Consommation de l’alcool chez les enfants de 0 à 7 ans

Autrefois exclusivement réservé aux adultes, l’alcool, de plus en plus, assiège le quotidien des tout-petits. Les occasions de réjouissances, notamment les « Agôh » comme on les appelle en Fon, se transforment en des séances de dégustation et d’initiation des enfants au nombre desquels de jeunes apprenants, à la consommation de l’alcool. Pire encore, cela est parfois le prolongement d’une pratique ancestrale qui a comme sous-bassement la tradition. Une pratique qui hypothèque la santé et l’avenir de cette catégorie de citoyens, mettant en indexe l’irresponsabilité des parents. Préoccupé et plusieurs fois alerté par les lecteurs, Educ’Action se penche, dans cette publication, avec le regard averti des spécialistes, sur ce phénomène néfaste qui prend de l’ampleur dans la société, en l’occurrence dans le rang des enfants dont l’âge est compris entre 0 et 7 ans.

Nous sommes le samedi 20 février 2021 dans un quartier de l’arrondissement de Godomey, commune d’Abomey-Calavi. Les bâches et les chaises disposées renseignent à suffire sur une réjouissance qui sûrement drainera du monde. Il est maintenant 13 heures, l’heure à laquelle sont attendues les convives de cette fête d’enterrement d’une mémé qui est passée de vie à trépas à l’âge de cent cinq (105) ans. Une grande fête, n’est-ce pas ! Les uniformes, les pagnes, les foulards et même les ‘’Gobi’’ (chapeau traditionnel), décorent l’environnement.
Le DJ, très inspiré cet après-midi là, déploit musiques et qualificatifs pour séduire et forcer la générosité des fêtards. Des mets divers sont servis pour manger et boire au plaisir de la vieille dame défunte, seule dans sa tombe d’une température électrique, forçant la décomposition. Les décibels vacillent, avec par moments des séquences de danses en groupes ou individuel. Les boissons, de toute nature et de toutes les gammes, coulent à flots, accélérant les débats, mêmes les plus sordides. Des tout-petits, mêlés à la fête, font bon voisinage avec l’alcool. Le petit Robinson (prénom attribué), dont l’âge est compris entre 02 et 04 ans (sa mère a témoigné de son âge, Ndlr) est aussi de la fête. Victime de l’insouciance de sa génitrice, l’enfant soulève aussi de petits verres de boissons, même alcoolisées. « A force de lui donner des boissons alcoolisées, il en a pris goût. Il est comme cela. Il refuse automatiquement les boissons sucrées », a témoigné la maman de Robinson à une autre invitée, stupéfaite par la scène.
Comme la maman de Robinson, elles sont bien nombreuses, ces femmes qui initient leurs enfants, les tout-petits à la consommation de l’alcool. Papa Edwin, un autre parent, va témoigner à Educ’Action, quelques jours après, que chaque fois qu’il doit boire en présence de son enfant, ce dernier qui a trois (03) ans le lui demande également avec insistance. Un besoin exprimé par l’enfant et que ce père de famille, la quarantaine environ, ne manque pas de satisfaire sous la pression et l’insistance de son enfant. Mais ce besoin mérite-t-il d’être satisfait chez des enfants de si bas âges ? Les spécialistes en parlent.

