sciences de l’information et des bibliothèques, «quel que soit le moyen que vous mettez en place, le tricheur va toujours tricher. Le libre accès au savoir est le meilleur moyen de mettre tout le monde sur le même pied d’égalité. L’accès au savoir permet la production du savoir».
Toutes ces publications sont diffusées à travers des revues scientifiques qui permettent de les vulgariser, c’est-à-dire les faire connaître dans le monde entier. Ces revues ont aussi leurs conditions de publications avec notamment les exigences financières. Comprendre davantage ce dont il s’agit et en faire un état des lieux au Bénin, sera le 2ième volet de ce focus sur ce qui se fait au Bénin.

Adjéi KPONON

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