Gouvernance, imputabilité et communication

 

Comment pouvons-nous avoir autant de structures qui gouvernent notre éducation et connaître encore ces difficultés et ratés qui obligent l’autorité suprême du pays à intervenir pour expliquer, dialoguer et éclairer ?

Pendant ce temps, des sous-secteurs insistent pour encore présenter des reformes qui laissent perplexes, sinon attisent la colère des acteurs de l’école qui ne comprennent pas ces copies hors sujets qu’on leur présente à un moment où les enfants manquent cruellement de professeurs dans les classes.
En fait, ce que nous appelons gouvernance est la recherche de cohérence entre les différentes structures qui s’occupent de l’éducation. Chacun doit comprendre sa place et l’accepter sinon, on se retrouve dans une grande cacophonie et une quasi fragmentation alors qu’on ne peut que louer l’existence de plusieurs structures qui a priori, ont des rôles définis. Mais, on est obligé de s’interroger sur le souci de cohésion et de réelle compréhension des rôles par-delà les qualités, les positions politiques et personnelles. En réalité, le problème n’est pas propre à ce gouvernement ; il a été toujours présent. Deux problèmes se posent à nous : la cohésion de toutes les structures de gouvernances et celle des ministères en charge de l’éducation.
Le premier élément nous amène à identifier les rôles possibles et nécessaires. Il y a donc des rôles stratégiques et des rôles opérationnels. A cela, peuvent s’ajouter des rôles d’appui. Le rôle stratégique est confié, de nos jours au Bénin, à plusieurs des structures relevant de la Présidence. Le plus connu par les Béninois, c’est le CNE. Mais il en existe au moins deux autres comme l’UPS avec plusieurs démembrements. Le rôle stratégique est le plus essentiel en ce sens qu’il détermine, oriente et construit les principes de l’opérationnel. La tentation est grande pour certains de sortir de ce rôle et cela a toujours existé pour plusieurs raisons : d’aucuns pensent que, relevant de la Présidence de la République ou étant directement installés par l’autorité suprême dont ils ont la confiance, ils doivent intervenir à tout bout de champ dans l’opérationnel qu’ils ne vivent et ne connaissent pas réellement, en y expérimentant des théories de l’éducation sans la nécessaire redevabilité en retour. On impose, on investit et on travestit l’opérationnel, ne lui laissant pas la marge de manœuvre nécessaire pour expliquer et suprême délice, on n’est ni en première ligne, ni redevable de ces suggestions souvent en déphasage avec la réalité du terrain.
Les ministères de l’éducation et leurs démembrements sont les seules structures opérationnelles mais, comme indiqué plus haut, ils sont de plus en plus régentés. Il y a des structures d’appui comme l’agence en charge des constructions scolaires par exemple. Ils ne doivent être que ça et non le contraire : ils planifient au regard des besoins sur le terrain relevés par les ministères.
Pour ce qui est du second problème, c’est celui de la coordination entre les sous-secteurs qui fonctionnent comme des structures compartimentées comme l’avait déjà relevé l’Audit institutionnel, organisationnel et fonctionnel du secteur de l’éducation du Bénin de 2011. Comment les trois ministères de l’éducation peuvent-ils être efficaces alors qu’ils ne se parlent pratiquement pas. Chacun est porteur de ses projets et programmes, de ses reformes et règle ses problèmes ; on ne se préoccupe de l’autre que lorsqu’il y a des activités communes. Aucun mécanisme de concertation, d’appui, de mutualisation d’expériences n’existe.
En ce moment où le MESFTP est sur la brèche, à cause de cette vision économiciste de l’éducation qui soutient les 30 heures et de tout le processus d’aspiranat censé remplacer les vacations, les autres ministères se taisent, voire se terrent laissant le sous-secteur se débrouiller seul.
En réalité, il faudrait un travail d’audit et de restructuration essentiel afin de s’interroger à partir des textes qui régissent ces structures, sur qui fait quoi et quel type de communication doit se mettre en place pour une action concertée des acteurs de l’éducation. Je sais très bien que les gens adorent commanditer des audits avec des cabinets internationaux plus inutiles les uns que les autres, car ne connaissant pas nos réalités. Beaucoup de Béninois sont capables de faire ce travail qui ne demande que l’étude des textes et des enquêtes, sans fioritures, sur le terrain pour demander à chacun de rester à sa place, d’écouter l’autre et ainsi d’aider notre pays, notre gouvernement à promouvoir l’éducation béninoise.
Les chantiers qui nous attendent sont immenses et l’autorité supérieure doit à chaque fois identifier ces institutions qui ne fonctionnent pas ou qui fonctionnent mal, pensant avoir engrangé la science infuse de par leur position. Comme le soulignait l’autre, il y a des amis et des frères qu’on doit nourrir, inviter à sa table parce qu’ils nous sont chers ; il y a d’autres qu’on doit identifier pour travailler car ils savent gérer et promouvoir l’homme de qualité pour des actions de qualité.

Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe

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