Ignorance et irresponsabilité des parents…

Dans le rang des personnes lambda à qui la question a été posée, plusieurs réponses sont avancées au sujet de la consommation de l’alcool chez les enfants. Les personnes ressources approchées à savoir psychologue-clinicien, psychologue de l’enfant, psychopédagogue et pédiatre, ont donné des explications sur les conséquences de ce comportement afin d’éclairer l’opinion publique. « Les parents qui donnent de l’alcool à leurs enfants agissent par ignorance et par négligence parce que s’ils avaient connaissance des conséquences réelles de l’alcool sur leurs enfants, ils auraient préféré éviter l’acte », a dit, d’un ton très sérieux, Souliatou Abiola, psychologue-clinicienne, spécialiste des questions de l’enfant. Ces propos de la psychologue seront soutenus par son collègue Wilfried Djogbénou, lui aussi psychologue-clinicien, qui ajoute, par ailleurs, que cette pratique dénote également d’une irresponsabilité pure et simple des parents.
Sans avoir utilisé les mêmes mots que ses prédécesseurs, Moussiliou Akpa-L’Ara Moustapha, enseignant-chercheur en sciences de l’éducation à l’Université d’Abomey-Calavi, renseigne que cette pratique est due à l’ignorance des parents. « L’alcool n’est déjà pas conseillé pour un adulte puisque nous connaissons ses méfaits dans le fonctionnement global de l’organisme et, plus grave, pour un enfant, c’est très nuisible. Habituer les enfants à l’alcool dès le bas âge, pourrait créer des préjudices qui peuvent être très fâcheux dans la suite du développement de l’enfant », a fait observer le psychopédagogue au détour d’une interview réalisée à son domicile, à Porto-Novo.
Préjudices, effets néfastes, peu importe les thèmes utilisés, ces hommes très avisés s’accordent sur le fait que l’alcool impacte négativement la vie de l’enfant dont l’âge est compris entre 0 et 7 ans, à bien des égards.

Effets néfastes du point de vue psychologique

Du point de vue psychologique, l’alcool a des conséquences sur le comportement de l’enfant qui le consomme. C’est ce qu’il convient de retenir des propos des deux psychologues qui se sont prononcés sur la question. Vêtue d’une blouse blanche, Souliatou Abiola dont le regard est beaucoup plus porté vers la santé psychologique des enfants, fait remarquer que « le jeune enfant de la tranche d’âge de 0 à 7 ans est en pleine construction, en pleine maturation. L’alcool aura des conséquences sur le comportement. Si ses comportements sont perturbés, forcément son développement sera affecté ; l’alcool va agir sur sa concentration, cela va lui donner des troubles de comportement et va affecter ses réflexes ». La psychologue explique également que, plus tôt l’enfant est en contact de l’alcool, plus grande est la conséquence sur son devenir. Dans l’immédiat, les spécialistes font observer que l’alcool peut rendre l’enfant malade avec des maux d’estomac, des maux de tête. S’il en prend trop, cela peut aller jusqu’à l’évanouissement, même jusqu’au coma. L’enfant peut développer le cancer de l’œsophage, de la bouche, il peut avoir des troubles cardiaques. Il y a beaucoup de maladies qui peuvent naître de là puisque l’enfant en grandissant, n’a plus la notion de contrôle sur l’alcool. Il va en consommer toujours beaucoup plus. Il devient ainsi un addict. Se référant aux nombreuses études effectuées par plusieurs personnes sur la question, Souliatou Abiola dira que les enfants qui goûtent à l’alcool précocement ont plus tendance à devenir alcoolique et on observe que ce sont des enfants qui sont prédisposés à boire jusqu’à l’ivresse et ce, avant l’âge d’entrée au collège. Comme si les deux psychologues se sont concertés sur la question, Wilfried Djogbénou approuve entièrement les informations apportées par sa collègue. Dans sa tenue soigneusement brodée, il avance qu’à long terme, l’enfant peut avoir des problèmes aussi bien sur le plan de la santé physique, de la santé mentale que de la qualité de sa vie relationnelle. Pour mieux se faire comprendre, il commence à développer son point de vue. « Sur le plan de la santé physique, il peut développer la cirrhose du foie, le cancer, les maux de gorge, les œdèmes, etc. Sur le plan de la santé mentale, il y a les troubles de comportement, les troubles de l’humeur et il peut développer des comportements antisociaux, il peut être brutal et violent. Sur le plan de la qualité de vie relationnelle, ses relations avec son entourage ne seront pas très adéquates », a-t-il détaillé, tout en notifiant que l’enfant épris de l’alcool peut coûter cher à ses parents. Le corps des pédiatres n’a pas manqué de se faire entendre sur la question.

