Litiges domaniaux en milieu scolaire au Bénin : Un gros os dans la gorge de l’Etat central

Sous nos cieux, l’institution scolaire qu’est l’école ou le collège est apprivoisée par un fait peu ordinaire : les conflits ou litiges domaniaux. A Cotonou comme dans bien d’autres capitales, villes et quartiers de villes du Bénin, des familles entières continuent de partager les domaines dédiés aux infrastructures scolaires. A l’origine de ces situations conflictuelles, des questions de litiges de terrain entre individus ou communautés et les responsables éducatifs voire l’Etat central. Une véritable impasse à plusieurs endroits de notre pays qui mérite qu’on s’y penche. Educ’Action, pour ce mois d’avril, décide d’en faire son sujet phare. D’ailleurs, le constat de terrain, de ce premier numéro, plante bien le décor de la pagaille.

Mercredi 31 mars 2021. Alors que les fidèles de l’Eglise Catholique Sainte Cécile sise à Cotonou sont bien plongés dans le recueillement qui annonce le triduum pascal, les apprenants du Collège d’Enseignement Général (CEG) du Lac, en face, s’adonnent, comme à l’accoutumée, aux activités pédagogiques. C’est bien le dernier jour des cours avant le départ pour les congés de Pâques. Enseignements et distractions s’entremêlent, donnant le ton de la fête. Seulement, dans cet établissement secondaire relevant de l’Etat et situé en plein cœur du 6ème arrondissement de la ville de Cotonou, au quartier Saint Cécile, une situation litigieuse attire l’attention. Juste derrière des salles de classes et sur le même domaine, jouxte une habitation qui abrite une famille, que dis-je, une dynastie royale. Et ceci avant même la création du CEG du Lac dans les années 80.

Une histoire de litige entre l’Etat et la dynastie Liya Adjahwa

Les apprenants au cours d’EPS sur le terrain de sport faisant corps avec la résidence de la dynastie Liya Adjahwa

 

Derrière une petite porte en tôles, se trouvent des chambres bien construites abritant la dynastie Liya Adjahwa. Dans cette concession, des espaces sont aussi aménagés à des divinités. Père, mère, filles, belle-fille, grand-mère et arrières grands-mères et petits fils se serrent les coudes pour vivre en toute harmonie. « Nous sommes nés ici et nous avons grandi ici », informe l’un des membres de la famille. Il s’agit donc d’une vieille histoire de cohabitation litigieuse entre l’Etat, à travers le collège du Lac, et cette famille dont la dépouille du dernier roi, Adjifon Tognon Vava, décédé en 1958, repose sur cette terre. « J’ai hérité de la situation à ma prise de service. S’il se trouve des habitants qui partagent avec nous le domaine du collège, cela veut dire qu’il y a un problème. Certainement qu’il y a un litige domanial qui n’est pas encore réglé », a tenté d’expliquer à Educ’Action, Justin Sessou, directeur du CEG du Lac. A en croire ce premier responsable du collège, le CEG du Lac a vu le jour en 1981. Quarante (40) ans déjà donc que dure ce problème domanial qui peine à trouver une solution. « Moi, je suis né dans cette maison, j’ai grandi ici et je suis dans ma 64ème année. Vous comprenez donc que cela fait très longtemps que nous sommes ici. Ces terres appartiennent à mes parents qui les ont occupées avant que moi, je ne vienne au monde », a témoigné à Educ’Action, Alphonse Hounga, l’un des fils de cette dynastie en présence de sa sœur aînée âgée d’environ 80 ans, elle qui espère voir de son vivant, un jour, le dénouement de ce litige domanial.
Pas loin de la ville de Cotonou, le même problème se pose également dans le département de l’Atlantique. Educ’Action met le cap sur la commune d’Abomey-Calavi.

Une situation identique à plusieurs endroits

C’est l’heure de la récréation. Nous sommes à l’Ecole Primaire Publique de Gbodjè Womey située dans l’arrondissement de Godomey, commune d’Abomey-Calavi. La cour de l’école est noire d’apprenants. Des cris, des rires aux éclats et des sautillements s’observent de part et d’autres. La portion de clôture en tôles délabrés de l’établissement laisse apprécier les faits et gestes des écoliers dans l’enceinte de cet espace éducatif. Aux alentours de l’école, se trouvent une église évangélique, un petit dépotoir de camions en panne et des niches d’ordures entassées. Plusieurs autres ouvertures donnent accès à l’établissement qui n’est pas entièrement clôturé. Dans cette école comme au CEG du Lac, salles de classes et habitations se côtoient en douce. Créée depuis 2009, l’Ecole Primaire Publique de Gbodjè Womey ‘’digère’’ à peine un problème de litige domanial. Outre les difficultés d’effectifs pléthoriques, les deux (02) directrices des groupes A et B doivent, dans la douleur, gérer cette situation de cohabitation avec une famille qui loge sur cet espace éducatif. De sources concordantes, les nombreuses grognes de dénonciation n’ont inquiété cette famille qui jouxte avec les salles de classes. Et ceci depuis des années.
Toujours dans la commune d’Abomey-Calavi, précisément au CEG 3 d’Abomey-Calavi, situé à quelques encablures de l’hôtel de ville, la situation de litige domanial semble identique. L’établissement scolaire est contraint de partager son espace vital avec deux (02) différentes familles qui y trouvent leur confort.
Cette situation peu agréable observée par endroits n’est pas sans conséquences sur les activités pédagogiques et l’aménagement des infrastructures. Nous y reviendrons dans la prochaine publication, qui sera le numéro 2 de la thématisation du mois, avec en lucarne la question des litiges domaniaux en milieu scolaire.

Une habitation logée dans le domaine de l’EPP Gbodjè-Womey

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