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Les jeux, tueurs de liberté !

Je voudrais examiner une notion apparemment anodine et même fortifiante à savoir le jeu. Quand on parle de jeu, la première chose que nous faisons, c’est que nous sourions, nous nous relaxons, car c’est le moment où il s’agit de ne plus travailler mais de se détendre.

Auparavant, on participait au jeu quel qu’il soit entre amis à savoir les cartes, la danse, le foot, etc. Le jeu était donc actif et surtout démonétisé à part les quelques bouteilles de sucreries ou de liqueurs diverses qui agrémentaient ces moments divertissants et surtout déstressants.
De nos jours, le jeu est devenu complètement différent : aujourd’hui, on est joué plutôt, car on subit le jeu; on ne décide plus du jeu, mais on nous l’impose et notre rapport au jeu est complètement différent. Ainsi, le jeu n’est plus un jeu, c’est-à-dire un moment de délassement avec des proches; il est devenu une machine infernale qui nous absorbe et nous abêtit tout en nous appauvrissant. Pire, il peut devenir une drogue qui nous transforme et nous déforme.
La société actuelle est devenue curieuse. Il est reconnu qu’un homme qui travaille a besoin, de temps en temps, de s’arrêter et de participer à tout ce qui l’éloigne du stress et le revitalise. Mais le jeu, de nos jours, a une tout autre fonction qui n’est surtout pas notre plaisir, ni la réalisation de soi.
La vérité, c’est que le jeu a commencé à prendre d’autres dimensions lorsqu’il est devenu complètement marchand. On organise le jeu pour nous et nous consommons cela comme la nourriture et les médicaments. Il ne s’agit plus, pour nous, de participer au jeu mais, de nous étaler dans notre divan ou d’aller se cacher au tréfonds de la chambre pour ne pas être dérangé par les autres pendant que nous jouons. Le jeu devient addictif et nuit à notre travail, à notre environnement. Ainsi, on passe des heures sur des jeux sur internet ou tout jeu proposé à la télé dont on ne se lasse jamais et qui permet de gagner de l’argent.
Le développement des medias a largement participé à cette situation où le jeu ne nous libère plus, ne nous délasse plus, ne nous détend plus : ainsi, lorsque vous regardez un match de football même avec des amis, il ne s’agit plus de savourer un instant de détente, on soutient de manière passionnée, incontrôlée, une équipe qui, si elle perd, vous rend fou et vous amène à des extrémités quasi regrettables : on ne mange pas, on perd des amitiés pour si peu et on est même prêt à poignarder son voisin tandis que les promoteurs lointains engrangent des millions.
On en arrive au fait que le jeu est aujourd’hui l’un des plus grands facteurs d’illusion, de débauche, de manipulation et d’aliénation de l’être humain. On constate que le jeu nous isole et nous affecte physiquement et spirituellement ; il nous détourne de la réalité et nous plonge dans un monde onirique qui nous amène à aduler des joueurs (sportifs, musiciens et autres) peu recommandables qui vivent de drogues, sexe, alcool. En fin de compte, le jeu amène l’homme à un bonheur qui n’existe pas et véhicule des idéologies dévastatrices.
Vous vous demandez pourquoi ma chronique s’intéresse-t-elle autant au jeu? Parce que je vous jure que les jeux sont tueurs de liberté et surtout de solidarité ! Dans notre pays où il ne nous reste que cette solidarité, cette possibilité de nous retrouver les soirs au détour d’une ruelle, dans une vons ou quelque terrain vague, on constate que, autant les petits et les grands passent le temps non pas à jouer quelques-uns de nos jeux du crus comme «agbanhoué» (un jeu découvreur de talents) ou «adji», mais chacun, l’œil vissé au portable attend le début du match entre deux équipes d’un pays inconnu. On connait les hauts faits de ces joueurs et jusqu’à la marque de leurs dessous mais, de plus en plus, on ne se rend plus compte des joies et des peines du voisin du quartier. Et petit à petit, nous nous perdons dans les idéologies lointaines et in fine, nos enfants tentent la traversée des déserts, des mers pour aller échouer sur les plages de l’illusion, sans vie.

Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe

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