Evaluations des systèmes éducatifs des pays francophones : Une ouverture sur le PASEC - Journal Educ'Action

Evaluations des systèmes éducatifs des pays francophones : Une ouverture sur le PASEC

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La qualité de l’offre éducative dans les pays membres de la Francophonie a accouché de la création du Programme d’Analyse des Systèmes Educatifs de la Confemen (PASEC). La CONFEMEN désigne, quant à elle, la Conférence des Ministres de l’Education des Etats et Gouvernements de la Francophonie. Créé en 1991, le PASEC est mis en place pour jauger les compétences des apprenants voire des enseignants en mathématiques et en français. Après la première évaluation globale de 2014 destinée uniquement aux apprenants, la deuxième évaluation tenue en 2019 est élargie aux enseignants et aux écoles. La thématisation du mois de mai à Educ’Action, comme vous l’avez déduit, met le curseur sur cette dernière évaluation. Cette première parution table sur la présentation du PASEC.

«Mettre en relation les aspects quantitatifs et qualitatifs des systèmes étudiés et dégager, dans le cadre des solidarités francophones, les choix possibles des stratégies éducatives les plus efficaces ». En d’autres termes, informer sur l’évolution des performances des systèmes éducatifs afin d’aider au pilotage de la qualité de l’éducation. C’est le but premier du Programme d’Analyse des Systèmes Educatifs de la Confemen (PASEC). Avant d’aller plus loin, il faut indiquer que la CONFEMEN est la plus ancienne institution de la Francophonie. Elle a été créée en 1960. Depuis 2011, l’institution a centralisé ses efforts sur la qualité de l’éducation à travers la réforme en profondeur du PASEC et la mise en place de l’Observatoire de la qualité de l’éducation. Créée par quinze (15) pays, la CONFEMEN compte aujourd’hui quarante-quatre (44) pays membres.
Les bases du programme PASEC ont été jetées à l’issue de la 42e session ministérielle de la CONFEMEN tenue à Bamako (Mali) en juillet1990. La création effective du programme est actée lors de la 43e session ministérielle de la CONFEMEN. Elle a eu lieu les 12 et 13 mars 1991 à Djibouti. C’est lors de cette session que les ministres ont décidé de la mise en place d’un comité scientifique pour soutenir le programme. De 1991 à 1995, le cadre institutionnel a été mis en place et les premières évaluations organisées. Les neuf (09) premières phases des évaluations ont essentiellement visé les pays africains. C’est lors de la 7e phase que le Bénin a rejoint le programme dans le cadre d’évaluations diagnostiques courant 2000 et 2001. Les pays asiatiques sont entrés dans le programme lors de la 10e phase. En décembre 2012, la 55e session ministérielle de la CONFEMEN a adopté une réforme du PASEC. Celle-ci est caractérisée par une nouvelle gouvernance et une nouvelle méthodologie. Le programme dispose désormais d’un comité de pilotage et se voit doter d’une autonomie de gestion. L’approche méthodologique du programme est orientée vers la comparaison internationale par l’organisation d’évaluations simultanées dans plusieurs pays et la mesure des compétences des élèves en début et en fin de scolarité du primaire.

De l’organisation au fonctionnement du PASEC …

Les nombreuses évaluations du PASEC ont permis d’alimenter le débat public sur l’éducation et d’orienter la prise de décision. Le programme a également participé à renforcer les capacités techniques d’évaluation dans les pays et a contribué au développement d’une culture de l’évaluation dans les pays bénéficiaires. Pour être efficace, le PASEC repose sur trois (03) piliers, étroitement liés à ses domaines d’actions. D’abord, le programme fournit des données fiables, des analyses robustes et pertinentes. Ensuite, il contribue au renforcement des capacités nationales d’évaluation. Enfin, les résultats du programme sont exploités pour le pilotage et les réformes éducatives. Etant adossé à la CONFEMEN, le PASEC contribue au dialogue politique en l’éducation. Sur ce plan, le programme facilite le dialogue entre les décideurs, les planificateurs des systèmes éducatifs, les techniciens et toutes les parties prenantes. Il apporte un appui technique aux pays dans la mise en place d’outils et de dispositifs nationaux d’évaluation, ainsi que dans l’utilisation des résultats d’évaluations. Il contribue aussi à la création d’un réseau de partage d’expériences sur les orientations politiques, les pratiques éducatives et l’évaluation des acquis.
Concernant le fonctionnement du PASEC, il repose sur plusieurs structures contribuant à sa gouvernance. La première est l’équipe technique composée de neuf (09) membres. Cette équipe appartient au Secrétariat Technique Permanent de la CONFEMEN, basé à Dakar (Sénégal). Il y a ensuite le Comité de pilotage composé de dix (10) membres. Ce comité de pilotage est chargé de prendre des décisions concernant le fonctionnement et les orientations stratégiques du programme au nom de la CONFEMEN. Le troisième organe est le Comité scientifique. Il comprend aussi dix (10) membres et a un rôle de consultation et de conseil auprès du Comité de pilotage du PASEC pour les activités du programme. Il a la charge de valider, sur le plan scientifique, la méthodologie des travaux et publications réalisés par le PASEC dans le cadre du programme. Il peut donner également des avis sur les orientations du programme, lesquels avis sont transmis au Comité de pilotage. Sur le plan national, des équipes sont installées dans chaque pays participant aux enquêtes du PASEC. Au nombre de vingt-cinq (25), ces équipes relèvent des autorités nationales et sont en lien technique avec l’équipe PASEC à Dakar. Coordonnées par un responsable national, elles sont composées de statisticiens, pédagogues, planificateurs, informaticiens et d’économistes.

