Examens nationaux de Licence et Master : Les étudiants des universités privées invités à y participer

Devenus une réalité au Bénin depuis l’année 2018, les examens nationaux de Licence et de Master continuent de couver silencieusement une polémique autour de la participation réelle des Etablissements Privés d’Enseignement Supérieur (EPES). Dans le rang des étudiants, d’aucuns pensent qu’il n’est pas nécessaire de participer à ces examens nationaux organisés par l’Etat après l’obtention des diplômes internes. Pour élucider la question, Educ’Action a tendu son micro aux étudiants, à des responsables académiques ainsi qu’au responsable de la faitière des EPES, l’Union Nationale des Etablissements Privés d’Enseignement Supérieur (UNEPES-Bénin). Voici ce qu’il en ressort.

L’organisation des examens nationaux de Licence et de Master est déjà à sa troisième édition au Bénin. Destinés uniquement aux étudiants provenant des Etablissements Privés d’Enseignement Supérieur (EPES), ces examens nationaux résonnent comme une expérience singulière au Bénin, seul pays de l’espace CAMES et de l’espace UEMOA à se livrer à une telle pratique. En 2018, lors de son institution par le gouvernement béninois, la réforme a été diversement appréciée par les acteurs du secteur privé de l’enseignement supérieur. Aujourd’hui encore, elle semble ne pas être la bienvenue auprès de certains promoteurs et étudiants, qui voient en cette réforme, une discrimination pure et simple.
Sur les traces de l’institution des examens nationaux de Licence et de Master

« L’Etat a instauré des examens nationaux au niveau supérieur pour délivrer des diplômes nationaux au profit des étudiants qui se sont inscrits dans les établissements privés d’enseignement supérieur. Dans un premier temps, cette réforme a été décriée parce que cela ne se passe ainsi dans aucun autre pays. On était frustré un peu au départ ». Ces propos sont ceux de Charles Kouphin, président fondateur de l’établissement privé ISM Adonaï et président de l’Union Nationale des Etablissements Privés d’Enseignement Supérieur (UNEPES-Bénin), qui rappelle l’état d’âme dans lequel se trouvaient les promoteurs d’établissements supérieurs privés à l’arrivée de cette réforme. Bien qu’étant frustrés, ces acteurs ont tôt fait de se conformer à la décision de l’Etat afin de permettre aux établissements privés et à leurs étudiants d’avoir la possibilité d’obtenir des diplômes marqués du sceau de l’Etat. Cette décision prise par le gouvernement d’organiser des examens nationaux de Licence et de Master est soutenue par un raisonnement bien précis, à en croire le président de l’UNEPES. « Il y avait une multiplicité d’établissements privés d’enseignement supérieur avec des niveaux de performance très variable parce que ces établissements n’avaient pas eu les autorisations et les agréments nécessaires. L’Etat a pris un décret en 2008 pour instaurer les régimes de fonctionnement des établissements privés d’enseignement supérieur. Les EPES doivent faire la procédure et les démarches administratives nécessaires pour pouvoir atteindre le régime d’homologation qui leur permettrait de délivrer des diplômes nationaux à leurs étudiants », a expliqué Charles Kouphin, qui précise qu’aucun établissement n’a cependant reçu l’homologation. Ce qui justifie le régime de Co-signature des diplômes délivrés, qui laisse désormais place aux examens nationaux.
Si certains établissements ont finalement accepté de se soumettre à cette décision du gouvernement, il n’en demeure pas moins que certains promoteurs pensent fortement que cela est un folklore. « Nos gouvernants aiment se mettre en spectacle devant les autres pays. Quel pays avons-nous déjà vu qui se donne à cette pratique ? Cela ne se fait pas. Le privé a toujours constitué une force dans un pays, tant les établissements publics ne sont pas en mesure de prendre l’éducation de tous en charge », continue de penser un responsable d’établissement privé, qui a requis l’anonymat, après trois (03) ans d’expérience de cette réforme. Dans le rang des étudiants, certains restent convaincus que ces examens nationaux ne sont pas obligatoires au regard de ce qui se dit dans leurs écoles.

