Gouvernements scolaires dans les établissements publics : Les apprenants à l’épreuve de la responsabilité citoyenne - Journal Educ'Action

Gouvernements scolaires dans les établissements publics : Les apprenants à l’épreuve de la responsabilité citoyenne

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Les Gouvernements Scolaires (GS) dont le but est d’amener les apprenants à participer pleinement à la vie de l’école, sont désormais une réalité dans les établissements publics des départements de l’Ouémé, du Littoral et de l’Atlantique. Initiatives de l’Ong Educo Bénin et de ses partenaires, ces gouvernements scolaires sont instaurés au cours de l’année scolaire 2019-2020 et s’inscrivent dans le programme BJ 1838, relatif à la protection des enfants. Pour vous faire découvrir cette nouvelle approche de gouvernance scolaire avec l’implication des élèves, Educ’Action a effectué une descente dans quelques établissements publics bénéficiaires. Reportage !
Ils sont désormais installés dans leurs nouvelles fonctions gouvernementales, celles qui consistent à diriger leurs camarades dont ils ont la charge. Afolabi Rokib Amoussa, élève, est élu 1er ministre, chef du gouvernement. Déo-Gratias Tchédji, un autre élève, fait office de ministre de la santé. Le poste de ministre de la protection et de la non-violence est occupé par Dieu Le Veut Hounsouadi. Quant aux ministères de l’éducation et celui du sport, de la culture et de l’information, ils sont respectivement confiés aux élèves Abdoul Alassane et Fassassi Farid Moyibi. Le secrétaire général, porte-parole du gouvernement, est Yhérèse Bognon. Jones Adégbola est plébiscitée médiatrice du gouvernement. Ainsi donc, loin des fauteuils bourrés, des bureaux climatisés, de la table circulaire du Conseil des ministres, des baies vitrées de la Marina, un gouvernement atypique s’implante dans le cadre scolaire. Nous sommes bien au Bénin, précisément à Cotonou. Le Collège d’Enseignement Général (CEG) Suru-Léré se dote ainsi de son gouvernement ce lundi 11 janvier 2021 à Akpakpa. L’horloge indique 08 heures passées de 05 minutes. La cérémonie des couleurs de ce jour est un peu particulière. Elle est surtout marquée par la présentation et l’installation de ces élèves qui vont siéger au sein du gouvernement scolaire pour l’année scolaire 2020-2021. Comme dans un film fiction, à l’appel de chaque nouveau ministre, ce dernier se fait accompagner de son garde du corps pour recevoir ses attributs des mains du directeur de l’établissement, Hugues Tchoukpa, aidé par certains enseignants. Ensuite, ce sont les acclamations et les cris de joie des apprenants qui installent officiellement les ministres dans leurs fonctions, chacun drapé d’une écharpe aux couleurs nationales. Sept (07) au total, ces élèves des classes de 1ère et de Terminale sont appelés à faire leur preuve pour le bonheur de leurs camarades et le bon fonctionnement de leur patrimoine commun, le CEG Suru-Léré. Ils seront accompagnés dans leurs tâches par les membres de leurs cabinets. Initiative des acteurs du secteur de l’éducation, en l’occurrence l’Ong Educo Bénin et ses partenaires, le gouvernement scolaire est donc une réalité dans les établissements publics avec pour but de corriger un problème précis.

