Dans l’Univers des aspirants au Bénin : Après les vacataires, le pas de la Rupture pour l’école béninoise - Journal Educ'Action

Dans l’Univers des aspirants au Bénin : Après les vacataires, le pas de la Rupture pour l’école béninoise

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La question enseignante est un véritable os dans la gorge des différents gouvernements qui se sont succédés à la tête du Bénin. Avec l’avènement du régime de la Rupture, la corporation des enseignants a aussi connu des mutations. Du corps des vacataires entre temps répandu, nous sommes passés à celui des aspirants actuellement en vogue. Vous l’aurez compris, « Aspiranat » dans l’enseignement au Bénin est le sujet de la thématisation de ce mois de février dans les colonnes de Educ’Action. Pour ce premier numéro, il sera question de faire un rappel du contexte de la création de cette catégorie d’enseignants.

Après le rendez-vous manqué de décembre 2018, c’est l’évaluation des enseignants de l’enseignement secondaire général, technique et professionnel qui a annoncé les couleurs d’une nouvelle année dans le secteur de l’éducation au Bénin. Le samedi 12 janvier 2019 sur toute l’étendue du territoire national, ces enseignants ont été invités à plancher. Vuvuzelas à la bouche, plusieurs enseignants ont manifesté leur résistance dans différents centres de composition parcourus par l’équipe de reportage de Educ’Action. Deux mois après cette évaluation à polémiques,
le gouvernement revient à la charge et annonce son désir d’évaluer les enseignants ACE de la promotion 2008 avec une opportunité offerte aux aspirants de pouvoir s’évaluer aussi pour saisir la chance de faire leur entrée dans la fonction enseignante. Si l’évaluation des aspirants s’est déroulée sans grincement de dents, cela n’a pas été le cas de leurs aînés reversés ACE de la promotion 2008 qui sont passés au charbon le samedi 24 août 2019. C’est le point de départ des réformes dans l’enseignement au Bénin avec l’avènement d’une nouvelle catégorie de corps d’enseignants : les aspirants.

Aspirant dans le secondaire : redorer les conditions sociales d’une profession

« Avant l’aspiranat, nous avions trois catégories d’enseignants : les APE, les ACE, les vacataires. Avec l’avènement de la Rupture, le gouvernement a trouvé qu’il faut donner une autre visibilité, une plus-value au métier d’enseignant vacataire ». C’est en somme l’un des objectifs visés par les autorités du ministère de l’enseignement secondaire en créant le corps des Aspirants au Métier d’Enseignement (AME), selon Edmond Houiton, Directeur Départemental de l’Enseignement Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle (DDESTFP) de l’Atlantique.
Ainsi, un processus a été initié pour permettre la mutation des enseignants vacataires en AME. Cela s’est fait à travers des tests organisés en 2019 et 2020 dans différents établissements secondaires. « A l’issue du test, les meilleurs ont été choisis. Cela a été fait en 2019 et la première promotion a commencé pendant l’année scolaire 2019-2020. En 2020-2021, on a reconduit les AME », explique le DDESTFP Atlantique. Toute réforme ayant des conséquences positives et négatives, les conditions d’accès à la catégorie avec le niveau minimum de la Licence ont créé d’autres difficultés. « Avec l’aspiranat, il faut forcément avoir la Licence. Ceux-là qui étaient admis parmi ceux qui avaient concouru, étaient surtout ceux qui étaient fraîchement sortis des universités et écoles normales. Cependant, de nombreux vacataires parmi ceux qui avaient déjà fait 9 ans, 10 ans sur le terrain et qui n’étaient plus repartis à l’université n’ont pas pu réunir la moyenne pour être retenus », fait savoir Dr Edmond Houinton. Il a, par ailleurs reconnu le mérite de ceux-là qui ont longtemps occupé le terrain. En effet, parmi les vacataires, estime-t-il, il y a des gens qui avaient le DUES, le DUEL, le DEUG. C’était des gens qui étaient très bien, surtout ceux qui étaient en mathématiques, renchérit-il. Les concernant, « beaucoup nous disent aujourd’hui que ceux qui ont duré sur le terrain comprennent mieux les cours que ceux qui sortent des universités », affirme le responsable de l’enseignement secondaire du département de l’Atlantique. Tout en reconnaissant que cela n’est pas faux parce que sur le tas et avec l’expérience, ils ont acquis beaucoup de connaissances, il a tenu à souligner que « l’État a dit que c’est sur la base de la Licence, de la maîtrise et des diplômes professionnels qu’il doit recruter les enseignants ».

Aspiranat à la Maternelle et au Primaire : un accident de parcours ?

Dans l’enseignement maternel et primaire, la question de l’aspiranat est plus perçue comme un accident de parcours. C’est Ambarka Essowè Francis Abdallah, Président du collectif des Enseignants Pré-insérés de l’Enseignement Maternel et Primaire, qui éclaire sur la question. « Cela ne nous était pas destiné mais était spécifique au Secondaire afin qu’on n’ait plus d’enseignants vacataires. En 2018, nous devions passer ce test pour avoir droit au concours de la fonction publique. C’est après que nous avons été intégrés au grand groupe des aspirants », explique-t-il.
Dans ce sous-secteur, il était auparavant question d’enseignants communautaires, recrutés par les bureaux des Associations des Parents d’Elèves (APE). Puis sous l’ancien régime, indique le responsable syndical, ceux d’entre eux qui étaient titulaires de diplômes professionnels étaient recrutés par le truchement de l’ANPE après étude de dossiers. Ainsi, « nous étions appelés normaliens. Chacun avait un contrat de deux ans et était payé même durant les périodes de vacances », conclut l’enseignant du primaire.

Non-achèvement des programmes d’études : Les aspirants évitent l’hécatombe

Dans le sous-secteur des enseignements maternel et primaire, sous le régime défunt, l’enseignement donné aux apprenants est aussi assuré par les communautaires et les normaliens. Mais, leur dévouement et leur engouement au travail sont, dans le temps, émoussés par les grèves perlées. « D’abord, il n’y a plus de grèves sous ce régime. Bien avant la création du corps des aspirants, on ne terminait pas le programme dans les écoles à cause des grèves perlées qui battaient leur plein. Chaque année scolaire, les mouvements de grèves existaient, s’aggravaient et ne permettaient pas aux enseignants de finir le programme en son temps », s’est rappelé Ambarka Essowé Francis pour montrer le caractère destructif des grèves répétées sous le régime défunt. Au sous-secteur de l’enseignement secondaire, le non-achèvement du programme d’enseignement a droit de cité mais n’est pas imputé aux grèves perlées. « Avant la création du programme de recrutement et d’exploitation des enseignants aspirants, les programmes d’études n’étaient pas achevés », a laissé entendre Ferdinand Sourou Missenhoun, l’un des porte-parole de la Fédération Nationale des Collectifs des Enseignants Pré-insérés du Bénin, revenant ainsi sur le niveau d’achèvement du programme d’enseignement dans les classes avec les enseignants vacataires. Mais, soutient-il, aujourd’hui avec la pression, même si ces programmes ne sont pas totalement achevés, l’essentiel est fait.

La Rédaction

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