Choisir son camp

Nous sommes aujourd’hui dans une situation qui me chagrine et que je ne cesse de dénoncer en tant qu’éducateur. Je l’avais évoqué dans une des chroniques en soulignant que, de nos jours, l’actualité me pose un problème et que particulièrement paresseux, je me contentais de lire trois journaux : ‘‘La Nation’’, ‘‘le Matinal’’ et ‘‘la Nouvelle Tribune’’.

Le premier, organe par excellence de l’Etat avait quand même le mérite de chercher à présenter une information en tant que fait et, une activité en tant qu’ayant été réalisée et paradoxalement, semblait s’en arrêter là. Le second journal avait ce talent rare de pencher la balance dans le camp de ce que les politiciens appellent la mouvance et, le troisième portait la voix dite de l’opposition.
C’est comme si le journal, la Nation posait le sujet, le Matinal l’imposait comme la vérité par excellence et la Nouvelle Tribune le déposait comme inutile, peu convaincant. Il fallait que moi, à travers la clarification de la Nation, la thèse du Matinal et l’antithèse de la Nouvelle Tribune, je fasse une synthèse et trouvait mon opinion.
Je donne un exemple à savoir une réunion du Conseil des Ministres. La Nation va titrer : le Conseil des Ministres s’est réuni et a procédé à plusieurs nominations. Le Matinal dira : le Conseil des Ministres a nommé des cadres de qualité qui vont bientôt rendre effectif les projets du Gouvernement alors que le troisième journal va souligner que : on a nommé quelques politiciens et laudateurs du pouvoir juste pour les remercier.
Avez-vous compris ce qui me chagrine et qui devrait nous interpeller ? Rendez vous compte de ce que je voudrais souligner et qui est essentiel aujourd’hui c’est-à-dire la nécessité d’avoir la possibilité de se référer au fait afin que chacun de nous fonde son opinion voire choisisse son camp. L’idée que je voudrais développer et qui fonde toute pensée, c’est qu’il faudrait que nous sachions partir des faits. C’est la condition sine qua non pour apprendre à penser.
Par delà, les thèses, les partis pris, il faut appendre à chaque enfant à identifier le fait qu’on appelle encore réalité ou constat qui se distingue de la vérité en ce sens que cette dernière est l’appréciation ou le jugement par rapport au fait, à la réalité.
Prenons encore d’autres exemples: lorsque je dis la table ou la chaise (objet concret appréhendé par les sens que sont le gout, le toucher etc.), c’est une réalité mais pas une vérité de même que lorsque j’évoque la liberté, la justice (objet abstrait appréhendé par la raison). Il y a vérité ou non lorsque je dis : la chaise de Kocou (faux si c’est à Kodjo) ou Kocou est libre parce qu’il n’est pas en prison.
Dans le cas de l’exemple des journaux, seul, stricto sensu la nation expose un fait ou une réalité pendant que les deux autres font intervenir ce qu’on appelle des opinions (l’opinion, pouvant être une vérité parmi d’autres). Ainsi, le Matinal avance l’opinion selon laquelle les personnes nommées vont résoudre les problèmes du pays tandis que la Nouvelle Tribune se fondant sur la qualité de partisans des personnes nommées présuppose qu’ils ne seront pas efficaces. Dans l’un ou dans l’autre cas, rien ne prouve que les personnes nommées vont ipso facto résoudre tous les problèmes en même temps que rien ne fonde le fait que leur appartenance politique les disqualifie.
Il est vrai que rien ne nous empêche de pencher vers l’une ou l’autre des opinions selon notre sensibilité. En outre, dans la société, il n’est pas toujours facile de démêler les faits de leur interprétation. Malgré tout, il nous appartient de donner ces bases à nos enfants afin qu’ils évitent les manipulations qui sont sous-jacentes aux opinions et surtout qu’ils apprennent à identifier les faits et partant à apprendre à penser et à forger librement leur opinion.
De grands spécialistes vous diront que le choix de l’actualité et des faits présentés est déjà une manipulation des faits et dans l’exemple cité, la Nation, organe de l’Etat en présentant une information plutôt qu’une autre, oriente l’opinion...
En conclusion, tout ceci est complexe et notre rôle, c’est comment former l’opinion de nos enfants et de tous ceux qui en ont besoin en partant de la base afin que, quelle que soit la sensibilité sociale, politique, chacun puise choisir en connaissance de cause.

Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe

Developed in conjunction with Joomla extensions.

Vidéos

Developed in conjunction with Joomla extensions.