L’inspecteur Bessan Philippe Kakpo à propos de l’harmonisation du Bac : « Nous avons fait l’option de donner les épreuves en nous basant sur les profils disciplinaires » - Journal Educ'Action

L’inspecteur Bessan Philippe Kakpo à propos de l’harmonisation du Bac : « Nous avons fait l’option de donner les épreuves en nous basant sur les profils disciplinaires »

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D’ici 2024, les huit (08) pays membres de l’espace UEMOA vont habituer les acteurs de l’éducation à un baccalauréat de type unique. D’ateliers en ateliers et de réflexions en réflexions, les acteurs impliqués dans le processus se donnent la carapace nécessaire pour concrétiser au mieux ce rêve. A l’issu donc de l’atelier national de renforcement des capacités des acteurs mêlés dans cette réforme dans l’espace UEMOA, à l’hôtel Azalaï le jeudi 13 février 2020, Bessan Philippe Kakpo, inspecteur de l’enseignement secondaire en mathématiques et expert de l’UEMOA dans le processus a accordé une interview à Educ’Action. Avec lui, nous avons abordé les raisons qui sous-tendent une telle décision, le niveau d’évolution du projet et la plus-value de ce projet pour les différents pays concernés. Lisez donc !

Educ’Action : Pourquoi vouloir harmoniser le baccalauréat dans l’espace UEMOA ?

Bessan Philippe Kakpo : Je peux vous dire globalement que c’est depuis 2017 que nous avons pris conscience, au niveau de la commission de l’UEMOA, qu’il y avait des inscriptions multiples, c’est-à-dire que dans la même période, un candidat du Bénin peut être candidat au baccalauréat du Bénin, candidat au Niger, candidat au Sénégal parce que les dates n’étaient pas les mêmes. Donc, chacun trichait sur ces dates. En dehors de cela, il y avait des tendances à dire que le baccalauréat de tel pays est plus côté que celui d’un autre pays. Il y a d’autres difficultés liées à l’inscription où le baccalauréat est peut-être beaucoup plus cher ici que là-bas. Donc, on a pris conscience qu’il faut harmoniser tout cela puisque nous sommes dans un processus d’intégration dans la sous-région et cette intégration devrait couvrir plusieurs champs, en particulier celui de l’éducation notamment du Baccalauréat. Donc, il y a eu un appel d’offres qui a été lancé par le Conseil des Ministres de l’UEMOA pour obtenir l’expertise nécessaire afin d’accompagner un tel processus. Depuis 2012, le Bénin a eu les meilleures habitudes. La première session de production de Cotonou par rapport à la mise en œuvre des décisions du Conseil des ministres de l’UEMOA a pris corps. C’était à l’Hôtel du Lac en octobre 2012, où nous avons commencé les premières réflexions. Quatre disciplines avaient été retenues à savoir le Français, l’Histoire-Géographie, la Mathématique et la SVT pour l’expérimentation que nous poursuivons. Après les travaux du Bénin qui avaient duré 05 jours, il y a eu beaucoup d’autres travaux dans plusieurs autres pays en particulier au Burkina-Faso. Il y a eu un regroupement en 2015 à Abidjan et un autre en 2018 à Bamako sous la conduite du département du développement humain de la commission de l’UEMOA et de l’expert international, Xavier Robuste.

Un atelier national s’est tenu du lundi 10 au vendredi 14 Février 2020 dans le cadre du renforcement des capacités des acteurs impliqués dans le processus d’harmonisation du baccalauréat dans l’espace UEMOA. Qu’est-ce qu’on peut retenir de cet atelier ?

Nous avons réussi à élaborer un guide pédagogique, ce que nous appelons le manuel de référence qui n’est pas la Bible. A l’intérieur, il y a beaucoup de choses qui permettent de nourrir la réflexion qui doit se poursuivre. C’est sur la base du manuel de référence que les travaux ont lieu à l’hôtel Azalaï, grâce à l’appui de la Commission nationale de l’UEMOA. Nous avons commencé à observer que cela prend du temps, l’accompagnement national ne semble pas tellement suivre et la commission de l’UEMOA a décidé de faire rassembler une soixantaine d’acteurs concernés par le baccalauréat pour une meilleure forme d’appropriation. Nous sommes dans un processus d’expérimentation et les travaux que nous avons faits seront certainement couronnés de succès. C’est dans ce processus que nous nous sommes dit qu’on pourra organiser un baccalauréat au niveau régional d’ici à 2024. Cela nécessite des étapes. Ce que nous faisons cette semaine, nous l’avons commencé depuis. En Février 2019, on a déjà fait une conférence avec des acteurs à qui on a présenté le processus. L’un des acteurs clés, c’est la Direction de l’Inspection Pédagogique de l’Innovation et de la Qualité du Ministère des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle. Nous avons décidé au niveau de la Commission de l’UEMOA d’étendre l’expérimentation à trois nouvelles disciplines que sont PCT, Philosophie et Anglais. Nous avons élargi cet atelier d’appropriation aux conseillers pédagogiques des différentes disciplines. Le séminaire qui a lieu est un séminaire de production d’épreuves, de production de ressources qui peuvent être utilisées pour l’avancée de ce qui se fait au Bénin.