De l’origine des Gouvernements Scolaires…

Le Gouvernement Scolaire (GS) est instauré dans les établissements aussi bien du primaire que du secondaire relevant du giron de l’Etat depuis deux (02) ans. Interviewé dans le cadre des actions menées par l’Ong Cercle International pour la Promotion de la Création (CIPCRE) Bénin, Florent Zinsou Bonou, administrateur de développement communautaire et coordonnateur de projets au sein de cette Ong, éclaire que CIPCRE en partenariat avec Educo Bénin, est la cheville ouvrière de l’installation de ces instances dans les établissements publics au Bénin. A l’en croire, ce nouveau concept a été créé en respect au principe de la participation des enfants, prévu par la Convention des droits de l’enfant. « Dans notre contexte socio-culturel, il y a peu d’espaces réservés à l’expression des enfants, parce qu’on estime que les enfants sont des individus avec une capacité limitée et donc incapables de prendre des décisions éclairées. Mais c’est oubliant que notre pays a ratifié la Convention des Nations-Unies relative aux droits de l’enfant dont l’un des principes phares est la participation. Aussi, le Bénin ayant adhéré à la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, est-il normal que les acteurs de la chaîne de protection des enfants contribuent à mettre en place des creusets, des espaces qui favorisent la libre opinion des enfants, concernant les activités qui visent leur bien-être », a expliqué Florent Zinsou Bonou, justifiant la création des Gouvernements Scolaires. Il précise, par ailleurs, qu’étant donné que la participation des enfants fait partie des objectifs définis dans le Plan Stratégique 2019-2024 de Educo Bénin, cette Ong a invité ses partenaires à œuvrer pour la mise en place d’espaces visant la promotion des droits de l’enfant, d’où l’idée des GS. « Ce sont donc des espaces où les enfants pourront s’exprimer librement, échanger sur leurs expériences et prendre des décisions sur la base des problèmes qu’ils vivent dans leur communauté scolaire », a indiqué Florent Zinsou Bonou. Emu et satisfait du déroulement de la cérémonie d’installation, Mathieu Abé, surveillant général du CEG Suru-Léré, n’a pas manqué de mots pour renseigner sur cette jeune instance. Selon lui, le Gouvernement Scolaire encore appelé gouvernement des enfants est une imitation d’un vrai gouvernement. « C’est un gouvernement à l’image de ce que nous voyons dans nos pays. La seule différence ici, est que ce gouvernement est constitué d’enfants qui créent eux-mêmes un ministère pour chaque domaine où ils souhaitent agir. Le premier ministre et les ministres sont démocratiquement élus par les enfants eux-mêmes », a fait savoir le surveillant général.

De l’organisation des élections des membres du Gouvernement Scolaire

Contrairement à ce qui est observé dans les gouvernements des pays, les membres des Gouvernement Scolaires ne sont pas nommés par un chef d’Etat. Afolabi Rokib Amoussa et ses six (06) ministres ont chacun été démocratiquement élus par leurs camarades élèves à la suite d’un scrutin. « Quand vous voyez comment cela se prépare, c’est exactement comme les élections ordinaires dans notre pays. La CENA locale a été mise en place et nous avons défini les critères ainsi que les périodes. Nous avons mis les textes qui régissent le Gouvernement Scolaire à la disposition des élèves ; ils les ont lus et savent qui peut être ou qui ne peut pas être ministre, quel est l’objectif du gouvernement scolaire. La CENA locale a défini les dates de campagnes. Les candidats ont fait des affiches pour les campagnes et nous avons découvert certaines compétences des apprenants à cette occasion. Après cela, nous avons arrêté les campagnes 24 heures avant le jour du scrutin secret. Les élèves ont voté et nous avons fait le dépouillement avec les représentants des candidats et enfin les résultats ont été proclamés », a décrit le surveillant Mathieu Abé, conformément à ce qui a été prévu par les initiateurs. Selon lui, seuls sont ministres les élèves répondant aux critères définis que sont, entre autres : le travail bien fait, le port de tenue correcte, la politesse, l’assiduité, le respect des membres de l’administration et de leurs camarades élèves. Ces nouveaux ministres sont bien conscients des charges qui leur incombent dès lors qu’ils sont choisis pour ces postes.

