Garder la craie à l’université : Un défi permanent malgré l’ingéniosité des jeunes enseignants - Journal Educ'Action
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Garder la craie à l’université : Un défi permanent malgré l’ingéniosité des jeunes enseignants

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Être un professionnel de la craie n’est pas une sinécure. Du Primaire au Supérieur, les enseignants font des pieds et des mains pour transmettre le savoir, faire développer des compétences par leurs apprenants. À l’université d’Abomey-Calavi, Educ’Action s’est tourné vers de jeunes enseignants pour s’enquérir de leurs réalités quotidiennes.

Chemise multicolore, jean bleu, la démarche rapide, de taille moyenne, le Dr Max Fréjus Sanya se fond vite parmi les étudiants avec lesquels il marche ce mardi après-midi.À la sortie de son cours avec les étudiants en Master, il continue de répondre à des questions pendant que l’un des deux apprenants qui l’accompagnent garde son sac, dans cette allée du bâtiment B de l’École Polytechnique d’Abomey-Calavi (EPAC). Une fois la porte ouverte, c’est un bureau sobre qui accueille les usagers. En charge des apprenants de 3e, 4e et 5e année de certains départements de l’EPAC tels que ceux du Génie électrique et d’Informatique et télécom, la préparation de ses cours exige diverses dispositions à prendre. D’entrée de jeu, tout cours à enseigner commence par un pré-test afin d’évaluer les acquis antérieurs des étudiants, renseigne l’enseignant de Circuits logiques combinatoires et séquentiels. Ensuite, il prépare sa fiche de déroulement de cours qu’il conçoit à partir de diverses ressources. « Je fais des recherches pour étayer ce que je veux enseigner. Par exemple, je choisis une séquence de film qu’ils connaissent dans notre domaine », informe Dr Max Fréjus, maître-assistant des universités du CAMES. Puisqu’il y a aussi un support du cours, il les renvoie régulièrement vers son contenu.
À quelques pas de là, Modeste Houessou intervient au Département des Sciences de l’Éducation et de la Formation (DSEF) de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales (FASHS). Avant d’entrer dans le vif du sujet, il a voulu attirer l’attention sur certaines spécificités du monde universitaire. « À l’université, les cours se donnent en fonction du grade que vous avez. C’est l’enseignant qui a le grade le plus élevé qui chapeaute votre cours. Tant qu’il ne le valide pas, le cours n’est pas dispensé », clarifie le spécialiste des Sciences de l’éducation. C’est à partir des objectifs généraux et spécifiques du cours que le contenu est ficelé. Ce contenu est conçu en fonction des différentes théories scientifiques qui explorent ce cours. Il y a aussi les faits de sociétés qui peuvent expliquer les théories du cours, ajoute Dr Houessou. Concernant les Sciences de l’éducation, il a tenu à insister sur un point important : « Il faut aussi contextualiser le cours. Cela est très important en sciences de l’éducation. Un phénomène éducatif peut être appréhendé différemment selon qu’on est du nord, du sud, de l’est ou de l’ouest. Il faut permettre aux apprenants d’explorer tous ces domaines. » Par ailleurs, à l’université, tout est question de masse horaire, car le volume horaire de travail de l’enseignant dépend aussi de son grade universitaire. Une fois tous les éléments du cours mis en place, c’est le moment d’aller à la rencontre des étudiants pour le déroulé.