Des évaluations du PASEC…

De 1991 à 2012, trente-cinq (35) évaluations nationales des acquis scolaires ont été réalisées dans une vingtaine de pays d’Afrique subsaharienne, du Moyen Orient et d’Asie du Sud-est. En 2013, la première évaluation internationale est lancée mais c’est en 2014 qu’elle est effective. Elle a touché dix (10) pays d’Afrique subsaharienne : Bénin, Burkina-Faso, Burundi, Cameroun, Côte d’Ivoire, Congo, Niger, Sénégal, Tchad et Togo. Cette évaluation a permis de mesurer les compétences des élèves de début (2A) et de fin de scolarité primaire (6A) en langue d’enseignement et en mathématiques d’une part, et d’autre part, de comparer les performances des systèmes éducatifs des dix (10) pays y ayant pris part.
La deuxième évaluation groupée, objet des quatre (04) parutions à venir, a eu lieu en 2019 et a touché les mêmes pays en plus de quatre autres qui se sont ajoutés. Il s’agit du Gabon, de la Guinée, Madagascar et de la République Démocratique du Congo, portant ainsi le nombre de pays à quatorze (14). Cette deuxième évaluation internationale des acquis a connu une innovation avec l’intégration d’une enquête sur les connaissances disciplinaires et professionnelles des enseignants du primaire en langue d’enseignement et en mathématiques. Les résultats de ce nouveau pan de l’évaluation doivent permettre de cibler des programmes de formations initiales et continues adaptés aux faiblesses de cette cible et d’améliorer progressivement la qualité des acquis scolaires des élèves. Quid de la méthodologie utilisée lors de l’évaluation ?

De la méthodologie utilisée lors de l’évaluation…

A la faveur d’un atelier de sensibilisation sur le contenu du rapport du PASEC 2019 du Bénin, Marino Gomez, alors Directeur Adjoint de la Programmation et de la Prospective du Ministère des Enseignements Maternel et Primaire (MEMP) a été le communicateur principal. C’était le jeudi 13 mai 2021, dans la salle commune de la bourse du travail à Cotonou. Au cours de sa présentation, le cadre du MEMP a renseigné la méthodologie utilisée pour l’évaluation du PASEC 2019. Des tests de lecture et de mathématiques ont été administrés aux élèves de 2A et 6A d’un échantillon d’écoles sélectionnées de façon aléatoire. Des questionnaires ont été présentés aux élèves, aux enseignants, aux directeurs d’écoles. « L’évaluation a été faite sur les caractéristiques de l’élève, son milieu familial, les ressources éducatives et son bien-être à l’école. Aux enseignants, c’est sur les caractéristiques individuelles de l’enseignant, son expérience professionnelle et son statut, les caractéristiques de sa classe, des informations sur son enseignement, sa collaboration pédagogique et ses conditions de travail. Pour ce qui est des directeurs d’écoles, c’est pour renseigner chacun sur ses caractéristiques individuelles, les caractéristiques de son école, les éléments sur l’inspection de l’école, les relations avec les parents et la communauté locale, les aspects pédagogiques et de gestion, et la vie scolaire de l’école », a expliqué Marino Gomez. Une enquête sur les connaissances disciplinaires et professionnelles en langue d’enseignement et mathématiques des enseignants. Celle-ci a pris par la saisie, le nettoyage, le traitement des données collectées afin de produire des indicateurs utiles aux politiques éducatives des différents pays.
Outre la méthodologie susmentionnée, il y a la définition d’échelles de compétences pour chaque discipline évaluée. Celles-ci, à en croire Marino Gomez, décrivent et situent les niveaux de performances des élèves et des enseignants, d’une part, et facilitent la comparaison des performances obtenues au niveau des pays d’autre part. Il y a également une évaluation diagnostique aboutissant à la formulation de pistes de réflexions et d’actions pour l’amélioration de la qualité des systèmes éducatifs des pays.

Les travaux au Bénin

La collecte des données de l’évaluation PASEC 2019 s’est déroulée à partir d’un échantillon de deux cent trente-deux (232) écoles aussi bien publiques que privées, renseigne le document d’informations mis à la disposition des participants lors de l’atelier de restitution du rapport national de l’évaluation PASEC 2019. Ces travaux de collecte ont concerné les douze (12) départements du Bénin. Pour être plus précis, mille sept cent soixante-sept (1 767) élèves du CP (2e année) et trois mille neuf cent six (3 906) élèves de CM2 (6e année) ont été enquêtés. Du côté des enseignants, mille cent trente-six (1 136) d’entre eux ont participé à l’évaluation. Pour ce qui concerne les écoles, cent seize (116) ont pris part aux enquêtes et tests en 2e année et deux cent trente (230) l’on fait en 6e année.
Les détails concernant les résultats de l’évaluation des élèves vont être présentés dans la prochaine parution.

La Rédaction

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