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Le doctorat pour les honorables

Je voudrais pouvoir me pencher sur une thématique à la fois simple et complexe : comment des gens aussi riches que nous africains sommes à la traine ?

D’aucuns diront que c’est un long débat qui a besoin de plusieurs spécialistes, notamment des économistes et autres grands pontes du développement et surtout pas d’un philosophe rêveur...
Avant de continuer, permettez-moi de m’indigner contre certains murmures, voire grincements parce que des personnes intelligentes de l’Assemblée ont décidé de faire leur doctorat. D’abord, il n’y a aucun précédant là. Au Nigéria à coté, c’est une habitude remarquable de telle façon que les « grands » sont souvent « Chief, Doctor X ou Y ». Dans l’autre pays d’à coté, à l’ouest, qui partage notre frontière, le père, ancien Président de la République, avait un doctorat en sciences politiques sans oublier ses multiples doctorats honoris causa. Ce qui gène ici les opposants, c’est la richesse de l’homme car, comment être contre un homme dont le front brillant vole (comme un oiseau s’entend) vers le savoir... Et pourtant, on ne récrimine pas contre certains autres de l’Assemblée qui ont des diplômes d’ingénieurs de ponts et chaussées (car conduisant des trains à gauche et à droite au son de «pin pan») ou d’hydraulique villageoise (PPEA II). Ne soyez pas jaloux car nous sommes riches aussi et c’est de cette richesse dont je voulais vous entretenir.
Je propose que tous nos honorables aient un doctorat; cela aura l’avantage de les rendre plus intelligents et nous savons tous que la plus grande maladie au monde n’est ni le sida, ni le cancer, mais l’ignorance et la pauvreté. Nos honorables seront docteurs et donc riches CQFD !
Nous ferons ce débat plus tard, car ce qui nous intéresse ici, c’est de poser cette équation difficile à résoudre pour l’instant : pourquoi des gens comme nous africains si riches, sommes nous en définitive pauvres !
Et pourtant, nos richesses sont plurielles : richesses matérielles de nos sous-sols, de nos sols et de la nature alentour; richesse émotionnelle et culturelle de sociétés solidaires ; richesse d’avoir conforté à travers l’Occident notre spiritualité en reconnaissant l’existence de Dieu tout puissant ! Et pourtant, examinons notre situation !
Vous prenez un pays comme le Bénin sinon Cotonou, imaginez que tout le milieu commercial de la ville ne nous appartient plus, acheté par des étrangers ; nos sous-sols et sols sont pillés : vous vous souvenez de ce bout de pétrole que nous avions eu ? J’ai connu des gens qui ont travaillé là ! Le Ministre a un jour brandi une fiole, nous montrant l’extrait de ce précieux liquide... et un jour froidement, nos propres frères qui nous dirigent et qui n’ont jamais budgétisé ce processus nous ont dit : il n’y a jamais eu de pétrole au Bénin.
Ceci n’est rien du tout : plusieurs pays autour de nous ont l’uranium, le pétrole et d’autres richesses. Ils ont quelques nationaux riches, mais riches de CFA et pendant ce temps, ces soi-disant démocraties sont tenues en respect par les différents terrorismes et autres violences sociales fomentés par un impérialisme forcené. Qui a vendu ces richesses ! Nos propres frères qui en ont tué parmi nous et n’ont que du mépris pour le reste alors que leur sort se réduit à celui d’un prisonnier de luxe qui vit dans la peur de son maître et toutes les bassesses auxquelles il consent chaque jour pour exister.
Notre culture faite notamment de solidarité, a été déstructurée : les traditions existent mais répondent au pouvoir et aux piécettes du plus fort. Le Fâ est devenu maintenant favorable aux dirigeants tandis que chez les Guins, le culte annuel se termine toujours avec une pierre blanche symbole de paix...
Et pour couronner tout cela, on nous a amené le tandem le plus formidable et qui a œuvré au-delà des espérances du colon à savoir la religion et Dieu. Au milieu d’eux, ils ont mis le diable, les démons, les peurs, les doutes, les angoisses qui nous amènent à prier sans cesse jusqu’à oublier notre voisin, notre prochain, le monde et donc notre bonheur.
Je n’ai même pas encore commencé à répondre à la question puisque je n’ai pas encore fini de la poser. Elle se résume encore à celle-ci : pourquoi des hommes aussi riches que nous cultivent non pas la pauvreté et l’ignorance, mais la résignation ?

Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe

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