Les conséquences selon le pédiatre…

Faisant siens les propos des psychologues et psychopédagogue sur le fait que l’alcool n’est en aucun cas une bonne chose pour les enfants, le pédiatre périnatologue El’Mourchid Bello, précise ce qui pousse, à priori, les parents à se livrer à cette pratique. « La coutume nous fait croire que c’est bon de laisser boire l’enfant à petit coup afin de l’habituer à des responsabilités plus tard. Donc dans la tête de la plupart des parents, c’est qu’ils apprêtent leurs enfants à la vie d’adulte en leur donnant un peu à boire de temps en temps », a indiqué le pédiatre avant d’évoquer les conséquences de l’alcool sur l’enfant du point de vue pédiatrique. « L’alcool est un toxique. L’enfant avec un verre de liqueur peut se retrouver en état d’ébriété. La première conséquence chez l’enfant, c’est l’hypoglycémie qui est très sévère et qui peut entraîner la mort et secondairement, il peut avoir d’autres troubles chez l’enfant comme les convulsions », a-t-il laissé entendre, parlant des conséquences immédiates. Il poursuit qu’à long terme, l’enfant que le parent voudrait apprêter à la maturité en le faisant boire plus tôt, peut virer plus tard, surtout en fin d’adolescence vers l’alcoolisme avec ses dérivés comme devenir très brutal, participer à des scènes de bagarre, provoquer la violence, passer à la délinquance, être responsable d’accident et beaucoup d’autres choses. Du point de vue de sa santé, l’organe qui sera le plus affecté, à en croire le pédiatre, c’est bien le foie de l’enfant. « La consommation de l’alcool peut avoir des atteintes au niveau du foie, parce que c’est le foie qui est soumis à un métabolisme de tout ce que l’on mange. Avec la consommation de l’alcool, ce foie va être beaucoup plus faible et on aura une hépatite toxique due à l’alcool et en ce moment, ça peut être fatal à l’enfant », a fait savoir le pédiatre.
S’il est démontré que l’alcool peut avoir des conséquences sur les plans psychologique et pédiatrique, il en est de même sur le plan pédagogique.
Les répercussions de l’alcool sur le plan pédagogique

