Florence Tchokpon Tchinkoun de Inner Wheel, à propos de l’éducation des filles : « Les filles ont besoin de modèles sur qui prendre exemple pour se surpasser et braver toutes les pesanteurs socio-culturelles » - Journal Educ'Action

Florence Tchokpon Tchinkoun de Inner Wheel, à propos de l’éducation des filles : « Les filles ont besoin de modèles sur qui prendre exemple pour se surpasser et braver toutes les pesanteurs socio-culturelles »

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Engagée pour accompagner les filles et femmes dans plusieurs domaines de la vie, Inner Wheel est une organisation internationale présente dans beaucoup de pays. Ici au Bénin, cette organisation milite depuis de nombreuses années pour l’autonomisation et la prise de conscience de sa cible. Actuelle présidente du club Inner Wheel Cotonou Espoir pour le mandat 2022-2023, Florence Tchokpon Tchinkoun revient, à travers cette interview, sur les nombreux défis à relever pour l’éducation et l’instruction des filles.

Educ’Action : Vous êtes l’actuelle présidente d’une organisation de femme dénommée Inner Wheel. Qu’est-ce que c’est exactement ?

Florence Tchokpon Tchinkoun :
Inner Wheel est l’organisation féminine la plus importante au monde avec plus de 105 000 membres répartis dans 104 pays en 176 districts et 3992 clubs. Elle est basée sur l’amitié entre ses membres, le service et l’aide aux femmes et enfants démunies. Elle est une organisation apolitique et non confessionnelle. Pour le compte de cette année, le thème sous lequel reposeront toutes nos activités, est « Work Wonders » qui veut dire en français, « Faire des merveilles ». En tant qu’actuelle présidente du club Inner wheel Cotonou Espoir pour le mandat 2022-2023, notre mission est de donner une meilleure visibilité à notre association en pérennisant nos acquis et en faisant des merveilles au sein de notre communauté.

Aujourd’hui, l’Etat investit beaucoup dans l’éducation des filles. Votre organisation également mène des actions en faveur de cette même cible. Quelles sont les actions concrètes que vous menez dans le domaine de l’éducation des filles au Bénin ?

Le club Inner wheel Cotonou Espoir exécute plusieurs projets. Pour ce qui concerne le secteur de l’éducation, le club a mis sur pied deux projets qui visent l’émancipation des filles et des femmes. Il s’agit dans un premier temps, du projet «Scientist girls» qui est dans sa deuxième année de mise en oeuvre. Il consiste à sensibiliser les filles sur le choix des filières scientifiques et techniques et offrir des bourses d’études. L’année dernière, trois filles bachelières ont bénéficié, chacune, d’une bourse d’études sur trois (03) années universitaires. Le deuxième projet, c’est intitulé «Zemidalidji». Ça vient de la langue fon qui se traduit en français par «Mets-moi sur le droit chemin» Ce projet consiste à sensibiliser les jeunes filles sur les compétences de vie et à les initier aux petits métiers. Car, de plus en plus, les mères sont très actives et ont peu de temps pour s’occuper de leurs enfants. Alors, au sein de notre club Cotonou Espoir, nous nous donnons pour mission à travers ce projet, de développer avec les élèves quelques sujets pour favoriser leurs relations avec leurs camarades et avec elles-memes. Entendez par compétences de vie, tous les sujets abordés avec les adolescentes pour leur permettre de faire face à la vie et d’assurer leur réussite scolaire.

Avez-vous l’impression avec vos interventions aux côtés des filles, que ces dernières ont vraiment le souci de leur propre développement ?

Généralement peu de jeunes filles se projettent dans l’avenir. Pour certaines, elles étudient sans grande motivation ou même sans avoir au préalable une perspective d’avenir. Les sensibiliser et leur montrer nos exemples de femmes, les aident à avoir des modèles à suivre et à se projeter plus facilement dans l’avenir. Avec notre première expérience de mise en oeuvre du projet «Zemidalidji», nous pouvons affirmer que les jeunes filles s’intéressent à leur développement car, nombreuses étaient celles qui voulaient suivre la communication. L’accès était limité compte tenu de la capacité de la salle. Cependant, elles étaient nombreuses ces jeunes élèves (filles) à être intéressées par cette activité.