 Le déroulement du cours

Pour dérouler ses cours, Dr Modeste Houessou utilise plusieurs moyens : supports de cours, exercices à donner, orientations bibliographiques, etc. « Il y a des outils numériques. J’utilise aussi des vidéos pédagogiques pour expliquer les phénomènes qu’on essaie de faire appréhender aux étudiants », renchérit le spécialiste de l’analyse des systèmes éducatifs. En plus de cela, il fait régulièrement recours à des professionnels. « Il y a également des questions de partage d’expériences. Il faut faire venir des professionnels pour qu’ils aient des échanges réguliers avec les étudiants », informe Dr Modeste Houessou qui ajoute aussi qu’il n’exclut pas les sorties pédagogiques, les stages, pour permettre aux étudiants de toucher du doigt la réalité du terrain.
En classe, puisque tout est déjà préparé, chaque thématique est abordée au fur et à mesure. « Je les fais travailler en classe et je reviens sur certains points pour voir s’ils ont compris ou pas. À la fin, il y a des questions pour valider ou un petit exercice d’application, et ils ont un travail pour la prochaine séance », souligne le docteur Max Fréjus. Plus précisément, l’attitude adoptée dépend aussi du niveau du cours c’est-à-dire, au début du cours, au milieu ou vers la fin. Se voulant plus pédagogique, il explique : « Par exemple, au milieu d’un module, je revois ma fiche de déroulement du cours en parcourant les notions et activités que nous devons aborder. Je pose aussi des questions de validation des notions acquises précédemment. Je demande aussi aux étudiants de me faire un résumé des notions vues précédemment. Parfois je fais de petites interrogations afin qu’ils soient motivés à apprendre les cours. Je leur donne aussi des lectures à faire. » Les travaux de groupe ne sont pas non plus exclus : « Au fur et à mesure qu’on évolue, j’identifie les personnes les plus faibles parmi eux et je les mets avec ceux qui sont les plus éveillés pour former de nouveaux groupes. Ensuite, ils font des présentations de groupe que nous validons ensemble. » Comme Dr Modeste Houessou, Dr Max Fréjus utilise différents outils et ressources pédagogiques pour ses activités. Vidéo-projecteur personnel et support de cours sont des équipements avec lesquels il se déplace en permanence. En plus de cela, il met à contribution sa connexion à internet, devenu incontournable pour avoir accès aux ressources pédagogiques comme les sites à visiter par les étudiants, les cours en ligne gratuits (MOOC), des livres à consulter. Il est aussi indispensable pour les étudiants, renchérit le maître-assistant, de disposer d’un ordinateur personnel sur lesquels il faut installer des logiciels particuliers.
Pour en arriver là, autant eux que les autres enseignants rencontrentde nombreuses difficultés.

 Les difficultés inhérentes au terrain

« La difficulté qui est parfois récurrente, ce sont les matériels de TP. On a parfois besoin de certains composants qu’on ne trouve pas. » C’est la principale difficulté des étudiants de l’École Polytechnique d’Abomey-Calavi (EPAC), notamment ceux du docteur Max Fréjus. Cette difficulté s’étend aussi aux logiciels, au point où tous utilisent des logiciels craqués, malgré les risques encourus pour la sécurité de leur matériel informatique. Ainsi, les étudiants sont obligés de mettre la main à la poche pour se procurer ses outils et pour suivre certains cours. Autre difficulté, non moins évidente, c’est la fatigue des apprenants. « Ils sont régulièrement fatigués en classe. Dans ce cas, je les fais lever pour chanter, je trouve une blague ou un sujet de discussion pour les réveiller », raconte Dr Max Fréjus Sanya avec un léger sourire sur le visage.
Joint au téléphone, Dr Modeste Houessou lève aussi un coin de voile sur certaines difficultés. Tout en faisant sien le casse-tête de la connectivité à internet, il a tenu à saluer les efforts fournis notamment avec l’opérationnalisation du réseau RBER. L’insuffisance des salles de cours reste une question d’actualité qui génère d’autres tracas. « Nous avons aussi des difficultés avec le partage d’expérience. Cela ne se fait pas très régulièrement, vu l’indisponibilité des salles. En effet, il peut arriver qu’au moment où vous avez une salle disponible, finalement, celui qui doit faire le partage d’expérience ne l’est pas », explique le jeune docteur qui intervient régulièrement au Département des Sciences de l’Éducation et de la Formation (DSEF). Cela dit, il ne manque pas d’attirer l’attention sur le manque d’enseignants qui ne facilite pas les choses.

La Rédaction

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