Tout en rappelant que les habitudes prises très tôt sont celles qui s’enracinent, docteur Moussiliou Akpa-L’Ara Moustapha estime que si déjà, de la naissance jusqu’à l’âge de 7 ans, l’enfant est habitué à prendre de l’alcool, cela va naturellement développer chez lui une certaine habituation et cela peut conduire à l’alcoolisme qui est un excès de la consommation d’alcool. Pour revenir dans son domaine psychopédagogique, le spécialiste introduit pour commencer que, pour que l’éducation soit reçue, il faut que celui qui la reçoit soit équilibré. Ce qui sous-entend qu’il serait difficile pour l’enfant qui est déjà sous l’effet de l’alcool d’acquérir une bonne connaissance de ce qui lui est transmis. « Nous savons que l’alcool plonge l’organisme dans un certain déséquilibre, surtout sur le plan mental. Alors, un enfant qui est sous l’effet permanent de l’alcool est un enfant qui ne se possède pas, qui ne se contrôle pas. Par conséquent, l’éducation pourrait ne pas avoir l’effet qu’elle est supposée avoir sur cet enfant », précise-t-il avant de relever les dégâts que l’alcool pourrait causer sur le fonctionnement du cerveau de l’enfant.
A cet effet, il affirme que l’alcool déjà chez un adulte est un problème. Plus grave chez un enfant qui est au début de sa croissance, l’effet de l’alcool peut ralentir cette évolution, particulièrement au niveau du cerveau. Il débouche, par ailleurs, sur le lien étroit entre le cerveau et l’acquisition de la connaissance à travers un exposé sur le traitement de l’information par cet organe complexe protégé par le crâne. « Pour que l’homme puisse acquérir la connaissance, il faut que son cerveau fonctionne vraiment et c’est tout un système. Nous avons des organes de sens qui captent les informations venant de notre environnement extérieur et ces informations, une fois captées, sont transférées au cerveau. La relation entre ces organes de sens et le cerveau est assurée par les neurones qui sont des cellules cérébrales. Ces cellules étant par nature faibles, une consommation précoce de l’alcool peut plomber le développement de ces cellules cérébrales et donc atrophier ces cellules », martèle docteur Moustapha. La conséquence de cette atrophie, de cette diminution du volume et du poids des neurones, est claire : ils ne seront plus en mesure de jouer leur rôle, celui de colporter, transporter les informations qui parviennent de l’extérieur jusqu’au niveau des lobes où les informations sont traitées, fait remarquer l’enseignant des sciences psychopédagogiques à l’UAC et dans les écoles normales de formation d’enseignants, de conseillers pédagogiques et d’inspecteurs. « A partir de ce moment, on s’aperçoit que c’est tout simplement criminel d’habituer les enfants à prendre de l’alcool parce que forcément, cela a des effets néfastes sur leur croissance, sur le fonctionnement même à l’intérieur de l’organisme et naturellement sur la capacité de l’enfant à recevoir l’éducation, à comprendre et à vouloir observer tout ce que l’éducateur lui demande de faire. Un enfant qui est habitué à l’alcool va faire quoi au niveau des études ? L’alcool, un peu comme le tabac, vous sort de vous-même. On n’est pas soi-même et cela crée un déséquilibre au niveau de l’organisme et quand on n’est pas équilibré, on ne peut rien apercevoir, on ne peut rien retenir. Ce sont des choses qu’il faut noter avec force », a ajouté l’enseignant-chercheur.
Le pédiatre El’Mourchid Bello fait observer, quant à lui, que l’alcool pourrait empêcher l’enfant d’exploiter son plein potentiel. « L’enfant peut avoir un très bon QI qui est sa capacité à réagir par rapport à des situations données, mais à cause de l’alcool, il va se retrouver dans des situations où il ne pourra pas réagir promptement, cela va diminuer sa vigilance », avertit le pédiatre.
Toujours du point de vue de l’éducation, Moussiliou Akpa-L’Ara Moustapha n’a pas manqué de notifier comment l’alcool pourrait affecter la relation entre l’éducation qui est donnée à l’école et celle donnée à la maison. A l’en croire, la famille et l’école sont les milieux naturels d’évolution de l’enfant. Ainsi donc, si l’enfant est habitué à prendre l’alcool à la maison et qu’il n’en trouve pas à l’école, il ne sera plus dans son monde à l’école. « Si tout ce qui structure la vie au niveau de l’école est fondamentalement différent de ce qui structure la vie au niveau de la famille, il n’y aura pas d’harmonie. Si l’enseignant enseigne à l’enfant de ne pas consommer de l’alcool et qu’à la maison, c’est son apéritif, ce dernier va se retrouver dans une sorte de cacophonie. Il y aura de l’antagonisme, de la collision, et l’enfant sera perdu. Dans cette perte, il va choisir ce qui lui est plus facile et ce qui est facile, ce n’est pas forcément ce qui est bon pour l’enfant », a-t-il développé.

L’alcool, un probable stimulant pour l’enfant ?

Pour les parents de l’ancienne école, l’alcool serait une sorte de stimulant pour l’enfant. Donner de l’alcool aux enfants, comme l’a notifié plus haut le pédiatre El’Mourchid Bello, serait perçu dans la tradition comme une manière pour les parents d’amener l’enfant à s’habituer à des responsabilités. Ces propos sonnent comme une aberration aux oreilles des personnes ressources rencontrées dans le cadre de cette production. « Quelle est l’étude qui a démontré que donner de l’alcool à un enfant le rend éveillé ? Lorsqu’on n’est pas sûr de ce qu’on veut faire, il ne faut pas hésiter à se faire aider », dira tout simplement Souliatou Abiola. « Aucun enfant n’a besoin d’alcool pour être éveillé. La preuve, c’est une fabrication humaine, ce n’est pas naturel. C’est ce qui est naturel qui favorise notre développement. C’est une erreur que de voir dans l’alcool un moyen de fouetter, de stimuler l’enfant », informe, à son tour, docteur Moustapha.
Face à ses nombreuses réalités, il serait préférable de l’avis de ces personnes avisées, de ne pas donner de l’alcool aux enfants ou à défaut, pas avant tout au moins l’âge de 16 ans. Une alimentation bien équilibrée, bien fournie, est suffisante pour que l’enfant soit en état de veille pour acquérir les connaissances et être réceptif à l’éducation qu’on lui donne, ajouteront-ils. Aussi une communication axée sur le sujet pourrait-elle être utile pour aider les parents à prendre davantage conscience des dangers de l’alcool sur l’enfant.

