Chef ou leader : il faut choisir - Journal Educ'Action

Chef ou leader : il faut choisir

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Comme le soulignait la dernière fois un jeune ami et aîné du haut de ses soixante-dix ans, on ne finit jamais d’apprendre, sauf lorsque la mort vous fauche, tellement la vie nous réserve des lendemains inédits avec des expériences sans cesse renouvelées et des évidences qui ne nous apparaissent qu’au moment où on pensait tout savoir. Certains, au lieu de suivre le fil de mon idée, vont s’attarder sur cette verdeur que j’attribue à un homme de soixante-dix printemps ! Il aurait fallu le voir pour le croire, mais mon propos principal est ailleurs.
Ces derniers temps, le gouvernement me donne presque raison et met en place une institution en charge de la promotion de l’ETFP à travers l’ADET (Agence de Développement de l’Enseignement Technique). Je me surprends alors, au détour d’une leçon de choses, donnée par un personnage admirable, à comprendre enfin la différence entre le chef et le leader. En fait, je connaissais la théorie ; j’ai entrevu, de près (mes années dans l’administration) ou de loin la pratique (Mandela ou Gandhi), mais j’ai cette fois-ci participé en direct grâce à ce grand monsieur du Baccalauréat (le Bac), dont l’art de coordonner, de désamorcer les bombes de toutes les tailles pour la réussite de cet examen national, me laisse toujours pantois.
Examinons la théorie du chef et du leader. Je m’intéresse ici à tous les domaines, notamment le domaine socio administratif. Ce n’est pas nécessairement le leader politique décrit à la manière de Machiavel ou symbolisé par Ataturk (le fondateur de la Turquie moderne) qui m’interpelle, à savoir ceux qui construisent par-delà tout, poursuivant un but ; pillant et tuant pour ce but. Je suis plutôt convaincu que le rôle du leader, c’est de sauver tout le monde sinon la majorité en insistant sur un élément essentiel : non pas le bien commun, mais le bien de tous !
Au détour d’une tension, somme toute ridicule, entre quelques chefs et sous chefs pour quelque intérêt, le grand homme du BAC intervint. Il feignit de ne pas comprendre qu’il y avait de la tension et résolut le problème à la satisfaction générale sans coup férir. Il continua en donnant à chacun et à tous beaucoup d’attention. Quand il est parti, le premier et le dernier de la chaîne de commandement se sentent investis de la même mission : « je suis important et je dois concourir à la réussite de l’examen ».
C’est avec cet art de diriger par l’expérience et l’intuition que le vrai leader se démarque du chef, fût-il charismatique, obsédé par la réussite commune, mais au détriment de la réussite individuelle. Car rien ne compte plus que la personne dans la société. De nos jours, une certaine mondialisation consiste à nous uniformiser pour mieux nous manipuler. On cherche à gommer les identités au profit de masses friandes de média, de divertissements de toutes sortes, de sécurité et de conforts illusoires.
L’essentiel, à mes yeux, est une éducation qui donne des leaders soucieux d’entreprendre et prêts à donner de leurs personnes au niveau où on les met. Ce qui nous met au défi de proposer une éducation du caractère. Entendons par là l’éducation morale qui est la somme de ce que nous transmettent les parents et la famille. C’est cet aspect de l’éducation qui disparaît compte tenu d’un mode de vie de nos sociétés africaines déstructuré par les éclatements divers entre les lieux de travail, de scolarisation et d’habitation. Les parents n’ont plus le temps d’éduquer ; ils privilégient, malgré eux, la recherche effrénée et aléatoire du nécessaire (le pain) et du superflu (la télé et le portable).
Comment former alors des leaders si on ne peut forger le caractère ? On risque de se retrouver devant des singes savants bardés de diplômes dont ils ne savent que faire. En désespoir de cause, ils confient l’utilisation à un quidam politicien qui en jouit sans inhibition aucune, s’en servant souvent plus pour les causes illégitimes.
La question essentielle, au moment où nous sommes à la croisée des chemins pour la promotion de l’éducation béninoise, est de savoir comment trouver un de ces oiseaux rares pour guider la nouvelle institution de promotion de l’enseignement technique et professionnelle. Il s’agira ici de comprendre, d’entreprendre et de coordonner avec et par-delà beaucoup d’acteurs : chef soucieux des ordres ou leader éclairé et ambitieux ? Il faut choisir !

Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe

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