Charles Maximin Codjia à propos de l’enseignement des langues nationales aux enfants déscolarisés et non scolarisés: « Nous pouvons faire des cours de géométrie en langues nationales » - Journal Educ'Action

Charles Maximin Codjia à propos de l’enseignement des langues nationales aux enfants déscolarisés et non scolarisés: « Nous pouvons faire des cours de géométrie en langues nationales »

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L’Etat béninois s’investit dans l’enseignement et la promotion des langues nationales depuis des années. Si au niveau du système éducatif formel, le projet Ecole et Langues Nationales (ELAN) est en cours d’actualisation pour sa relance, les résultats existent pour ce qui concerne l’alphabétisation des enfants non scolarisés et déscolarisés. Pour ces derniers, l’apprentissage en langues nationales est une réalité. En effet, la Direction de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales (DAPLN), sous tutelle du Ministère des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle, a initié de nombreuses actions dans ce sens et compte impacter davantage cette frange de la population. Charles Maximin Codjia, directeur de cette structure, renseigne des acquis et des défis qu’il reste à relever pour une bonne valorisation des langues nationales au Bénin. Interview !

Educ’Action : Quel est, aujourd’hui, l’état des lieux du secteur de l’alphabétisation au Bénin ?

Charles Maximin Codjia : Avant de répondre à votre question, je vais d’abord définir ce qu’on appelle, une personne analphabète.
Une personne analphabète est une personne qui ne sait ni lire, ni écrire dans une langue. On peut dire aussi que toute personne qui ne sait lire que des chiffres, son nom ou une expression courante et apprise par cœur, est considérée aussi comme analphabète. Au Bénin, après le recensement de la population, le RGPH4, nous nous sommes rendus compte qu’aujourd’hui, nous avons 61,02% de personnes n’ayant jamais mis les pieds dans une école. La Direction de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales a pour mission justement, de donner une chance à ceux-là pour qu’ils soient capables de maîtriser la connaissance soit en langue française, soit en langues nationales. Mais, la priorité est accordée aux langues nationales parce que l’école primaire est obligatoire selon la Constitution. Dans ces conditions, on considère que de 0 à 15 ans tout au moins, l’enfant est allé à l’école. Mais force est de constater qu’il y a beaucoup de déscolarisés. Il y a beaucoup de personnes dans notre système éducatif, autant des femmes que des hommes, qui, malgré cette obligation, malgré ce grand nombre d’écoles primaires que nous avons, ne mettent pas les pieds dans ces écoles. Bien que ce soit gratuit, bien que l’Etat aujourd’hui ait réussi à donner un repas chaud par enfant, force est de constater que ces personnes n’ont jamais mis les pieds à l’école. Ce sont surtout les jeunes, les artisans. Donc, nous avons pour rôle de nous occuper de ceux-là afin qu’ils aient une chance de maitriser la connaissance dans leurs langues et d’être outillés pour atteindre une certaine autonomie.

Qu’à fait réellement la DAPLN en matière de promotion des langues nationales ?

La DAPLN a mis en place des outils qui lui permettent de donner des enseignements à cette frange de la population. Ces outils nous permettent d’enseigner dans plusieurs matières. Nous avons quatre champs d’enseignement. Il y a l’Education sociale, l’Education Citoyenne, l’Histoire et la Géographie, la Dynamique Sociale, l’Education à l’Environnement : c’est le premier champ. Le deuxième champ est le champ des Mathématiques et de la Gestion. Le troisième champ est celui de l’Education Scientifique et Technologique (EST). Et enfin le quatrième champ, est celui des langues. A travers la langue, nous donnons les enseignements rudimentaires qui permettent aux jeunes artisans, hommes comme femmes, d’accéder à une certaine autonomie. Ce n’est pas la direction qui va sur le terrain pour donner les enseignements. Mais il y a ce qu’on appelle la stratégie du faire-faire. Il est démontrer que si nous-mêmes, nous allons sur le terrain directement, ce n’est pas évident que nous ayons accès à ces populations. Donc nous travaillons avec des ONG recrutées par le Fond d’Aide à l’Alphabétisation. Il y a deux structures qui s’occupent des questions de l’alphabétisation au Bénin. Il y a le Fond d’Aide à l’Alphabétisation qui est comme la banque qui finance l’alphabétisation et la Direction de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales. Le Fond a pour mission de capter les fonds. Le capital réuni lui permet de recruter des opérateurs privés en alphabétisation qu’il met à notre disposition. Ensuite, la DAPLN donne les outils pédagogiques qui permettent d’aller sur le terrain et d’enseigner. Aujourd’hui nous sommes dans une quarantaine de communes, mais notre ambition, c’est d’aller dans les soixante dix-sept (77) communes d’ici à l’année prochaine.