Nous sommes le samedi 20 février 2021 dans un quartier de l’arrondissement de Godomey, commune d’Abomey-Calavi. Les bâches et les chaises disposées renseignent à suffire sur une réjouissance qui sûrement drainera du monde. Il est maintenant 13 heures, l’heure à laquelle sont attendues les convives de cette fête d’enterrement d’une mémé qui est passée de vie à trépas à l’âge de cent cinq (105) ans. Une grande fête, n’est-ce pas ! Les uniformes, les pagnes, les foulards et même les ‘’Gobi’’ (chapeau traditionnel), décorent l’environnement.
Le DJ, très inspiré cet après-midi là, déploit musiques et qualificatifs pour séduire et forcer la générosité des fêtards. Des mets divers sont servis pour manger et boire au plaisir de la vieille dame défunte, seule dans sa tombe d’une température électrique, forçant la décomposition. Les décibels vacillent, avec par moments des séquences de danses en groupes ou individuel. Les boissons, de toute nature et de toutes les gammes, coulent à flots, accélérant les débats, mêmes les plus sordides. Des tout-petits, mêlés à la fête, font bon voisinage avec l’alcool. Le petit Robinson (prénom attribué), dont l’âge est compris entre 02 et 04 ans (sa mère a témoigné de son âge, Ndlr) est aussi de la fête. Victime de l’insouciance de sa génitrice, l’enfant soulève aussi de petits verres de boissons, même alcoolisées. « A force de lui donner des boissons alcoolisées, il en a pris goût. Il est comme cela. Il refuse automatiquement les boissons sucrées », a témoigné la maman de Robinson à une autre invitée, stupéfaite par la scène.
Comme la maman de Robinson, elles sont bien nombreuses, ces femmes qui initient leurs enfants, les tout-petits à la consommation de l’alcool. Papa Edwin, un autre parent, va témoigner à Educ’Action, quelques jours après, que chaque fois qu’il doit boire en présence de son enfant, ce dernier qui a trois (03) ans le lui demande également avec insistance. Un besoin exprimé par l’enfant et que ce père de famille, la quarantaine environ, ne manque pas de satisfaire sous la pression et l’insistance de son enfant. Mais ce besoin mérite-t-il d’être satisfait chez des enfants de si bas âges ? Les spécialistes en parlent.

Ignorance et irresponsabilité des parents…

Dans le rang des personnes lambda à qui la question a été posée, plusieurs réponses sont avancées au sujet de la consommation de l’alcool chez les enfants. Les personnes ressources approchées à savoir psychologue-clinicien, psychologue de l’enfant, psychopédagogue et pédiatre, ont donné des explications sur les conséquences de ce comportement afin d’éclairer l’opinion publique. « Les parents qui donnent de l’alcool à leurs enfants agissent par ignorance et par négligence parce que s’ils avaient connaissance des conséquences réelles de l’alcool sur leurs enfants, ils auraient préféré éviter l’acte », a dit, d’un ton très sérieux, Souliatou Abiola, psychologue-clinicienne, spécialiste des questions de l’enfant. Ces propos de la psychologue seront soutenus par son collègue Wilfried Djogbénou, lui aussi psychologue-clinicien, qui ajoute, par ailleurs, que cette pratique dénote également d’une irresponsabilité pure et simple des parents.
Sans avoir utilisé les mêmes mots que ses prédécesseurs, Moussiliou Akpa-L’Ara Moustapha, enseignant-chercheur en sciences de l’éducation à l’Université d’Abomey-Calavi, renseigne que cette pratique est due à l’ignorance des parents. « L’alcool n’est déjà pas conseillé pour un adulte puisque nous connaissons ses méfaits dans le fonctionnement global de l’organisme et, plus grave, pour un enfant, c’est très nuisible. Habituer les enfants à l’alcool dès le bas âge, pourrait créer des préjudices qui peuvent être très fâcheux dans la suite du développement de l’enfant », a fait observer le psychopédagogue au détour d’une interview réalisée à son domicile, à Porto-Novo.
Préjudices, effets néfastes, peu importe les thèmes utilisés, ces hommes très avisés s’accordent sur le fait que l’alcool impacte négativement la vie de l’enfant dont l’âge est compris entre 0 et 7 ans, à bien des égards.

