Lègba Sènan Ingride et la passion des plantes : J’ai toujours eu envie de connaitre l’utilité des plantes pour l’etre humain

Elle est ethnobotaniste et socio-anthropologue.

Doctorante en 3ème année à l’Université d’Abomey-Calavi. Amoureuse des plantes depuis sa tendre enfance grâce à l’influence de sa grand-mère, elle est aujourd’hui la promotrice du Projet de conservation et de gestion des plantes médicinales menacées de disparition (PROGESPAM). Sur son site de recherche à Allada, elle produit, conserve et valorise les plantes médicinales en générale et celles rares en particulier. Entrepreneure, elle s’investit également dans l’agroalimentaire avec les thés bio citronnelle et le maraîchage de proximité. Voulez-vous des remèdes pour vos petites maladies, Ingride vous montre la voie… désirez-vous des légumes fraîches pour vos repas, Ingride vous en sert… Voici l’ethnobotaniste Lègba Sènan Ingride !

Educ’Action : Comment êtes-vous devenue ethnobotaniste ?

J’ai commencé ce métier par passion. Une passion que m’a inculquée ma grand-mère paternelle depuis le bas âge. Raison pour laquelle mes mémoires de licence, master et doctorat ont tous porté sur les plantes. Cela m’a d’ailleurs permis de remarquer encore plus leur importance pour la population et les menaces qui pèsent sur elles. J’ai toujours eu envie de connaître l’utilité des plantes pour l’être humain, de continuer à pérenniser les savoirs endogènes.

Quel a été votre parcours ?

Après avoir obtenu ma licence en Aménagement et Protection de l’Environnement, ma maîtrise en Anthropologie Sociale et Culturelle sur l’Etude anthropologique des pratiques endogènes facilitant la dentition chez les enfants Fon (Bénin) et mon master en Sciences Agronomiques, option Aménagement et Gestion des Ressources Naturelles à la Faculté des Sciences Agronomiques (FSA) de l’Université d’Abomey-Calavi, j’ai travaillé dans une Ong en tant que conseillère à la protection de l’environnement et aussi dans une structure qui s’occupe de la recherche forestière. Cependant je nourrissais déjà mon envie de devenir entrepreneure. Et pour atteindre cet objectif dans un environnement où le financement des initiatives privées est quasi inexistant, j’ai choisi d’écrire des projets et de postuler à des appels à projets. C’est ainsi que l’un de mes projets, en l’occurrence celui lié à la conservation et la gestion des plantes menacées, a été retenu et financé. C’est comme cela que j’ai débuté avec la mise en place du site qui accueille aujourd’hui PROGESPAM. J’ai donc commencé avec la production et la vente de plants avant que les idées de transformation de la citronnelle en thé et aussi du maraîchage de proximité ne viennent. Et ces deux projets, je les réalise sur financement propre. J’ai aussi été lauréate aux Oscars de la jeunesse édition 2018, dans la catégorie Label entreprenariat et autonomisation économique, où j’ai reçu le 3ème prix.

Parlez-nous des joies et des peines de votre métier

Les joies dans mon métier, c’est l’acquisition des savoirs endogènes auprès des personnes ressources, ce sont les vies sauvées grâce aux remèdes. C’est aussi un environnement purifié à travers la mise en terre des plants, ce sont les retombées financières qui suivent les efforts fournis. Quant aux peines, elles ont noms la réticence des personnes dans la transmission des connaissances traditionnelles, le manque de financement, les contraintes liées à la mise en place des projets…

Un ethnobotaniste vit-il de son métier ?

Bien sûr ! Un ethnobotaniste vit bien de son métier. Il faut se planifier, travailler consciencieusement avec méthode et détermination.

Quels sont les grands projets sur lesquels vous avez collaborés ?

A part mon projet que j’ai mis en œuvre grâce au financement de la CONFEJES, j’ai eu à coordonner au sein d’une structure de recherche forestière, le projet « Chaîne de valeur et connaissances traditionnelles de quelques plantes médicinales dans les grands centres urbains au Bénin ». J’ai aussi collaboré avec le Dr. Diana QUIROZ durant ses travaux de recherche sur les Plantes médico-magiques et magico-réligieuses avec Biosystematics de Herbarium Vadense, et avec le Professeur Henry SOCLO sur l’inventaire écologique et l’analyse écotoxicologique de la zone côtière de l’Agence Béninoise pour l’Environnement (ABE) sur le Projet de Gestion Communautaire de la Biodiversité Marine Côtière (PGCBMC). J’ai été nominée pour participer en 2017, à la phase finale du concours « Innovation Afrique-France » lors du 27ème Sommet Afrique-France à Bamako au Mali. J’ai également participé à divers colloques et séminaires, notamment la 10ème édition du MSAS en juillet 2018 au Mali, où j’ai eu à présenter une communication sur la pharmacopée traditionnelle et ses bienfaits pour les populations africaines.

Quels sont les conseils que vous pouvez prodiguer aux jeunes pour mieux préparer leur avenir ?

Aux jeunes, je dirai de chercher à découvrir leur point fort. C’est sur cette base qu’ils pourront développer leurs idées. Je ne les encourage pas trop à ‘‘écrire j’ai l’honneur’’. Mais je les invite à innover, à faire ce que personne n’a encore fait ou à améliorer ce qui existe déjà. Ils se rendront ainsi plus utiles à la population et pour leur bien-être. Quand on fait ce qu’on aime et qu’on rend d’autres personnes heureuses, on est soi-même heureux. Je les encourage donc à innover.

Réalisation : Ulrich Vital AHOTONDJI