A cœur ouvert avec Maxime da Cruz, recteur de l’UAC : « Il faut améliorer les conditions de formation de nos étudiants »

 

En cette période jubilaire de son cinquantième anniversaire, l’Université d’Abomey-Calavi, à travers son premier responsable, jette un regard sur le chemin parcouru en cinquante années d’existence, tout en ayant un ancrage dans le présent avec des projections vers le futur.

Dans cet entretien accordé à Educ’Action, le professeur Maxime da Cruz, recteur de la première et plus grande université du Bénin, l’Université d’Abomey-Calavi, fait une plongée dans l’historique de ce lieu du savoir tout en mettant l’accent sur les perspectives. Lisez plutôt !

Educ’Action : Que peut-on retenir de l’histoire de l’Université d’Abomey-Calavi ?

Maxime da-Cruz : L’Université d’Abomey-Calavi, parce que c’est comme cela que ça s’appelle aujourd’hui, célèbre ses 50 ans. En réalité, ce sont les 50 ans de l’Université béninoise, puisque le 06 novembre 1970, la première pierre a été posée. Pour la petite histoire, nous étions dans ce qu’on appelait l’Afrique occidentale française. A l’époque, les étudiants du Dahomey étaient partagés dans plusieurs pays. Suite au renversement de pouvoir du premier président du Ghana, Kwame N’Krumah, un panafricaniste comme on n’en voit plus malheureusement, les étudiants dahoméens ont protesté dans les pays où ils étaient. Ce qui a mis mal à l’aise les gouvernements de ces pays qui les ont expulsés. Il y a eu aussi des expulsions après les événements de mai 1968 en France où une frange de la jeunesse contestait carrément le système en place. Cette crise a eu comme conséquence, le rapatriement des Béninois. Donc, ces situations de crises ont convaincu les Dahoméens de l’époque, notamment à travers l’Union Générale des Elèves et Etudiants du Dahomey (UGEED) d’exiger des autorités de notre pays, l’érection d’une université. C’était une révolution, un changement de paramètre de mettre en place une institution universitaire. C’est ainsi que la première pierre a été posée le 06 novembre 1970. Au début, nous avions deux sections. Une section de Lettres, Langues et Sciences humaines à Lomé et une section Sciences à Porto-Novo. En termes de faits majeurs ayant marqué son existence, l’Université de Dahomey devenue Université d’Abomey-Calavi (UAC) aujourd’hui a été créée en 1970 avec comme premier recteur, le professeur émérite Edouard Adjanohoun. Ce professeur a été remplacé en 1975. Durant cette année de 1975, le pays est devenu la République Populaire du Bénin. C’est cela qui a entraîné le premier changement de nom et ensuite en 2001 évidemment, il y a eu la création de l’Université de Parakou qui a entrainé un autre changement, d’où l’UAC aujourd’hui. Mais l’autre fait majeur, c’est la rupture de la répartition systématique des étudiants dans les administrations en 1986. En tant qu’étudiant en son temps, le travail nous attendait à la fin de notre formation. Donc, on peut estimer que cette rupture est l’un des moments déterminants. Ce moment de 1986 concerne l’université parce que c’est elle qui forme les diplômés, mais il concerne aussi l’ensemble du pays parce qu’un monde s’effondrait autour de nous. En termes de souvenir aussi, Abomey-Calavi a gagné le prix de commune verte grâce au jardin botanique. C’est une mine d’or et il faut encourager les Béninois à venir découvrir davantage le jardin Botanique.

Après 50 ans d’existence, quelle est la réponse de l’UAC à l’épineuse question de la pertinence des formations délivrées dans ses murs ?


