Stéfano Amekoudi, directeur du Campus Numérique Francophone : « Nous souhaitons développer au sein du Campus Numérique de nouveaux types de services... »

 

La pandémie du Coronavirus a montré l’importance pour tous les systèmes éducatifs, de migrer vers le numérique pour assurer la continuité des activités pédagogiques.

Dans cet entretien exclusif avec Educ’Action, Stéfano Amekoudi, directeur du Campus Numérique Francophone de Cotonou et représentant de l’Agence Universitaire de la Francophonie au Bénin, fait le point des actions menées par son institution et les défis du numérique éducatif avec ses implications pour la transformation du CNF de Cotonou.

Educ’Action : Que faut-il comprendre par Campus Numérique Francophone de Cotonou (CNFC)

Stéfano Amekoudi : Le CNFC est installé au sein d’une Agence plus grande qui est l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF). L’AUF a une double casquette. Une casquette d’opérateur de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) pour l’Enseignement Supérieur. La casquette qui nous définit le plus et nous valorise le mieux est celle d’association d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Aujourd’hui, il y a 990 membres et nous existons sur l’ensemble des continents. En deux mots, l’Agence permet aux universités les plus nanties de venir en solidarité et en coopération aux universités les moins développées pour accélérer leur développement et parallèlement, mobilise l’ensemble de l’expertise de ce réseau de 990 universités pour essayer de répondre aux besoins et de résoudre les problèmes de la société que nous connaissons. C’est une agence de conseil et d’expertise, c’est une agence de coopération internationale et de solidarité interuniversitaire. Pour bien mener son action, elle a mis en place des structures décentralisées qui sont des implantations à part entière qu’on appelle antennes, campus numériques ou encore des directions régionales. Nous avons un Campus Numérique Francophone (CNF) au Bénin depuis 1995. Le CNF est une implantation de l’AUF qui déploie l’ensemble des projets et programmes de l’Agence pour accompagner le système éducatif et notamment l’enseignement supérieur et la recherche. C’est également un espace d’apprentissage et de pratique des technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement et la recherche.

Pourquoi la mutation du CNFC au CNEUF ?

Les campus numériques étaient juste des plateaux technologiques, des centres de ressources numériques au sein des universités pour accompagner trois axes : l’accès à l’information scientifique et technique, la production des savoirs et des compétences, la formation aux savoirs et aux compétences. Ces trois axes sont les socles communs des services et des activités. A l’Assemblée générale, les universités ont identifié de nouveaux défis dans les universités qui ont abouti à la programmation 2017-2021 autour de trois axes : l’appui à la gouvernance, à la qualité de la formation et la recherche, l’amélioration de l’employabilité par l’insertion professionnelle ou l’entrepreneuriat et le rôle des universités comme acteurs de développement. Il était donc normal que les campus numériques changent de posture pour mieux accompagner les institutions d’enseignement supérieur, de formation et de recherche autour de ces défis. C’est dans ce sens que les campus numériques ont ajouté à ce socle commun un certain nombre de services pour développer leurs interventions à travers des partenariats et à l’innovation, en créant des espaces plus ouverts qui intègrent non seulement la communauté universitaire mais aussi la communauté économique qui gravite autour des pôles de formation que sont les universités.

En termes de bilan sommaire, quelles sont vos réalisations à la tête du campus numérique francophone de Cotonou ?

Ce que nous avons réussi à faire, c’est de redonner à la communauté universitaire la confiance en cet outil qu’est l’AUF. Dans le cadre des projets de recherche partenariale, sur les 12 projets que nous accompagnons, 05 sont de l’UAC pour un peu plus de 53 millions pour la recherche-action et la recherche-développement. C’est une initiative qui associe les opérateurs économiques et les universités. Depuis l’année dernière, nous accompagnons un projet sur l’employabilité à l’université de Parakou pour environ 13 millions de Francs CFA. C’est un projet qui bénéficie à l’ensemble de la commune par le regroupement des femmes et des jeunes. Sur l’axe appui à la gouvernance, à la qualité dans la formation et la recherche, nous pouvons citer un programme qui vise la structuration et la restructuration des formations doctorales à l’UAC. Sur l’aspect rayonnement de l’université, nous avons le concours de vulgarisation scientifique et de valorisation de la recherche dénommée ‘‘Ma thèse en 180s’’. L’édition internationale 2017 a été remportée par une jeune chercheuse béninoise. Au niveau des Enseignements Primaire et Secondaire, nous accompagnons l’amélioration des pratiques enseignantes à travers le programme Appui à la Professionnalisation des Pratiques Enseignantes (APPRENDRE), financé par l’AFD. Au niveau de la gouvernance, nous pouvons citer l’appui à l’élaboration du plan d’orientation stratégique de l’ENEAM qui permet aujourd’hui à cette école de passer à un nouveau cap au plan international. Nous ne pouvons pas être exhaustifs.