Attributions et fonctionnement des Gouvernements Scolaires

Après leur installation, c’est une grande joie qui se dessine sur le visage de chacun des jeunes élèves. Au micro de Educ’Action, le 1er ministre, chef du gouvernement, qui cumule cette fonction avec celle de 1er délégué de l’établissement, livre ses impressions tout en renseignant sur le rôle qui est le sien au cœur du dispositif du Gouvernement Scolaire. « C’est une grande joie qui m’anime. Je remercie mes camarades pour la confiance qu’ils ont placée en moi. Je me chargerai des relations avec le corps enseignant, les APE et tous les usagers de l’école. Je dois coordonner tout ce qui se fait dans le gouvernement et il y aura des Conseils des ministres pour discuter de l’évolution des activités au sein de mon gouvernement », avance le chef du gouvernement Afolabi Rokib Amoussa, visiblement conscient des enjeux et défis à relever à son nouveau poste. Pour sa part, Yhérèse Bognon, secrétaire générale du gouvernement, sait que son devoir sera de rendre fidèlement compte des réunions du gouvernement et d’assurer l’archivage et la conservation des différents documents du gouvernement et de préparer le rapport de fin de mandat à l’intention du premier ministre. Le ministre de l’éducation, Abdoul Alassane, est également conscient des défis à relever pour un rendement appréciable des camarades dont il a la charge. Du côté du ministère du sport, de la culture et de l’information, les activités ont démarré avec Farid Fassassi Moyibi bien avant même son installation. Il renseigne d’ailleurs sur un classico qu’il a organisé juste avant le début des congés de fêtes. Ces charges exposées par ces jeunes leaders ont été confirmées par le surveillant général Mathieu Abé, qui a saisi l’occasion pour éclairer sur les autres postes que comporte le Gouvernement Scolaire. Il précise que le ministre de la santé est chargé de la santé scolaire, de la nutrition, de l’hygiène et de l’eau. Autrement dit, il est chargé d’établir des accords avec les centres de santé pour la prise en charge gratuite des élèves. Il doit organiser des visites médicales aussi bien pour ses camarades que pour les femmes vendeuses, contrôler la qualité des mets, etc… Le ministre de la protection et de la non-violence, quant à lui, détaille le surveillant général, doit se charger de l’affichage hebdomadaire d’un droit de l’enfant et de l’organisation des discussions autour de ce droit. Il doit rendre visite aux familles pour empêcher le mariage précoce et l’abandon des classes de ses camarades. Aussi, doit-il organiser des séances d’encouragement des dénonciations anonymes des cas de violence sur les enfants afin de gérer ces cas. Le ministre de l’éducation doit se charger de l’accès, du maintien et des performances scolaires. A cet effet, il doit organiser régulièrement des rencontres avec le directeur et les enseignants. Même exercice avec le bureau des APE sur leur collaboration, implication et l’orientation de leurs actions. Il organisera au besoin, des cours de remédiation avec les enseignants et entre les élèves. Il est appelé à impliquer ses camarades dans la gestion des cantines scolaires, etc. Le ministère de la culture, du sport et de l’information devra assurer la participation des enfants à l’organisation des compétitions sportives au sein des écoles et organiser des animations culturelles et artistiques. Aussi, est-il invité à s’investir dans l’organisation des émissions sur les droits de l’enfant avec l’appui des clubs médias et des radios de proximité, de même qu’il se chargera de la production des articles à faire paraître dans le journal de l’école. La gestion et la prévention des conflits, la médiation entre les membres du gouvernement seront la chasse gardée du médiateur du gouvernement. Il doit être à même de détecter et de signaler les différends aux membres de l’équipe pédagogique ou à la direction de l’école. Les comptes-rendus des réunions du gouvernement, l’archivage et la conservation des différents documents du gouvernement ainsi que la préparation du rapport de fin de mandat seront assurés par le secrétair général du Gouvernement Scolaire. Ce gouvernement du CEG Suru-Léré, précise Afolabi Rokib Amoussa, travaillera sur la base d’un plan d’actions rigoureusement élaboré par le chef du gouvernement et ses pairs. Toutes ces fonctions ne sont pas sans avantages pour ces enfants qui s’y intéressent, diront les acteurs rencontrés.