Effets néfastes du point de vue psychologique

Du point de vue psychologique, l’alcool a des conséquences sur le comportement de l’enfant qui le consomme. C’est ce qu’il convient de retenir des propos des deux psychologues qui se sont prononcés sur la question. Vêtue d’une blouse blanche, Souliatou Abiola dont le regard est beaucoup plus porté vers la santé psychologique des enfants, fait remarquer que « le jeune enfant de la tranche d’âge de 0 à 7 ans est en pleine construction, en pleine maturation. L’alcool aura des conséquences sur le comportement. Si ses comportements sont perturbés, forcément son développement sera affecté ; l’alcool va agir sur sa concentration, cela va lui donner des troubles de comportement et va affecter ses réflexes ». La psychologue explique également que, plus tôt l’enfant est en contact de l’alcool, plus grande est la conséquence sur son devenir. Dans l’immédiat, les spécialistes font observer que l’alcool peut rendre l’enfant malade avec des maux d’estomac, des maux de tête. S’il en prend trop, cela peut aller jusqu’à l’évanouissement, même jusqu’au coma. L’enfant peut développer le cancer de l’œsophage, de la bouche, il peut avoir des troubles cardiaques. Il y a beaucoup de maladies qui peuvent naître de là puisque l’enfant en grandissant, n’a plus la notion de contrôle sur l’alcool. Il va en consommer toujours beaucoup plus. Il devient ainsi un addict. Se référant aux nombreuses études effectuées par plusieurs personnes sur la question, Souliatou Abiola dira que les enfants qui goûtent à l’alcool précocement ont plus tendance à devenir alcoolique et on observe que ce sont des enfants qui sont prédisposés à boire jusqu’à l’ivresse et ce, avant l’âge d’entrée au collège. Comme si les deux psychologues se sont concertés sur la question, Wilfried Djogbénou approuve entièrement les informations apportées par sa collègue. Dans sa tenue soigneusement brodée, il avance qu’à long terme, l’enfant peut avoir des problèmes aussi bien sur le plan de la santé physique, de la santé mentale que de la qualité de sa vie relationnelle. Pour mieux se faire comprendre, il commence à développer son point de vue. « Sur le plan de la santé physique, il peut développer la cirrhose du foie, le cancer, les maux de gorge, les œdèmes, etc. Sur le plan de la santé mentale, il y a les troubles de comportement, les troubles de l’humeur et il peut développer des comportements antisociaux, il peut être brutal et violent. Sur le plan de la qualité de vie relationnelle, ses relations avec son entourage ne seront pas très adéquates », a-t-il détaillé, tout en notifiant que l’enfant épris de l’alcool peut coûter cher à ses parents. Le corps des pédiatres n’a pas manqué de se faire entendre sur la question.