Au total, combien de centres existe t-il ?

Nous avons aujourd’hui un partenaire important. Il s’agit de la Coopération Suisse qui a ouvert entre quatre cents (400) et six cents (600) centres dans le Borgou-Alibori. Et de l’autre coté, nous-mêmes, nous avons cent soixante (160) centres à peu près dans le reste des départements. C’est cet ensemble qui nous permet d’avoir ce que nous avons comme personnes à alphabétiser. Le cycle dure deux (02) ans. Au terme du cycle qui est fini l’année dernière, nous avons eu à peu près treize mille (13000) personnes qui ont été déclarées alphabétisées. Mais le nombre de personnes impactées dépasse ceux qui sont déclarées alphabétisées. Parce que quelqu’un qui a fait les deux (02) ans et qui a fait l’examen est déclaré alphabétisé. Mais celui qui a fait un (01) an ou la moitié, est une personne impactée et à ce niveau, nous sommes à plus de quarante mille (40000) personnes impactées.

Que comprendre du travail effectué en amont par les ONG que vous recrutez ?

Le processus est un peu délicat. Voici ce qui se passe. Lorsque nous voulons ouvrir une campagne, il y a ce qu’on appelle la sensibilisation. Elle est faite par la DAPLN, les communes et les ONG. Après la sensibilisation, on procède à l’ouverture des centres. Mais avant d’ouvrir les centres, on recrute l’opérateur privé en alphabétisation. Nous formons ensuite, ensemble avec la Direction de l’Inspection Pédagogique, de l’Innovation et de la Qualité (DIPIQ), ceux qui doivent enseigner dans les centres. Lorsqu’on leur donne les outils pédagogiques, les ONG se chargent de les rendre opérationnel. Puis, la DAPLN fait un suivi. Chaque année, nous devons descendre trois (03) fois sur le terrain. Maintenant, chaque année scolaire compte trois cents (300) heures de cours. Et les artisans, viennent une ou deux fois maximum par semaine pour des cours du matin qui durent quatre (04) heures maximum. Ce qui préoccupe l’Etat béninois c’est aussi que la langue soit au service du développement économique. Et pour cela, elle doit apporter une plus-value à ceux qui font cet apprentissage. D’où l’option du pays de lier l’alphabétisation à la formation professionnelle. Cela fait que dans les Centres de Formation Professionnelle et d’Artisanat (CFPA) désormais, il est retenu que les enseignements soient donnés aussi en langues nationales. Dans ce cadre, nous avons déjà traduit dans cinq (05) langues, à titre expérimental, un module de formation en électricité.

Dans quelles langues enseignez-vous aux bénéficiaires ?

Je peux vous dire que nous avons douze (12) langues. Nous avons le fongbé, le báátonu, le yoruba, le warma, le ditamari, le dendi, le adjagbé, le yom, le fulfuldé, le saxwè, le gingbé, le maténi. Mais avec le projet PAGEDA, il faut reconnaitre qu’en dehors de ces langues, il y a eu quand même le ditamari et le bo qui ont été ajoutés. Aujourd’hui, nous pouvons faire des cours de géométrie en langues nationales.

A l’heure actuelle, quels sont les défis de la DAPLN ?

Le défi majeur, c’est l’extension de l’alphabétisation dans toutes les communes. L’autre défi, c’est aussi tout faire pour que l’alphabétisation liée à la formation professionnelle soit une réalité. C’est un projet porteur pour notre pays et c’est un champ qui nous intéresse.

Que dire pour conclure cet entretien ?

Je souhaite que dans le domaine de l’alphabétisation, on ait plus de moyens afin d’impacter plus de gens. Il serait bien que cette expérience se poursuive pour le bénéfice de la nation. Tout enfant qu’on enseigne est un adulte que l’on gagne.

Propos recueillis par Gloria Adjivessode

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