Les avantages du Gouvernement Scolaire pour les apprenants

Pour Yhérèse Bognon, cette responsabilité qu’elle a au sein du gouvernement scolaire, lui permettra d’apprendre comment rédiger un certain nombre de documents, comment parler devant un public. Cela lui permettra aussi de se familiariser avec les travaux qui sont ceux d’un secrétaire de gouvernement d’un pays. En plus de tout ce qu’il apprendra à travers son poste de chef de gouvernement, Afolabi Rokib Amoussa pense que cela pourrait susciter en lui l’envie de devenir ministre un peu plus tard dans sa vie d’adulte. Même son de cloche du côté de Abdoul Alassane, ministre de l’éducation, et Farid Fassassi Moyibi, ministre du sport, de la culture et de l’information. Ils comptent saisir cette opportunité d’apprentissage de la gestion de la chose commune en espérant que cela leur ouvrira, sans doute, d’autres portes dans le futur. « Le simple fait de donner le titre de ministre à un élève est déjà un honneur et cela peut provoquer chez cet apprenant le désir de travailler et de devenir homme politique demain. Les postes qu’ils occupent aujourd’hui pourraient être une prophétie pour eux dans la vie », a laissé entendre Mathieu Abé, surveillant général du CEG Sur-Léré. Propos renchéris par Florent Zinsou Bonou en ces termes : « c’est une belle façon d’apprendre aux enfants déjà à bas âge, à exercer la citoyenneté responsable, à être des agents de développement, capables de faire des propositions d’activités, de définir des stratégies qui puissent leur permettre de résoudre leurs problèmes et ceux de leurs camarades. Cela permettra aux enfants de savoir gérer et de participer à la chose politique. Plus tard, nous aurons des responsables bien formés, respectueux du bien public ».
Face à ces responsabilités qui sont désormais celles des enfants ministres du Gouvernement Scolaire du CEG Suru-Léré, les doléances se font entendre de part et d’autre.

Des moyens sollicités pour un bon fonctionnement du Gouvernement Scolaire

« Pour mener à bien notre mission, nous demandons des moments de formations. Il faut que nous soyons bien formés pour mieux faire notre travail », sollicite le chef du gouvernement du CEG Suru-Léré, Afolabi Rokib Amoussa. Cette demande sera reprise par le surveillant général Mathieu Abé, qui juge de la nécessité des formations pour les enfants ministres. « Ma première doléance, c’est qu’il faut qu’il y ait des séances de formations pour ces délégués. Il faut attirer leur attention sur des choses qu’ils peuvent faire pour rendre efficace leurs ministères », plaide-t-il. Les initiateurs de cette instance gérée par les enfants et pour les enfants sont aussi conscients de ces besoins en formation. « Il faudra renforcer les capacités des enfants pour qu’ils puissent exercer le leadership et la citoyenneté responsable qu’on attend d’eux. Il faut les former et mettre à leur disposition les outils spécifiques d’exécution et de suivi », reconnait Florent Zinsou Bonou, coordonnateur de projets à CIPCRE Bénin. L’autre doléance formulée par le surveillant général, Mathieu Abé, est relative aux moyens financiers. « Un homme, une mission, des moyens. Il faut qu’ils aient les moyens de leur mission. C’est important », a fait remarquer le surveillant général du CEG Suru-Léré avant de s’expliquer : « Il y a beaucoup d’activités que ces enfants devront mener. S’ils décident par exemple de rencontrer les vendeuses ou bien de faire déplacer un médecin de la zone pour venir observer un peu l’hygiène au niveau des vendeuses, c’est des actions et pour cela, il faut des moyens. Même si on dit qu’il y a une ligne budgétaire de dix mille francs pour le gouvernement scolaire, c’est déjà important», propose-t-il. Cette initiative est également attendue par les apprenants des autres départements du pays.

Réalisation : Estelle DJIGRI

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