Les conséquences selon le pédiatre…

Faisant siens les propos des psychologues et psychopédagogue sur le fait que l’alcool n’est en aucun cas une bonne chose pour les enfants, le pédiatre périnatologue El’Mourchid Bello, précise ce qui pousse, à priori, les parents à se livrer à cette pratique. « La coutume nous fait croire que c’est bon de laisser boire l’enfant à petit coup afin de l’habituer à des responsabilités plus tard. Donc dans la tête de la plupart des parents, c’est qu’ils apprêtent leurs enfants à la vie d’adulte en leur donnant un peu à boire de temps en temps », a indiqué le pédiatre avant d’évoquer les conséquences de l’alcool sur l’enfant du point de vue pédiatrique. « L’alcool est un toxique. L’enfant avec un verre de liqueur peut se retrouver en état d’ébriété. La première conséquence chez l’enfant, c’est l’hypoglycémie qui est très sévère et qui peut entraîner la mort et secondairement, il peut avoir d’autres troubles chez l’enfant comme les convulsions », a-t-il laissé entendre, parlant des conséquences immédiates. Il poursuit qu’à long terme, l’enfant que le parent voudrait apprêter à la maturité en le faisant boire plus tôt, peut virer plus tard, surtout en fin d’adolescence vers l’alcoolisme avec ses dérivés comme devenir très brutal, participer à des scènes de bagarre, provoquer la violence, passer à la délinquance, être responsable d’accident et beaucoup d’autres choses. Du point de vue de sa santé, l’organe qui sera le plus affecté, à en croire le pédiatre, c’est bien le foie de l’enfant. « La consommation de l’alcool peut avoir des atteintes au niveau du foie, parce que c’est le foie qui est soumis à un métabolisme de tout ce que l’on mange. Avec la consommation de l’alcool, ce foie va être beaucoup plus faible et on aura une hépatite toxique due à l’alcool et en ce moment, ça peut être fatal à l’enfant », a fait savoir le pédiatre.
S’il est démontré que l’alcool peut avoir des conséquences sur les plans psychologique et pédiatrique, il en est de même sur le plan pédagogique.


Les répercussions de l’alcool sur le plan pédagogique

Tout en rappelant que les habitudes prises très tôt sont celles qui s’enracinent, docteur Moussiliou Akpa-L’Ara Moustapha estime que si déjà, de la naissance jusqu’à l’âge de 7 ans, l’enfant est habitué à prendre de l’alcool, cela va naturellement développer chez lui une certaine habituation et cela peut conduire à l’alcoolisme qui est un excès de la consommation d’alcool. Pour revenir dans son domaine psychopédagogique, le spécialiste introduit pour commencer que, pour que l’éducation soit reçue, il faut que celui qui la reçoit soit équilibré. Ce qui sous-entend qu’il serait difficile pour l’enfant qui est déjà sous l’effet de l’alcool d’acquérir une bonne connaissance de ce qui lui est transmis. « Nous savons que l’alcool plonge l’organisme dans un certain déséquilibre, surtout sur le plan mental. Alors, un enfant qui est sous l’effet permanent de l’alcool est un enfant qui ne se possède pas, qui ne se contrôle pas. Par conséquent, l’éducation pourrait ne pas avoir l’effet qu’elle est supposée avoir sur cet enfant », précise-t-il avant de relever les dégâts que l’alcool pourrait causer sur le fonctionnement du cerveau de l’enfant.
A cet effet, il affirme que l’alcool déjà chez un adulte est un problème. Plus grave chez un enfant qui est au début de sa croissance, l’effet de l’alcool peut ralentir cette évolution, particulièrement au niveau du cerveau. Il débouche, par ailleurs, sur le lien étroit entre le cerveau et l’acquisition de la connaissance à travers un exposé sur le traitement de l’information par cet organe complexe protégé par le crâne. « Pour que l’homme puisse acquérir la connaissance, il faut que son cerveau fonctionne vraiment et c’est tout un système. Nous avons des organes de sens qui captent les informations venant de notre environnement extérieur et ces informations, une fois captées, sont transférées au cerveau. La relation entre ces organes de sens et le cerveau est assurée par les neurones qui sont des cellules cérébrales. Ces cellules étant par nature faibles, une consommation précoce de l’alcool peut plomber le développement de ces cellules cérébrales et donc atrophier ces cellules », martèle docteur Moustapha. La conséquence de cette atrophie, de cette diminution du volume et du poids des neurones, est claire : ils ne seront plus en mesure de jouer leur rôle, celui de colporter, transporter les informations qui parviennent de l’extérieur jusqu’au niveau des lobes où les informations sont traitées, fait remarquer l’enseignant des sciences psychopédagogiques à l’UAC et dans les écoles normales de formation d’enseignants, de conseillers pédagogiques et d’inspecteurs. « A partir de ce moment, on s’aperçoit que c’est tout simplement criminel d’habituer les enfants à prendre de l’alcool parce que forcément, cela a des effets néfastes sur leur croissance, sur le fonctionnement même à l’intérieur de l’organisme et naturellement sur la capacité de l’enfant à recevoir l’éducation, à comprendre et à vouloir observer tout ce que l’éducateur lui demande de faire. Un enfant qui est habitué à l’alcool va faire quoi au niveau des études ? L’alcool, un peu comme le tabac, vous sort de vous-même. On n’est pas soi-même et cela crée un déséquilibre au niveau de l’organisme et quand on n’est pas équilibré, on ne peut rien apercevoir, on ne peut rien retenir. Ce sont des choses qu’il faut noter avec force », a ajouté l’enseignant-chercheur.
Le pédiatre El’Mourchid Bello fait observer, quant à lui, que l’alcool pourrait empêcher l’enfant d’exploiter son plein potentiel. « L’enfant peut avoir un très bon QI qui est sa capacité à réagir par rapport à des situations données, mais à cause de l’alcool, il va se retrouver dans des situations où il ne pourra pas réagir promptement, cela va diminuer sa vigilance », avertit le pédiatre.
Toujours du point de vue de l’éducation, Moussiliou Akpa-L’Ara Moustapha n’a pas manqué de notifier comment l’alcool pourrait affecter la relation entre l’éducation qui est donnée à l’école et celle donnée à la maison. A l’en croire, la famille et l’école sont les milieux naturels d’évolution de l’enfant. Ainsi donc, si l’enfant est habitué à prendre l’alcool à la maison et qu’il n’en trouve pas à l’école, il ne sera plus dans son monde à l’école. « Si tout ce qui structure la vie au niveau de l’école est fondamentalement différent de ce qui structure la vie au niveau de la famille, il n’y aura pas d’harmonie. Si l’enseignant enseigne à l’enfant de ne pas consommer de l’alcool et qu’à la maison, c’est son apéritif, ce dernier va se retrouver dans une sorte de cacophonie. Il y aura de l’antagonisme, de la collision, et l’enfant sera perdu. Dans cette perte, il va choisir ce qui lui est plus facile et ce qui est facile, ce n’est pas forcément ce qui est bon pour l’enfant », a-t-il développé.

