Dr Fifamè Fidèle Houssou Gandonou, à propos de l’éthique en milieu scolaire : « On a intérêt à travailler pour une culture éthique à l’école » - Journal Educ'Action

Dr Fifamè Fidèle Houssou Gandonou, à propos de l’éthique en milieu scolaire : « On a intérêt à travailler pour une culture éthique à l’école »

14 mins read

L’école est censée promouvoir les valeurs pour faire de l’apprenant un individu utile à la société. Dans ce cadre, l’éthique occupe une place importante dans la construction des valeurs et des comportements responsables. Pour découvrir l’importance que revêt l’éthique en milieu scolaire, Educ’Action s’est entretenu avec la docteure Fifamè Fidèle Houssou Gandonou, pasteure, théologienne, spécialiste d’éthique. Entretien !

Educ’Action : Que doit-on entendre par éthique ?

F. Fidèle Houssou Gandonou : Il apparaît clairement aujourd’hui que la morale est au cœur du débat de la société. L’éthique, c’est simplement la recherche du bien pour soi, pour les autres et pour la société. C’est le respect de soi-même et des autres. Respecter qui ils/elles sont, ce qu’ils/elles sont, respecter leurs droits, s’intéresser à eux/elles, s’entraider lorsqu’on est dans le besoin. Cette intention de l’éthique répond selon Christoph Stückelberger à des questions telles que : Que dois-je faire ? Comment dois-je agir ? Comment doit agir une communauté d’êtres humains ? Cet auteur précise que l’éthique touche donc tous les domaines de la vie, chaque fois que l’être humain peut et doit choisir entre diverses possibilités d’action. L’éthique cherche des réponses à la question de l’action bonne et juste. Elle s’efforce d’orienter l’action responsable dans tous les domaines de la vie. Elle le fait par des méthodes et des étapes fondées et selon l’approche choisie, avec des justifications, philosophiques, religieuses, des conceptions du monde.
A vrai dire, l’éthique se différencie de la morale en ce sens qu’elle est un ensemble de principes qui guident délibérément et consciemment l’action individuelle et qui confèrent le sens du bien et du mal, du juste et de l’injuste, du bon et du mauvais en matière de conduite et de comportement. Alors que la morale est obligatoire et prescriptive, l’éthique est plutôt réflexive et volontaire.

Quels sont les visages de l’éthique en milieu scolaire ?

L’éthique en milieu scolaire vise fondamentalement la mise en place des stratégies, des attitudes et des comportements dans la quête de la justice et du bonheur. L’école est le lieu où l’avenir se construit, c’est le chemin de la connaissance, de l’apprentissage et de la construction des liens d’amitié. C’est pourquoi, l’éthique en milieu scolaire et éducatif est orientée sur les valeurs d’honnêteté et de transparence, de justice et d’équité, de dignité et de responsabilité. Comme on le sait, la formation éthique des élèves du primaire et du secondaire s’effectue principalement autour de la transmission du savoir, l’apprentissage des méthodes de travail et l’enseignement des valeurs. Il y a le service d’aumônerie scolaire et universitaire dans plusieurs établissements confessionnels qui initie un programme jumelant les éducations à l’éthique et à la culture religieuse. L’éthique est enseignée par rapport à soi, aux autres et aux retombées sur le vivre-ensemble. Ce programme encourage le vivre ensemble dans le respect des autres et des différences, le respect de l’environnement et les règles de conduite sociale et morale.

Comment les enseignants doivent éduquer leurs apprenants à l’éthique ?

Vous savez, l’enseignant est non seulement un acteur professionnel, mais surtout un agent moral. Car, l’enfant est un tableau vierge dit-on et c’est ce qu’on y écrit qui s’y grave. Voilà pourquoi, l’éducation est d’une importance capitale. L’éducation est un puissant vecteur de changement. Pour ce faire, les enseignants, dans l’éducation à l’éthique, sont appelés à orienter les enfants vers la recherche et la satisfaction du désir d’une vie juste, du vivre ensemble et du bien vivre.
Dans tous les cas, l’éthique à l’école est relativement une éthique appliquée et plus axée sur l’attitude et le comportement. Elle va au-delà de la morale. L’éthique enseignée en milieu scolaire a pour but d’orienter l’action des enfants, futurs cadres de la société, de définir les finalités de ses actions et de choisir les valeurs qui sous-tendent la vie juste et bien. Il s’agit d’emmener les enfants à comprendre qu’au-delà de la morale imposée, l’être humain, même sans contrainte externe, a besoin d’un guide, qui responsabilise et éclaire nos choix individuels, et ce guide, c’est l’éthique. Dans leurs efforts d’enseigner l’éthique, les enseignants sont appelés, eux-mêmes, à être des agents qui prônent des valeurs éthiques. Parlant des valeurs éthiques fondamentales à promouvoir à l’école, on peut en citer quelques-unes : responsabilité, engagement, tolérance, gratitude, générosité, honnêteté, humilité, persévérance, compétence, volonté, justice, égalité des chances, etc. Ces valeurs éthiques à chaque fois inculquées, permettront de créer chez les enfants de bonnes attitudes pour demain. Et ce n’est pas que l’apanage des enseignants. Les parents sont aussi interpelés.