Quelle est la différence qu’on peut faire entre les épreuves de types BAC UEMOA et les épreuves de types BAC national ?

En réalité, c’est une chance pour le Bénin d’être déjà inscrit dans l’Approche par les Compétences (APC) depuis au moins deux décennies. Le Bénin fait partie des premiers à opter pour l’APC, mais malheureusement nous en sommes là à la première génération de cette approche parce que c’est un processus auquel beaucoup de gens travaillent à améliorer les aspects relativement insuffisants ou posant problèmes. D’abord la différence entre l’APC retenue au niveau de l’UEMOA et celle en vogue au Bénin est que l’entrée se fera par les contenus. Nous avons fait l’option au niveau de l’harmonisation de donner les épreuves en nous basant sur les profils disciplinaires.

Quelle est donc la plus-value du projet d’harmonisation ?

Le processus permet de trouver des solutions aux problèmes initiaux qui étaient posés. Les questions d’inscriptions multiples au baccalauréat par exemple, puisqu’il a été pris des décisions pour que le baccalauréat se déroule dans la même période dans tous les pays. C’est pour d’abord répondre aux préoccupations initiales. Un examen organisé à l’échelle de l’UEMOA, n’a pas la même envergure qu’un examen effectué dans chacun des pays séparément ? Ce qui va s’améliorer tout au moins pour les candidats est le fait que les épreuves au lieu que cela soit des surprises pour eux, il y aura une banque de sujets qui sera alimentée régulièrement par tous les pays. Les sujets seront très diversifiés parce que ce n’est plus un seul pays qui va proposer les sujets mais ils vont être progressivement proposés par tous les pays.

Un examen blanc du baccalauréat dans l’espace UEMOA a été organisé l’année 2019 où 311 élèves ont participé. Est-ce que les résultats obtenus étaient à la hauteur de vos attentes ?

D’abord, nous avions voulu tester nos élèves. Nous avons voulu tester leurs réactions par rapport au nouveau format proposé par la commission de la réforme. Nous n’avons pas voulu que les établissements nous envoient systématiquement ses meilleurs élèves. Par rapport aux résultats, nous nous sommes rendus compte que les épreuves qui ont été données, les résultats des élèves de série D ont été nettement meilleurs que ceux des élèves de la série C et A. Mais les élèves de la série C n’ont pas manqué de donner de bons résultats. On a eu de brillantes copies mais en termes de taux, la série D est en avance. Les résultats les moins bons ont été enregistrés en série A1.

Dans les pays anglophones, le schéma est adopté avec un bac harmonisé appelé le West AfricanExamination Council (WAEC) depuis des années alors que c’est maintenant que le processus est en cours dans les pays francophones. Est-ce que vous êtes allés à l’école des anglophones ?

Nous ne restons pas à vase clos. Nous avons invité en particulier des experts du WAEC qui sont arrivés pour nous expliquer de long en large comment ils s’organisent. Nous avons eu de la documentation. Nous ne sommes pas restés loin de ce processus puisque c’est encore des pays de la CEDEAO qui sont dans le WAEC. Donc, ce que nous faisons s’inscrit dans un registre assez vaste et peut-être que nous ne faisons pas exactement ce que le WAEC fait mais nous nous appuyons sur leur expérience qui est édifiante.

En dehors du WAEC dans les pays anglophones, au niveau de chaque Etat du WAEC, il y a encore un autre examen qui donne accès aux universités. Au Nigéria par exemple où on parle de Joint Admissions and MatriculationBoard (JAMB) pour rentrer à l’université. Est-ce que le baccalauréat organisé au niveau de l’UEMOA va se comporter de la même manière ?

La réflexion se poursuit. On ne peut pas à l’étape actuelle dire exactement comment les choses vont se passer demain. C’est un projet en construction. Donc, de nouvelles idées, en particulier à l’issu de l’atelier seront versées au dossier de l’harmonisation pour être discutées au niveau du regroupement qui va concerner tous les huit pays.

Que dire pour conclure l’entretien ?

Je voudrais vous remercier de me donner l’occasion d’expliquer le processus, les options qui sont faites et repréciser que l’UEMOA a aussi fait l’option de l’APC avec de légères variantes qui ne vont pas trop bousculer les enseignants.

Propos recueillis par Enock GUIDJIME

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