L’alcool, un probable stimulant pour l’enfant ?

Pour les parents de l’ancienne école, l’alcool serait une sorte de stimulant pour l’enfant. Donner de l’alcool aux enfants, comme l’a notifié plus haut le pédiatre El’Mourchid Bello, serait perçu dans la tradition comme une manière pour les parents d’amener l’enfant à s’habituer à des responsabilités. Ces propos sonnent comme une aberration aux oreilles des personnes ressources rencontrées dans le cadre de cette production. « Quelle est l’étude qui a démontré que donner de l’alcool à un enfant le rend éveillé ? Lorsqu’on n’est pas sûr de ce qu’on veut faire, il ne faut pas hésiter à se faire aider », dira tout simplement Souliatou Abiola. « Aucun enfant n’a besoin d’alcool pour être éveillé. La preuve, c’est une fabrication humaine, ce n’est pas naturel. C’est ce qui est naturel qui favorise notre développement. C’est une erreur que de voir dans l’alcool un moyen de fouetter, de stimuler l’enfant », informe, à son tour, docteur Moustapha.
Face à ses nombreuses réalités, il serait préférable de l’avis de ces personnes avisées, de ne pas donner de l’alcool aux enfants ou à défaut, pas avant tout au moins l’âge de 16 ans. Une alimentation bien équilibrée, bien fournie, est suffisante pour que l’enfant soit en état de veille pour acquérir les connaissances et être réceptif à l’éducation qu’on lui donne, ajouteront-ils. Aussi une communication axée sur le sujet pourrait-elle être utile pour aider les parents à prendre davantage conscience des dangers de l’alcool sur l’enfant.

Estelle DJIGRI

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