Dictée : la mauvaise saison

Aujourd’hui, à l’occasion des «Oscars de dictée» de notre groupe de presse Educ’Action, beaucoup de souvenirs me sont revenus de mon enfance.

Je revois aussi loin que je puisse me souvenir que ce qui préoccupait les différent(e)s maitres et maitresses, c’est la dictée. Vous me direz au CI aussi ? Oui ! À travers la phonétique, la lecture, la grammaire, la conjugaison. Ah oui, c’était le bon vieux temps ! Oui rigolez, petits cerveaux pleins de whatsapp et de joueurs de foot.


Je me souviens encore des noms de plusieurs enseignants du primaire au ‘’par matois’’ plus durs, les uns que les autres. On me dira qu’aujourd’hui les temps ont changé ; on ne doit plus frapper et surtout la dictée n’est plus nécessaire au regard de la pédagogie actuelle. On essaie de la réintroduire avec des enseignants qui, pour la plupart, ne l’ont même pas faite ! Dieu nous assiste !
Vous ne direz quand même pas que je suis un illettré ? Vous me reconnaissez quand même le mérite d’aligner des mots de manière assez harmonieuse puisque vous me faites l’honneur de me lire. Et pourtant !
Par deux ou trois fois, il n’y a pas longtemps, un de mes jeunes collègues dont je reconnais la qualité me répéta que de nos jours, je ne pourrais plus enseigner dans les classes actuelles, moi ancien enseignant à la retraite. Les deux premières fois, cela me fit rire et la troisième fois, je me demandais s’il n’y avait pas un message qu’il fallait décoder. Je compris plus tard en regardant les cahiers, les devoirs, en analysant toutes les choses inutiles qui se sont ajoutées à ce qu’ils appellent nouveaux programmes (cahiers d’activités souvent à moitié vides, documents illisibles, etc.) et qui, en fin de compte, ne laissent pas une seule place à la réactivité de l’enfant. On comptabilise avec tout ceci, ces innombrables répétiteurs pour la plupart incompétents qui ne savent pas de quoi ils parlent. Alors, chaque jour, on tue l’intelligence de nos enfants au nom de principes intéressants (les nouveaux programmes) qui ont été dévoyés dans leur application.
On est alors parti d’un projet d’éducation, efficace, qui devrait mettre l’enfant au centre de l’enseignement pour arriver à une terrible désillusion où les enfants sont à l’école du matin au soir et pourtant n’ayant pas de compétences réelles parce qu’ils n’apprennent pas à se prendre en charge, mais à suivre des cours à satiété et ensuite des TD et enfin des répétitions à la maison. Où se situe l’apprentissage de la réflexion dans tout ça ! Heureusement que des fournisseurs GSM donnent des Mo dans la nuit pour se reposer les méninges et massacrer le français !
Moi, je me souviens de ma dictée pour le CEPE et l’entrée en sixième. Je pourrais vous la réciter par cœur. Elle avait pour titre « La mauvaise saison » et elle commence par cet extrait : « Le mois de janvier battait son plein avec les alternatives de froid intense et de grande chaleur». Oui je vous vois déjà venir. On avait demandé la signification du mot alternative (que vous ne connaissez pas !). Bref, je vous laisse à vos fautes et à votre conscience.
Ce qu’on voudrait signifier à travers l’importance qu’on donne à la dictée, ce n’est pas de devenir juste un esthète de la langue française comme certains gens inutilement formés à la littérature qui ne savent que parler de tout et surtout de rien ; non on voudrait vous dire que toutes les autres matières se font en français et si vous ne comprenez pas et saviez écrire français, vous serez toujours mauvais en mathématiques et donc ne pourriez jamais tenir un raisonnement cohérent. On se refugie dans ce que les autres ont dit ; on ne pense pas ; on est pensé ; on n’agit pas, on est agi ; bref on vit par procuration car on n’est pas un être humain, mais une chose bonne pour la société de consommation.
Parlons de choses plus joyeuses ! En tout cas, retrouvez ma dictée de CEPE et dites-moi le titre de l’auteur. Le Directeur du journal vous enverra une félicitation ! Vive les ‘’Oscars de dictée’’, le label du Groupe Educ’Action.

Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe

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