Les femmes à l’horreur - Journal Educ'Action

Les femmes à l’horreur

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Une certaine fable me revient : un éleveur dilettante mais soucieux de ses biens, constata qu’on le volait. Pire, la volaille bien dodue disparaissait, dépeuplant la basse-cour. Il fit le gué et surprit un lointain voisin vaurien dans son enclos. Il l’apostropha, décidé à en découdre avec lui : « Que faites-vous là si tard ? » Le sieur, constatant la présence de sa pieuse femme derrière le propriétaire, répondit avec aplomb « je suis l’envoyé du Christ car il a été dit que nul ne sait le jour et l’heure… ». Le fermier voulant rabrouer cet impertinent, sa femme intervint et demanda son indulgence. Celui qui connaissait le livre saint devait avoir le bénéfice du doute, selon elle, ou être pardonné.
Cependant, les poulets, canards et autres pintades continuaient à disparaître. Excédé, le fermier reprit sa garde tout seul autour de son enclos toujours plus dépeuplé. Au clair de lune, l’indélicat voisin se pointa encore, le ventre rebondi, les papilles gustatives pleines de félicité que donne l’assouvissement d’appétits voraces et impunis. Tombé dans les filets, il fut ficelé prestement sans un mot. Tandis que le vaurien déblatéra ses platitudes, le propriétaire prit un coupe-coupe et l’aiguisa consciencieusement sur une meule qui servait au moment de basses manœuvres sur le cheptel. Sentant sa dernière heure venue face à tant de détermination, le profiteur confessa ses forfaits passés, présents et même à venir, tout en suppliant la grâce. Mais le quasi bourreau avait décidé de finir avec la canaille autant que celle-ci avait fini ses poules et canards dodues. N’en pouvant plus, le bandit se mit à crier, toute honte bue et ameuta tout le pays. Ce qui lui sauva surement la vie.
Je suis en ce moment dans le même cas : comme à mon habitude, je revins d’une énième virée dans les bars et les maisons ouvertes et accueillantes en cette fin du mois. Il était à peine deux heures du matin. Généralement, ma femme venait m’ouvrir la porte de la maisonnée et m’accueillait sans mot dire dans la chambre où je m’affalais passablement éméché dans le lit conjugal. Au matin, elle tenait ostensiblement sa Bible et son chapelet et marmonnait contre les gens possédés par les forces du mal qu’il s’agissait de repêcher. Je répondais soit d’un air contrit soit par un visage fermé à toute discussion. En fin de compte, je gagnais car la belle dame pensait à sa progéniture et à son Dieu bon et clément.
Mais quand je suis rentré aujourd’hui, je sentis qu’il y avait un véritable changement. Ma femme, cette grande dame ayant hérité de Tassi Hangbé, la grande amazone m’accueillit au salon où elle s’était installée, habillée comme une guerrière allant vers un combat ultime où elle n’avait rien à perdre. Le coupe-coupe et le long couteau des « baba » maitre de la viande découpée et désossée, posés sur la table ne présageait rien de bon. Son regard auparavant morne et résigné me transperçait et me dépassait pour regarder un futur qui ne nous appartenait plus. Je balbutiai un « Mais, mais chérie ! Que se passe-t-il ? » Elle répondit comme se parlant à elle-même : « Jamais un sans deux ; jamais deux sans trois. Si ce n’est pas la hache, c’est le coupe-coupe ». « Vas te coucher donc » !
Brutalement, je fus complètement dégrisé. Je me rappelai de l’actualité du moment où une femme avait découpé à la hache son conjoint. Ma femme, ma douce femme qui me permettait tout, occupée à ses tâches ménagères et religieuses pouvait-elle avoir de telles pensées ? Mais encore passer à l’acte !! Quelle abomination ! Qu’ai-je fait pour mériter cela ? Ai-je créé ou multiplié les débits de boissons ? Est-ce moi qui habille de manière indécente les filles et les femmes qui vous aguichent à souhait et vous demandent des momo en même temps que les numéros de téléphone ? Le plus étonnant, c’est que pendant que ce monde turbulent et immoral s’entrouvrait de plus en plus à moi avec des filles nourries au novelas et aux tik-tok, prêtes à tout pour mon argent de fonctionnaire, ma femme se fermait comme une huitre. Son paradis résidait dans les seules paroles du divin pasteur.
Feignant de ne rien comprendre, je me dirigeai vers la chambre conjugale. Elle ne me suivit pas et resta au salon. Je me dévêtis et me couchai sans aucune réaction de ma gente dame. Brusquement, j’entendis le crissement des couteaux qu’on aiguisait. Elle passa la tête par l’entrebâillement de la chambre pour vérifier que je dormais ! Nos regards se croisèrent ; moi hébété et presque terrorisé et elle déterminée à accomplir son dessein et peut être son destin. Malgré moi, les effluves de la bière m’emportèrent et je fus brutalement réveillé par les cris perçants et étonnés de notre petite dernière qui m’affectionnait particulièrement et qui, comme à son habitude était venue quémander un câlin aux aurores avant son dernier cycle de sommeil. Sa mère assise aux abords du lit tenait le coupe-coupe quasi fatal ! Elle sembla se réveiller d’un songe et partit vers la cuisine tandis que la petite venait se blottir contre ma poitrine tremblante. Combien de temps me reste-t-il à vivre ? Sauvez-moi !

Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe

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