Mangez-vous ! buvez-vous !

A chaque fois que j’invite mes enfants ou quelques autres personnes de la même génération, je me retrouve dans une situation où je mange avec peu d’appétit !

On me parle de pizza, de chawarma ou de poulet-frites qui constituent le summum des mets raffinés. Je m’exécute parfois avec ennui et déplaisir attendant de sortir de là pour attaquer une pâte de maïs bien chaude avec sauce graine. Oui, je suis d’accord avec vous: pâte et sauce, ça fait ringard ; vieux jeu voire sous développé. Passe encore du maca (comprenez macaroni) ou de l’indomie ! Quelle pitié !
La fois dernière ayant faim, j’invitai une personne avec enthousiasme à nous arrêter pour manger du manioc bouilli qui fumait en même temps qu’on voyait au loin, la vendeuse versant un peu de «zomi» sûrement, dans un plat. On me répondit par un non sec ! Dépité, je continuai ma route et rencontrai un peu plus loin, une dame dont l’étalage faisait briller mes yeux et amener l’eau à la bouche : je freinai brusquement et descendit de la voiture et lança «comme d’habitude».
Je revins avec mon paquet de «gnonmlin» encore appelé «djongoli» et sans même inviter mon encombrant ami qui m’empêchait de manger à ma guise, j’entrepris de savourer le divin mets en conduisant, ayant à la fois trouvé le moyen de l’énerver et de prendre mon plaisir. Evidemment sa réaction ne se fit pas attendre : «Comment peux-tu aimer ces nourritures de pauvres ! Je m’arrêtai au niveau d’une buvette pour apaiser la tension et lui offrit une bière tandis que mes yeux s’attardèrent sur une vendeuse de «tchapalo» que je ne pouvais m’offrir au risque de le fâcher encore.
Mais comment en est-on arrivé là ! Nous avions tellement de belles valeurs culinaires et nous nous retrouvons dans une colonisation alimentaire terrible. Passe encore qu’on ne connaisse pas nos mets, mais qu’on refuse de les manger parce qu’ils sont considérés comme des nourritures du village ou du pauvre !
On se retrouve devant un problème qui, à y regarder, n’est pas seulement la perte des valeurs culturelles, mais aussi une aliénation mentale qui nous enlise dans la voie du sous-développement. Nos scientifiques sont incapables de faire l’inventaire de nos recettes culinaires et nous proposer des plats équilibrés, succulents et sans glutamates à la portée de toutes les bourses. C’est pourtant eux qui connaissent les différentes variétés de riz, de coton et de soja et comment en importer les variétés les plus résistantes à la culture. Et après, on se demande pourquoi Rabelais avait souligné que «Science sans conscience n’est que ruine de l’âme».
Quand vous faites le calcul, vous vous rendez compte que nous pouvions nous référer à notre richesse alimentaire qu’on réduit de manière caricaturale à une grosse pâte et un peu de sauce pour une autonomie alimentaire et donc moins de dépenses. Mais avez-vous mangé la sauce de «doevi» très riche ou de sésame sans compter les différentes sauces de feuilles aux vertus inépuisables ? Et après avoir installé les fast-foods et la mal bouffe dans les pays occidentaux, on nous a faits tout oublier en quelques générations.
Je me souviens de deux (02) choses qui m’interpellent. D’abord, il y a quelques années pour manger du pain, il fallait aller loin vers la boulangerie «Couëron». Ensuite, la première dame qui a commencé à vendre du riz parfumé s’était installé à Godomey dans une parcelle qui était alors très fréquentée. Et en quelques dizaines d’années, la gangrène s’est complètement installée. Nous mangeons mal et surtout cher. Cela coûte énormément aux économies de nos pays qui sont obligés d’importer des choses parfaitement inutiles et nocifs (riz parfumé, pâtes alimentaires, cubes pour sauces, huiles recyclés et surtout pagnes inutiles, etc.)
Pour couronner le tout, nous faisons les poubelles de ces pays occidentaux car à force d’avoir mal mangé, nous avons besoin de véhicules d’occasion, de bric-à-brac hétéroclite fait de meubles et autres ustensiles usagés de cuisine et qui se ramassent gratuitement au bord des rues des capitales occidentales.
La seule chose que le colonisateur ne nous a pas encore pris, et cela va un jour arriver à force d’étaler notre bêtise en gobant tout ce qu’on nous jette, c’est notre soleil qui continue à cacher nos misères matérielles, intellectuelles et morales. Quelle pitié !

Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe

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