« Enfance volée » : Une autobiographie sur fond de tristesse et de courage - Journal Educ'Action

« Enfance volée » : Une autobiographie sur fond de tristesse et de courage

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Artiste-chanteuse, Dorline Bruneau a prouvé qu’entre la chanson et l’écriture, il n’y a pas de fossé. « Enfance volée », 111 pages, est son premier ouvrage, paru en 2022 aux éditions Le Lys Bleu à Paris. Dans cette œuvre autobiographique, l’auteure aévoqué sa vie jalonnée de péripéties et de vicissitudes, avec, en toile de fond, un profond désir de réussir.

«On aurait pu titrer ce livre « Le tiroir aux sourires » qu’on n’aurait rien soutiré à sa substance. Il s’agit d’un acte fort pour Dorline Bruneau. C’est un livre ouvert sur son cœur, sa vie, ses souvenirs et sa réalité d’aujourd’hui, ballotée entre violence et galères, entre l’Afrique subsaharienne de son enfance et une arrivée pas si dorée dans l’Ouest de la France ». Ainsi commence la préface signée du journaliste français Bruno Jeoffroy. Dans cet extrait, le préfacier écrit d’un encre rouge sang, dans ses quelques lignes, le passage tumultueux de l’auteure dans les régions susmentionnées. Articulé autour de 34 sous-titres, ce livre fait voyager dans un monde riche en tristesse, souffrance avec une forte dose de violences. Accouché dans un style accrocheur et simple, l’auteure parle dans ce livre, de son enfance hypothéquée par les frustrations de sa mère abandonnée par son père à la grossesse. Une enfance sacrifiée sur l’autel de la souffrance et de la barbarie de ses parents. Lisons la page 57 titrée « Pas d’argent pour la cantine » : « Je vivais chez ma mère comme chez une inconnue, seule et sans défense, maltraitée, sans père. Oui, je vivais mon orphelinat ». Mieux, retournons à la page 50 : « j’ai connu la violence, en permanence ».
En effet, durant son enfance, tout en vivant avec sa génitrice, elle a connu une vie de boniche. Elle se réveillait tôt et se couchait tard. Pendant que ses frères restaient en compagnie des cahiers et des livres, elle, autre, était toujours occupée à faire des travaux domestiques, la peur auventre. « Dans ces temps de colère, je devais rester la boniche de la maison. Je subissais des violences pour un rien », lit-on à la page 47. Pourtant ce martyre n’a pas empiété sur son rendement scolaire. Allons à la page 55 : « malgré cette peur au ventre constante, les retards répétés à l’école, et le peu de temps que j’ai pour réviser mes leçons entre les corvées ménagères, je travaille très bien en classe ». Durant cette vie sur fond de souffrance et d’un lendemain incertain, la petite nono (l’autre prénom de l’auteur, ndr) s’est armée de courage pour se hisser à un rang inimaginable. Car pour sa mère, elle n’était pas promise à la réussite.

Abnégation et courage, les secrets de réussite de l’autrice

« Enfance volée est donc le cri du cœur d’une femme, une histoire où courage et abnégation riment avec dépassement et séduction ». Ainsi s’est exprimée Dorline Bruneau à la quatrième de couverture de son livre. Sa vie parsemée de défis, évoluant en dents de scie a fait d’elle une femme dont la rage de réussir et d’aller de l’avant est inénarrable. Son bilan fait d’allers-retours entre ses jours actuels de la France et ses jeunes années dans l’ouest de l’Afrique noire, ont mis sur sa voie des personnes gentilles comme mesquines.
Battue à tout bout de champ, violée, ignorée, elle avait comme exutoire, la chanson. « Aujourd’hui, j’écris par défi personnel, défi artistique, et aussi pour partager mes expériences. Pour qu’à travers ce livre se retrouvent toutes les « Dorline » que la vie pensait à mettre à genoux, mais qui ont su puiser au fond d’elles la force de rester debout », à lire à la page 103. L’auteure a connu une enfance douloureuse, une adolescence saccagée et une vie amoureuse triste. Lisons la page 99 : « Ne me parlez pas, non plus, d’adolescence. Je suis née adulte, à effectuer les corvées pour ma mère et pour toute la maisonnée, sans sortie, sans amitié, sans jeu, sans amourette, sans tous ces bonheurs permis ou interdits qui n’ont jamais ponctué le moindre instant de mon parcours harassant ».
Après qu’elle se soit énamourée de Paul en France, Viona, le fruit de leur amour est née. Mais cette vie conjugale s’est soldée par une rupture volontaire de l’homme en raison de la maladie de Parkinson dont il souffrait. Elle avait eu du mal à avaler cette pilule amère mais elle a quand même, au prix de l’effort, repris du poil de la bête. Sa réussite dopée par le courage, l’abnégation lui a permis de s’occuper de ses trois enfants, ses frères et même sa mère. De son poste de secrétaire à la Cour constitutionnelle à la musique au Bénin en passant par ses pérégrinations en France pour différentes activités rémunératrices, l’auteure a mis en exergue la témérité. Une témérité qui aurait pu disparaître par un suicide. Peu s’en faut. Avec bon cœur, elle ne s’est pas fait prier pour assister de façon pécuniaire sa mère, autrefois dans un état comateux et grabataire.
De tout ce qui précède, on retient que Dorline Bruneau a allumé les projecteurs sur sa vie claquemurée et sombre avec une petite fenêtre sur la rage de réussir. Elle conte à travers cet ouvrage, un oratorio dramatique, le tourment des « Dorline » avec en arrière-plan une lueur de courage face aux mutations difficiles de la vie. Avec des larmes dans la plume, elle parle de son enfance.
Chanteuse béninoise, Nono Miwa de son vrai nom Dorline Bruneau, née Tchiakpè, est défenseuse des orphelins pour l’avoir été autrement au Bénin, au Togo et en France. « Violée et pas soutenue » ; « quand la maladie vous tient » ; « refugiée au Bénin » ; « les montagnes russes et je reste debout » ; « l’écriture pour poser mes blessures » sont autant de sous-titres de l’œuvre.

Enock GUIDJIME

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