La guerre des ALAFIA - Journal Educ'Action - Éducation au Bénin et dans le monde

La guerre des ALAFIA

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Au moment où je ne peux ouvrir la bouche sans parler du mal du XXIème siècle, il se trouve qu’il se joue d’autres drames terribles dans les chaumières. En effet, les époux ALAFIA ne se parlent plus ! Pire, la distanciation de un mètre préconisée par le Gouvernement est actuellement respectée dans la chambre commune de telle façon que madame ne sent plus le souffle rauque de monsieur sur sa nuque, l’accélération de son pouls et la chaleur du corps prêt à des assauts inavoués… Bref, c’était avant le litige.
En vérité, on se demande ce qui pouvait pousser une famille aussi unie au nom prédestiné, à autant d’excès dans un moment où les spécialistes du quartier avaient parié que madame sortirait du confinement avec un beau ventre bien rond. Même le pasteur avait misé la prochaine quête auprès de la veuve de l’usurier du coin. Il faut avouer que les temps troublés en sont pour quelque chose et aucun des centres de pari de la très réputée loterie nationale n’était dans le quartier. Comme le souligne si bien mon cousin Tété, politicien local à ses heures et coupeur de route dans une autre vie : ‘‘la loterie nationale crée un manque à gagner colossal dans le village et pousse les honnêtes gens à se débrouiller un peu trop et à ne pas satisfaire leurs envies’’. Allez-y comprendre quelque chose.
Ce qui en fait opposait les époux pouvait se résumer, selon les spécialistes, en un conflit apparemment vieux de plusieurs siècles : devant une partie de la famille, le mari a osé affirmer que, selon ses recherches, la terre était ronde. Ce qui eut à fâcher la maîtresse de maison qui soutint avec preuve à l’appui, qu’elle était plate. On ne peut en douter car la dernière fois qu’un certain homme saint lui passait de l’huile purifié sur les hanches pour sa fertilité qu’il avait prédit, il avait répété d’une voix tremblante : ‘‘le Diable a créé de belles courbes tentatrices sur cette terre divine plate’’. Or, ce saint homme ne mentait jamais surtout lorsqu’il entrait en transe !
En fait, le problème était encore plus sérieux et concernait les personnes qui venaient travailler à la maison. Dans cette enceinte pleine de générosité, la maîtresse de maison, couturière de son état, servait toujours à satiété tel blanchisseur qui venait laver le linge, mais reprouvait fortement le fait de servir les répétiteurs de ses enfants car, il a été dit dans la Bible : ‘‘tu travailleras à la sueur de ton front’’. Sous le soleil ardent, le blanchisseur passe la journée en sueur, à laver et à repasser. Il mérite donc récompense.
A son avis, ce n’est pas le cas des enseignants que le mari fait défiler pour reprendre les cours des enfants. Certes, ils sont pour la plupart respectueux, mais comment servir à manger et à boire à des gens qui passent le temps à parler ? C’est en période de confinement que le débat s’est exacerbé ; la plupart des répétiteurs devenus encore plus assidus, faute d’autres activités. Le maître de maison, lui aussi plus présent que d’habitude, remarqua la différence que marquait sa femme entre les personnes qui utilisaient leur force physique pour travailler et qu’elle couvrait de petites attentions et les autres théoriciens qui l’agaçaient plutôt.
Le débat était donc là et pouvait se traduire comme ci : qui entre l’intellectuel et le maçon pouvait-on qualifier de travailleur ? Moi, j’ai ma petite idée qui n’est sûrement pas la vôtre, car il a été constaté que la plupart des maisons d’éducation sont allées encore plus loin en décidant de ne plus payer leurs enseignants en ce temps de confinement. La première morale de cette histoire, c’est que la psychose de la Covid-19 nous amène à des interrogations existentielles quasi inutiles. En même temps, la terre tourne et il ne faut pas oublier que David autant que Goliath ont besoin de manger avant de gagner ou de perdre les batailles.

Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe

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