Innovation en milieu universitaire : Internet dans les lampes de votre maison - Journal Educ'Action
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Innovation en milieu universitaire : Internet dans les lampes de votre maison

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Longtemps pris pour les derniers de la classe, les universitaires béninois révèlent de plus en plus leurs talents. Au gré des divers salons sur les innovations et des colloques scientifiques, étudiants, chercheurs et enseignants-chercheurs montrent au grand jour leur génie. Internet n’échappe pas à ce vent innovateur.

21 heures à Abomey-Calavi, ce mercredi 9 novembre 2022. Raymond, étudiant en informatique dans une université privée de la place, se pointe dans un cybercafé situé à cinq minutes de la mairie. Vu son empressement, la majorité des clients lui jettent des regards interrogateurs aussitôt qu’il franchit le frêle rideau à l’entrée. A peine le temps de s’asseoir qu’il a déjà ouvert son sac. Ordinateur, souris et chargeur sont tirés du sac avec la main gauche pendant que l’autre main manipule son smartphone et ses lèvres lancent un bonsoir à peine audible à la douzaine d’usagers de la petite salle. « La connexion est bonne ? », demande le jeune homme de teint clair, le visage brillant de sueur, à son voisin de droite. « On fait avec », répond l’usager vêtu d’un tee-shirt jaune. « Ok », répond l’étudiant en se connectant au wi-fi. Les doigts crépitant sur le clavier, Raymond jette un coup d’œil sur son écran. C’est la page d’accueil de l’hébergeur de vidéo YouTube qui s’affiche lentement. En quelques secondes, l’étudiant se redresse sur le petit banc de trois places et souffle laconiquement : « vraiment ! ».
« Ce matin j’étais à 2 méga octets (Mo) par seconde et maintenant ça balance entre 50 et 100 kilo octets par seconde ». Se lamentant sur son sort à son voisin, il affirme qu’il a des vidéos et documents à télécharger pour enrichir la recherche qu’il est en train de faire pour un exposé qui doit être rendu le vendredi matin.
Comme lui, la quasi-totalité des Béninois vivent ce genre de situation en permanence pour des raisons professionnelles ou académiques : la qualité et le débit de la connexion baissent à chaque fois qu’une nouvelle personne se connecte. Pendant que tout le monde se demande à quel saint se vouer, la jeune équipe de recherche de Dr Max Fréjus Sanya a trouvé une solution : le LiFi. Contrairement au Wireless Fidelity (WiFi), le Light Fidelity (LiFi) permet de garder une qualité et un débit de connexion stables peu importe le nombre de personnes connectées. De quoi s’agit-il ? Comment en est-on arrivé là ?

Sur les traces du LiFi

Le LiFi permet d’utiliser une lampe LED, comme celle de nos maisons, pour transmettre l’information, de la donnée, d’un point A à un point B. C’est une technologie qui vient de loin. Le Dr Max Fréjus Sanya, enseignant-chercheur au département de génie informatique et télécom de l’Ecole Polytechnique d’Abomey-Calavi (EPAC), raconte cette aventure technologique avec joie, depuis Graham Bell qui a réussi à transmettre un message grâce à la lumière du soleil sur 100 mètres. A notre époque contemporaine, c’est Harald Haas, un chercheur allemand naturalisé Anglais, qui a remis cette technologie au goût du jour. C’est lors d’une conférence TED en 2011 qu’il a présenté les possibilités de cette innovation au monde entier, raconte le maître-assistant des universités. « Il a sorti le premier prototype de Lifi qui a permis la transmission de l’information sur 3 mètres. Vu les investissements colossaux à faire pour le développer, le LiFi a presque été oublié », informe l’enseignant-chercheur vêtu d’une tenue locale richement brodée. En année de thèse à l’époque, c’est cette conférence qui lui met la puce à l’oreille et nourrit sa curiosité de domestiquer cette technologie.

La naissance d’une idée vite partagée

« C’est au cours de ma thèse que j’ai eu l’idée de concevoir le LiFi adapté à nos pays en développement où nous avons de nombreuses difficultés : pas d’infrastructures télécom, de nombreux endroits où les gens n’ont pas accès à internet, donc pas accès à de la donnée », fait savoir le Dr Max Fréjus Sanya avec un léger sourire. L’un après l’autre, il évoque les raisons qui l’ont poussé à aller vers cette technologie qui pourrait révolutionner l’accès à internet dans les contrées africaines. « Si on peut avoir internet à travers la lumière, cela contribuerait à l’électrification. Dans les zones blanches où les entreprises de télécoms n’aiment pas investir, ils peuvent utiliser le LiFi dans ces zones. C’est aussi à l’avantage des opérateurs TNT d’aller vers cette technologie aussi », énumère le Dr Max Fréjus, avec la fougue de sa jeunesse. Une fois l’idée née dans l’esprit, le défi est de la partager.
Le versant recherche de ses activités s’exerce dans l’équipe de recherche sur les radiofréquences et transmissions du Laboratoire d’Electro-technique, de Télécommunication et d’Informatique Appliqué (LETIA) au sein de l’EPAC. En tant qu’enseignant, il anime les cours de réseaux et télécommunication et celui d’émetteur et récepteur optique. En sa qualité d’enseignant-chercheur, il a aussi à sa charge des étudiants qu’il conduit pour la fin de leurs études à travers leurs travaux de recherche, tant les ingénieurs en conception que les masters professionnels à Phoran. C’est au sein de cette pépinière qu’il a semé la graine.

Travailler en équipe pour relever de grands défis

« J’ai glissé des éléments sur les technologies récentes et futures dans mes cours afin que les étudiants puissent être informés de ce qui se passe autour d’eux ou dans d’autres pays. J’ai donc dit aux étudiants qu’il y a une technologie qui vient de naître, qui n’est pas trop mature et à laquelle les gens ne s’intéressent pas trop parce que les pays ne veulent pas investir dedans. J’ai dit aux étudiants qu’on pourrait aller vers cela, maîtriser la technologie et arriver à réaliser un prototype », se souvient le maître-assistant de CAMES des universités. C’est ainsi que certains étudiants ont décidé de se joindre à l’aventure. Très intéressés, certains ont choisi des thèmes de mémoire dans ce sens. Les travaux ont ainsi débuté en 2018, rappelle l’enseignant-chercheur. « Les membres de l’équipe du laboratoire sont des enseignants. Les étudiants en Master et les doctorants nous permettent d’animer des thématiques de recherche. Avec le professeur Michel Dossou, nous avons co-encadré trois étudiants en Master sur le LiFi », renseigne le Dr Max Fréjus Sanya. Une fois les fondations de l’équipe de recherche posées, il faut transformer le rêve en réalité …

Lire aussi  Internet dans les lampes de votre maison : De la télévision à la réalité, le fruit d’un travail d’équipe

Adjéi KPONON

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