Comment les parents peuvent semer les graines de l’éthique depuis la maison ?

L’éducation commence depuis la maison et les parents sont les premières personnes influençant le comportement éthique chez l’enfant. Comme le dit si bien France Quéré, l’éthique scrute les valeurs et cherche les fondements aux actions des hommes et des femmes. Ce sont les parents qui accompagnent les enfants dès le bas âge à l’examen des valeurs et à la recherche des fondements aux actions posées. Et, me référant à André Lalande, si nous sommes d’accord que l’éthique est présente dans tous les domaines de la vie, l’éducation à l’éthique commence avec les parents et prend, pour objet, immédiat les jugements d’appréciation sur les actes qualifiés de bons ou mauvais.

Est-ce que l’éthique est abordée dans les manuels scolaires ?

Je dirai oui et non. Oui, parce que l’éthique répond à la question : que dois-je faire pour bien faire ? Or, tous les manuels scolaires visent la construction de l’enfant pour le bien. Il y a aussi des thématiques qui abordent des questions éthiques.
Non, parce que le jugement éthique, la réflexion éthique, la réponse critique éthique ne sont pas encore enseignés en bonne et due forme à travers les programmes d’études.

Quant à l’enfant lui-même, peut-il promouvoir l’éthique autour de lui ?

En fait, l’éthique suppose et impose la liberté dans la responsabilité, ce qui est la fois son but et son enjeu. De ce fait, un enfant qui veut promouvoir l’éthique doit commencer à répondre à ces questions : Que dois-je faire pour bien faire ? Comment dois-je faire pour bien faire ? Avec qui dois-je faire pour bien faire ? Que vais-je devenir ? Que voulons-nous devenir ? Avec quels moyens allons-nous réaliser notre devenir sans nuire aux autres ? En bref, un enfant qui a la visée de Paul Ricœur comme boussole est déjà en train de promouvoir l’éthique : « Une vie bonne, avec et pour autrui, dans des institutions justes ». Mais il faut faire remarquer que les enfants ont toujours besoin d’être accompagnés par les aînés que sont leurs parents et leurs enseignants pour que l’éthique soit la chose la mieux partagée.

Quelles propositions faites-vous pour que l’éthique soit davantage ancrée dans notre système éducatif ?

Je reconnais qu’il y a bien d’actions de promotion de l’éthique dans nos écoles, collèges, lycées et universités. Mais parfois cela paraît insuffisant. Surtout quand on observe de plus en plus dans les lieux du savoir certaines déviances comportementales, des atteintes aux bonnes mœurs, des tendances au gain facile et des vices se développent quasi quotidiennement. Il y a lieu de s’interroger et de s’inquiéter. Outre les parents et les enseignants qui sont interpelés et sollicités sur cette question, l’Etat central a également sa part de responsabilité. Ici, je souhaite qu’il soit initié un forum portant sur l’éducation et l’éthique afin de recadrer le débat et trouver des formules adéquates pour une société plus juste et plus humaine. De plus, les programmes de formation de nos enseignants doivent intégrer la dimension éthique, c’est-à-dire insérer la formation éthique dans la formation des enseignants. Mieux, les programmes scolaires conçus ne doivent pas occulter la question éthique dans nos lieux de savoir. Il ne faut pas ignorer le rôle crucial et fondamental que joueraient les leaders religieux, les acteurs de la société civile à travers des ONG, des influenceurs et des leaders d’opinion. Tous ces acteurs auront intérêt à travailler pour une culture éthique à l’école. De ce fait, la culture éthique à l’école devrait avoir pour premier enjeu non pas de conditionner les enfants à un conformisme moral, mais de leur donner les moyens de construire librement, une capacité de réfléchir sur les enjeux moraux dans leur vie personnelle et sociale. Loin de viser à imposer des jugements tout faits, il s’agit de développer chez les apprenants l’aptitude à choisir, de manière raisonnée, une option d’ordre éthique, car la culture éthique est en effet, une arme indispensable offrant à l’individu les éléments nécessaires à l’exercice de ses responsabilités.

Propos recueillis par Obed SAGBO (Coll)

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Les plus récents

Dictée du 30/11/2022.

Besoin de te renforcer en grammaire, orthographe et conjugaison ? Prends le rendez-vous de la “Dictée du jour”. Une émission pratique adressée aux apprenants du primaire.