Quid de la crédibilité des diplômes reçus sans les examens nationaux

« Dans notre université, il est bien clair pour nous qu’en année de Licence, il y a un examen national qui nous attend. On en a conscience parce que l’école nous l’a fait savoir », a martelé une étudiante en journalisme des Cours Sonou. Mais, dans d’autres universités, c’est le contraire qui s’observe. «Dans l’université dans laquelle j’ai fait ma première année, nos responsables nous ont dit que ce n’est pas nécessaire de passer les examens nationaux. Ici où je continue la deuxième année, les propos sont également les mêmes. On est donc libre de passer ces examens ou non », confie à Educ’Action, une autre étudiante en journalisme à Cotonou, en présence de ses camarades qui acquiescent par un hochement de tête pour exprimer la véracité des propos.
Nos tentatives pour recueillir les avis de ces différentes universités sur la question sont restées vaines jusqu’à présent en dépit des correspondances déposées dans ce sens par Educ’Action. Cela dit, exposés au premier responsable associatif des EPES, les propos de ces étudiantes n’ont pas manqué de réponse. Charles Kouphin, président de l’UNEPES, a rappelé les démarches entreprises ainsi que les explications des autorités sur le sujet en son temps. « Au début de cette réforme, plusieurs des dirigeants d’établissements et des étudiants avaient décrié la réforme pour la simple raison que c’était une réforme discriminatoire des étudiants qui sont dans les EPES par rapport à leurs camarades du public. La discussion a été longue et ardue au point où nous étions partis à la Cour Constitutionnelle qui avait estimé qu’il y a une discrimination sur l’échiquier national entre les étudiants du public et ceux du privé. La décision prise par la Cour Constitutionnelle était d’encadrer ces examens dans une période de trois années », a renseigné le président de l’UNEPES qui estime que les explications données en son temps par la ministre d’alors, Marie-Odile Attanasso, pourraient justifier la position de certaines universités.

Le refus de composer les examens nationaux, un risque pour l’étudiant

L’explication donnée par les autorités à l’époque était simple et claire. Ce qui justifie sans doute cet argumentaire fourni dans quelques universités. « L’explication donnée par l’ancienne ministre Marie-Odile Attanasso était que ces examens nationaux étaient facultatifs pour ceux qui, parmi les étudiants inscrits dans les EPES, seraient intéressés à aller travailler dans le secteur public », a rappelé le président de l’UNEPES. C’est dire donc, poursuit-il, que « ceux qui ne veulent pas aller travailler pour l’Etat et qui veulent travailler à leur propre compte, peuvent se dire qu’ils n’ont pas besoin de ces examens nationaux ». Cependant, il a fait remarquer que c’est un risque pour l’étudiant qui refuse de composer.
Tout en observant que l’auto-emploi n’est pas chose facile, Charles Kouphin, en sa qualité de président fondateur de ISM Adonaï et président de l’UNEPES, a tenu à faire connaître le danger que courent les étudiants en se privant de ces examens. « Les étudiants disent qu’ils ne vont pas travailler pour l’Etat mais lorsque, une fois sur le terrain de l’auto-emploi, ils se rendent compte que ce n’est pas facile, tout d’un coup, ils cherchent à revenir dans le secteur public. Mais parce qu’ils n’ont pas le diplôme, c’est impossible. C’est donc un risque majeur », a développé, de fond en comble, le président assis derrière son bureau dans l’institut de Cotonou. Le représentant de tous les établissements privés d’enseignement supérieur n’a pas manqué d’exhorter les établissements qui sont sous sa responsabilité à faire participer leurs étudiants à ces divers examens. Car, dit-il, seuls ces examens peuvent donner des diplômes crédibles à ce qui se fait dans les établissements privés, ces derniers ne pouvant que délivrer des attestations de réussite, faute d’homologation de leur université.

Estelle DJIGRI

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