Quels sont aujourd’hui, selon vous, les éléments qui constituent un frein à l’éducation et à l’instruction des filles ?

De par nos multiples interventions aux côtés de ces filles, nous avons réalisé que le mariage précoce reste encore un frein à l’éducation et à l’instruction des filles, surtout avec la morosité économique actuelle. Le père cherche à vite se débarrasser de la charge d’une fille et pour cela, la jeune fille ne bénéficie pas de longues études. Par ailleurs, nous avons aussi les grossesses précoces. L’ignorance et l’accès précoce des filles aux réseaux sociaux sont bien des facteurs qui les conduisent à la dépravation des moeurs et à la pratique précoce des relations sexuelles non protégées.

De quoi les filles ont réellement besoin aujourd’hui, à votre avis, pour avoir l’engouement tant recherché dans leur rang ?

Les filles ont vraiment besoin de séances de sensibilisation, des formations sur la sexualité, des conseils en continue, elles ont besoin qu’on les écoute aussi. Mieux, ces filles et femmes ont besoin de modèles de femmes à succès, de modèles de femmes qui puissent les inspirer et, sur qui, elles vont prendre exemple pour se surpasser et braver toutes les pesanteurs socio-culturelles qui existent. Bien que notre pays regorge de ces femmes à succès, nos jeunes filles et soeurs n’en connaissent pas beaucoup qui puissent les édifier et leur donner envie de faire comme elles. Et c’est justement ce à quoi nous nous attelons. Nous essayons d’abord d’être, nous-mêmes, des modèles. Ensuite, nous allons dénicher aussi d’autres modèles de femmes qui viennent partager leurs experiences avec ces filles afin de les édifier et de susciter, en elles, l’envie de faire mieux qu’elles

Comment pensez-vous que le pays pourra les aider à y parvenir ?

Le Bénin peut accompagner les associations comme la nôtre à la sensibilisation des filles, et notamment des élèves comme nous le faisons toujours et l’avons d’ailleurs fait le 22 Octobre 2022 dernier à la Bibliothèque Bénin Excellence de Godomey avec la mise en oeuvre de nos deux projets. Le Bénin peut nous accompagner dans cette tâche pour nous permettre d’étendre nos activités à toutes les écoles érigées sur toute l’étendue du territoire national.

 En tant qu’organisation intervenant au milieu de nombreuses autres, en quoi votre approche se distingue-t-elle des autres pour inverser la tendance en matière d’éducation et d’instruction des filles ?

Nous n’avons pas la pretention de faire mieux ou de faire autres choses que les autres organisations. Cependant, nous estimons que les défis sont énormes et que les filles sont trop nombreuses. Notre ambition est de travailler aux côtés de ces autres organisations pour que nos jeunes filles et les femmes qui ne sont pas encore prises en compte, prennent conscience de leur importance et de leur rôle dans la société. A travers nos actions, nous œuvrons aux côtés de nos cibles respectives. Nous avons des thématiques d’actualité pour nos séances de sensibilisation. Nos récentes thèmes sont l’hygiène corporelle et les bienfaits d’une chambre bien rangée. Nous incitons aussi les filles à aller vers les métiers scientifiques et techniques dits métiers d’homme. Nous leur faisons découvrir des modèles de femmes qui exercent des métiers qui sont à la base considérés comme des métiers réservés pour les hommes. Ceci, afin qu’elles sachent qu’elles peuvent faire comme elles.

Votre mot de la fin.

«L’Inner Wheel» au Bénin apporte sa petite pierre à l’édifice nationale. Cependant, elle a besoin du soutien de l’Etat et des acteurs du monde éducatif. Je ne saurais terminer sans remercier Educ’Action non seulement pour ce qu’il fait pour le secteur de l’éducation, mais aussi et surtout pour cette opportunité qu’il nous a donnée de parler de l’organisation «Inner Wheel».

Propos recueillis par Estelle DJIGRI

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