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Nous sommes fous !

A un moment où je m’apprêtais à écrire ma chronique, mon cousin d’à coté vint me voir et, comme dans les mauvais romans à l’eau de rose, me raconta l’exploit de son quartier.


S’il y a un organe qui fait peur au Béninois aujourd’hui et qui l’amène à réfléchir non pas deux fois, mais plusieurs fois avant de critiquer le pouvoir d’Etat, c’est cette Cour qui CRIE (T) haut et fort ! Même le nourrisson béninois en sait quelque chose, car lorsqu’on menace sa maman radoteuse et qui se plaint de tout, de ces petits riens qui font que notre vie est dure, le lait tourne dans le sein et a un goût amer ! Alors l’enfant « criète » de peur. En conclusion, il y a des Institutions qui ont du bon, n’en déplaise aux éternels insatisfaits.
En même temps, une situation m’interpelle dans mon quartier : un homme vêtu de haillons, à l’évidence fou, passe chaque jour. Il avait l’habitude à chaque cent mètres de s’asseoir et de quémander une pièce d’argent. Mais depuis un moment, il semble avoir trouvé du tonus. Toujours en haillons, cet énergumène tremblotant et aux pas mal assurés vitupère, invective d’une voix forte le gouvernement en place, ne s’arrêtant presque plus pour quémander. La première fois, je suis sorti de la maison pour voir qui osait troubler la quiétude de notre paisible quartier acquis aux idéaux du puissant instrument d’Etat ; je le vis et décidais de ne plus lui donner de l’argent. Comment un être aussi misérable pouvait avoir un gosier aussi puissant ? On m’avait dit que la faim rendait gémissant et impuissant ! Quel miracle se cachait dans cet homme qui n’avait apparemment rien à avoir avec nous ! Etions-nous dans le même quartier ? Personne ne pouvait dire d’où il venait. Ses habits et lui suaient la misère et nous étions bien vêtus et nous étions lavés et nous mangions je suppose, au moins une fois par jour plus que lui.
Nous, sages du quartier, nous réunîmes pour savoir la position à adopter. Un savant parmi nous éplucha les textes de la juste juridiction installée par le Gouvernement pour savoir si on pouvait le dénoncer. Les arguments ne manquaient pas, dit-il : trouble à l’ordre public, pollution de l’environnement, critiques injustifiées du Gouvernement. On alla même chercher s’il n’avait pas occupé un poste juteux sous l’ancien régime. On le suivi pendant plusieurs jours pour se rendre à l’évidence qu’il dormait où ses pas l’amenaient. Un problème se posait à nous : l’apparence de l’homme ne plaidait pas pour une dénonciation, car comment aller présenter un homme apparemment aliéné mental habillé de guenilles à une haute juridiction. N’est-ce pas partager sa folie !
Un autre, d’entre-nous, eut à faire remarquer que pourtant, son raisonnement était cohérent et qu’il disait d’ailleurs des choses qui n’étaient peut-être pas dénuées de fondement. Une vertueuse indignation s’éleva du groupe, car qui pouvait approuver les paroles d’un fou qui se plaignait de la misère du peuple, des programmes qui n’aboutissent jamais.
Un des plus sages parmi nous sauta sur les pieds et nous fit la démonstration suivante : Comment un fou peut-il avoir raison ? Quiconque ose croire à une de ses paroles, est assurément fou aussi. Et comme nous sommes bien portants, il fallait choisir son camp. L’équation est simple : qui critique est comme ce fou et est donc fou et qui accepte et applaudit est bien portant ! Cette démonstration a été longuement ovationnée, mais notre problème demeurait entier : comment nous débarrasser d’un être qui posait problème dans le quartier et qui risquait d’attirer l’attention sur nous ?
Enfin quelqu’un eut l’idée la plus lumineuse : c’est sûrement un opposant qui le manipule et si nous trouvons l’opposant, c’est que sûrement nous résolvons le problème. Ainsi, aussitôt dit, aussitôt fait : qui n’avait pas daigné participer à nos réunions ? Le vieux X ! Mais il a près de 90 ans et ne sort plus souvent. Mais, il a des enfants riches et la plus belle maison du quartier. C’est surement lui ! Le cousin du délégué du quartier, Président de l’association des joueurs de dames, qui apparemment n’avait aucun autre métier à part jouer aux dames, assura que le fou trainait toujours en arrivant devant la maison de X.
L’affaire fut rapidement bouclée et une belle lettre qui nous dédouanait et faisait en même temps le procès de notre voisin, pris le chemin de Porto-Novo.

Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe

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