Une offre n’est pas quelque chose de statique, une offre est dynamique. Cela veut dire que dans un contexte normal, si on met en place une offre de formation, il faut l’évaluer selon une certaine périodicité pour voir si les objectifs de départ sont atteints. Il ne faut pas exclure qu’une offre de formation qui ne répond plus aux besoins de développement soit supprimée. Donc, ce travail se fait dans nos entités et lorsque nous avons présenté le rapport de gestion, nous avons donné des statistiques par rapport au nombre d’offres de formation qui ont fait l’objet d’actualisation et si le besoin se fait sentir, d’autres doivent être supprimées. Il y a des formations qui ne garantissent pas l’insertion professionnelle. Donc, il faut qu’en tant que société, qu’en tant qu’institution universitaire, on se prononce là-dessus. L’université doit être davantage dans une logique d’anticipation. On peut se dire qu’on doit répondre aux nouveaux besoins qui sont exprimés mais la réponse à ces besoins ne peut plus se faire intra-muros par l’université. Heureusement, l’université s’ouvre déjà au monde professionnel. Beaucoup de professionnels du monde de l’entreprise, du secteur privé interviennent dans nos formations et ils sont associés même à l’élaboration des offres, ce qui était inimaginable au début de la création de l’université. L’autre aspect qu’il faut intégrer, c’est qu’il faut s’inscrire dans une démarche prospective. Observer le fonctionnement de la société, de notre monde pour anticiper. Si on attend que le métier se crée avant d’initier une offre, des besoins ne seront pas satisfaits. Dans notre environnement aujourd’hui, il y a eu des progrès. Cela veut dire qu’il y a ce souci de formaliser davantage les lieux de formation et de permettre aux gens de jouir d’une formation de qualité. Le développement vers lequel il faut aller, doit tenir compte des réalités du monde d’aujourd’hui et à l’UAC, nous avons dépassé 100.000 étudiants alors que selon les standards, c’est 20.000 étudiants. C’est énorme, ce n’est pas vivable. Mais en même temps, il faut réfléchir aux opportunités qu’il faut offrir à ce grand nombre. Il faut de plus en plus nous préparer à accompagner les formations aux métiers. Donc, pour dégrossir ce mammouth de 100.000 étudiants, il faut offrir des possibilités de choix alternatifs aux bacheliers, leur faire comprendre que l’université est saturée en termes de capacité à héberger. L’université a fait son chemin, elle est dans le processus d’actualisation de ses offres de formations pour tenir compte davantage des besoins du marché mais ce travail doit être renforcé parce que tant qu’on a des plaintes sur ce que nous faisons, nous devrons corriger le tir et, en tant qu’institution universitaire, nous sommes obligés de passer par là.

Que dire de l’avenir de l’UAC à court, moyen et long terme ?

Pour l’UAC, évidemment, il faut continuer par améliorer les conditions de formation de nos étudiants. Il faut les préparer à mieux faire face aux défis du monde professionnel, mais il faut aussi les préparer à être des créateurs d’entreprises. Il faut les préparer à plus d’autonomie en nous rappelant quelque chose d’essentiel à l’université. Quand on vient à l’université, le prétexte, c’est d’aller chercher un diplôme. Mais au-delà du diplôme, l’université doit donner les moyens d’affronter les problèmes de la vie. L’étudiant doit faire travailler sa capacité d’adaptation, d’innovation. Au niveau de l’UAC, il y a encore des efforts à faire en termes d’identification des bâtiments, il faut aussi voir les progrès en termes d’amphithéâtres. Il faut que le cadre de vie soit plus adapté aux besoins des usagers, il faut que cet environnement soit véritablement au service du vivre ensemble. Donc, ce travail se fait et il faut rendre justice en disant que les résultats auxquels nous sommes parvenus sont le fruit du travail de tout le monde.

Comment avez-vous alors impacté la gouvernance de l’UAC au cours de votre mandat ?

L’université s’est dotée d’un plan stratégique de développement depuis mes prédécesseurs. Nous avons travaillé à son actualisation pour y intégrer les besoins. Ce n’est pas une question de mandat ou d’équipe rectorale, cela engage l’institution. Donc, chacun apporte sa pierre à l’édifice. Beaucoup de choses ont été faites, il faut le reconnaître et tant qu’il y a des défis à relever, il faut continuer de se ceindre les reins pour aller de l’avant.

Propos recueillis par Estelle DJIGRI

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