Vous avez initié des actions dans le cadre de la lutte contre la pandémie du Coronavirus en direction des universités membres. De quoi s’agit-il ?

C’est une période compliquée pour tout le monde. L’AUF a pris le problème à bras le corps dès le début du mois de mars et a mis en place un plan spécial Covid-19 en direction de toute la communauté universitaire de ses 990 membres et du système éducatif. Ce plan se décline en quatre axes. Le premier est interne avec une restructuration de notre façon de fonctionner pour être présent et pouvoir répondre efficacement à nos membres. Sans vouloir aborder tous les axes, je vais citer la mise à disposition de ressources pour la communauté. L’AUF a mis en place depuis quelques années une plateforme de ressources qui s’appelle Bibliothèque Numérique du Nouvel Espace Universitaire Francophone (BNEUF) qui compte plus de 17 millions de ressources éducatives aujourd’hui en textes et en vidéos. Cette plateforme a été remise à jour et mise à la disposition de la communauté. Dans les jours à venir, il y aura des webinaires répétitifs pour former le plus grand nombre à l’usage et à l’adoption de cette plateforme. Nous avons ouvert auprès de l’Institut de la Francophonie pour l’Ingénierie de la Connaissance (IFIC) une plateforme pour abriter toutes les institutions qui n’ont pas les capacités pour héberger et accueillir leurs cours à distance. Nous avons mis en place avec la conférence des doyens des facultés de médecine, un programme de conférences régulières et tournantes pour informer sur l’évolution et tout ce qui se fait contre la Covid-19. Nous avons lancé un appel à projets spécial pour accompagner la recherche et l’action contre la Covid-19. Cette action permet à toute initiative qui se crée au sein des universités ou développées par la société civile de postuler pour avoir jusqu’à 50.000 euros pour la riposte contre la Covid-19. Sur le plan national, nous sommes en train d’accompagner dans le groupe de travail Enseignement Maternel et Primaire avec les PTFs, les actions du MEMP à mettre en place un plan de continuité pédagogique. Les enregistrements se font présentement à Porto-Novo. Particulièrement, nous aidons quelques établissements, notamment deux, à mettre en place leurs programmes de formation à distance.

Quels sont les défis que doit relever le Bénin en termes de numérique éducatif ?

Nous avons des défis de la production de ressources et de contenus de qualité pour l’enseignement et la formation. C’est aussi le défi des infrastructures. Le Bénin travaille là-dessus. Il y a aussi le défi de l’accès. Au-delà des infrastructures, quelles sont les ressources que les gens ont pour accéder au contenu.

Quels sont les perspectives pour le CNF de Cotonou ?

La première, c’est de matérialiser complètement la migration en CNEUF. Le CNFC doit embrasser réellement cet axe. Pour le faire, nous souhaitons développer au sein du campus numérique, deux nouveaux pôles et de nouveaux types de services. Nous en appelons aux partenaires pour nous accompagner. Le premier pôle, ce sont les ateliers d’aide à la formation et à l’entrepreneuriat qui sont des lieux où nous souhaitons accompagner les filières scientifiques de nos universités membres à développer cet esprit entrepreneurial en mettant à disposition un certain nombre d’outils et de mécanismes. Le deuxième pôle, c’est cet espace ouvert où il y a de la productivité, de l’entraide, de la mutualisation des savoirs et une synergie des intelligences pour créer l’université de demain.

Propos recueillis par Serge David ZOUEME

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