Le politique : maître absolu ou esclave inconscient ! - Journal Educ'Action

Le politique : maître absolu ou esclave inconscient !

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Un débat houleux s’est instauré la dernière fois quand j’avais l’honneur et le plaisir d’être devant un parterre de cadres techniques ! Quasiment toutes et tous, après s’être longuement plaints des traitements condescendants voire indifférents des politiques à leur égard, se sont invariablement écriés : ‘’Il faudrait que l’Etat donne les moyens et se soucie de ses cadres pour promouvoir le développement’’.Mais alors, qui est l’Etat ? Mais, c’est nous ! A la fois les politiques et les techniques et ensuite la grande masse du peuple qui n’a pas ou aliène facilement ses pouvoirs de décision.
Si la décision appartient alors aux politiques et aux techniques, qui a alors la préséance ? Qui décide en dernière instance ? Une autre question s’ajoute : celui qui décide en dernière instance, est-ce le vrai décideur ? Je donne un exemple pour éclairer la dernière question. Est-ce que c’est souvent le maître de maison qui tonne et apparemment impose qui décide véritablement après une nuit dans l’alcôve avec sa chère et tendre épouse ? Ne nous méprenons pas ! L’épouse éclaire et tempère la décision ; elle ne le change pas nécessairement.
Nous devions comprendre qu’en effet, le rôle du politique est de prendre les décisions qui déterminent la vie des Hommes tandis que le rôle des cadres est à la fois, d’être ceux qui devraient éclairer ces décisions et se contenter de vivre dans l’ombre des politiques et les servir pour les tâches qui relèvent du fonctionnement et des « déblayages de terrain ». En réalité, ce qui distingue le politique du technique est d’un côté la capacité d’oser décider et agir et de l’autre, la mentalité des gens qui réfléchissent et n’osent pas !
Les politiques, pour la plupart, n’ont pas besoin d’être de grands intellectuels dans le sens où on a l’impression que trop d’éducation bride et fonde un esprit moral trop fort. S’il est vrai qu’il y a eu Gandhi ou Mandela avec des idéaux forts, il est important de regarder dans nos sociétés africaines où des quasis illettrés tiennent le haut du pavé politique avec brio et cynisme. En même temps, diriger des Hommes est un art qui requiert d’autres habiletés instinctives poussées. Le technicien est ancré dans des peurs ou craintes données par l’éducation et qui ne lui permettent pas d’agir et de réagir car il a, par principe, une mentalité d’esclave qui a besoin d’un maître pour le guider.
Mais souvenez-vous de cette sempiternelle plainte de notre ancien Chef de l’Etat, Mathieu KEREKOU, soutenant que le Bénin a des « intellectuels tarés ». En fait, il ne voulait pas dire qu’ils n’avaient pas de qualité. Il voulait plutôt souligner que ce sont leurs conseils intéressés voire malveillants qui l’ont amené à des décisions qui n’ont pas nécessairement servi le développement de ce pays. On constate à quel point le technique influence le politique dans ses décisions lorsque celui-ci lui fait confiance.
Ce qui se passe en règle générale, c’est que le technique vit par procuration. Il sait qu’il n’a ni le courage, ni le bagout, ni la capacité d’oser être un homme de la trempe du politique. Alors, il devient comme très souvent, son conseiller personnel qui l’encense tout en distillant autour de lui une phraséologie qui le flatte et l’endort et lui fait prendre pour argent comptant de mauvaises analyses de personnes savourant ainsi leurs fonctions occultes. Le politique, naturellement méfiant, s’entoure d’un cercle restreint qui le connaît psychologiquement et moralement. Ce cercle use de tous les moyens pour éliminer les autres techniciens qui peuvent apporter une autre vérité.
Nous nous retrouvons dans la dialectique du maître et de l’esclave cher au philosophe G.W.F HEGEL : Le maître, à force de laisser l’esclave (ou les esclaves) déblayer et préparer le terrain, s’occuper de toutes ses tâches, devient l’esclave de l’esclave sans lequel il ne peut pas penser, décider. Alors, ils en arrivent à décider au nom du maître, à manipuler le maître et au nom du maître. On en arrive au type d’intellectuel non pas seulement taré, mais aussi pervers, narcissique et complètement amoral ! Il fausse les décisions du politique et suprême délice, n’est pas responsable. Vous vous souvenez de cet exemple donné dans une chronique précédente où un cadre délégué par son autorité pour prendre l’avis de ses collègues plus avertis que lui sur un document important, s’est écrié face aux observations mettant à mal ledit document pour lequel il avait fortement influencé l’autorité : « mais vous allez contre la vision du Ministre ! ».
La morale de l’histoire, c’est qu’il est bien démontré que le technique influence le politique et dans bien des cas, le prend en otage à des degrés divers en développant souvent toute une idéologie pour le maintenir au pouvoir et ne permettant pas à d’autres d’accéder à lui jusqu’à ce que la bulle éclate un jour. Evidemment, il appartient au politique d’élargir son cercle avec des opposants, des neutres, des tièdes ou tout simplement d’autres cadres qui apportent la contradiction et l’esprit critique. Le plus amusant, c’est que les nouveaux venus, lorsqu’ils rentreront dans le cercle, vont lentement et sûrement se conformer au système, parfois devenir pire que les anciens. Comme quoi, l’histoire est un éternel recommencement où la lutte pour le pouvoir est féroce et laisse toujours les mêmes personnes sur le carreau : le peuple !

Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe

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