Maxime Moïse Agbodandé, DBSU, parlant des bourses étrangères : " Les bacheliers n’arrivent pas à constituer leurs dossiers à temps "

Les résultats des examens, notamment ceux du Baccalauréat sont connus depuis quelques jours déjà.

C’est alors la période idéale où les bacheliers et leurs parents courent après les différentes opportunités de bourses d’études à l’étranger. Pourtant, à la faveur d’un entretien sur un plateau de télévision, Marie-Odile Attanasso, Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (MESRS) a déploré l’absence des candidats béninois aux différentes opportunités de bourses étrangères qui étaient encore disponibles. Qu’est-ce qui explique cet état de choses ? Eléments de réponses à travers cet entretien réalisé avec Maxime Moïse Agbodandé, Directeur des Bourses et Secours Universitaires (DBSU).

Educ’Action : Quels sont les pays qui offrent généralement des bourses au Bénin ?

Maxime Moïse Agbodandé : Nous sommes actuellement dans la fièvre de certaines bourses étrangères appelées encore bourses de coopération. Ces bourses sont les bourses marocaines, tunisiennes et algériennes. Lorsque les dossiers seront clôturés, la DBSU passe à l’étape d’instruction où chaque dossier est instruit pour être présenté à la Commission Nationale des Bourses et Secours Universitaires (CNBSU) qui va tenir sa session prochainement. Elle va étudier les dossiers de demandes de bourses relatifs aux bourses que nous avons actuellement. Il y a aussi d’autres pays qui offrent au Bénin des opportunités d’études à l’étranger. Il y a la Russie qui offre un nombre important souvent autour de 50 et 60. Il y a aussi le Cuba, le Brésil, le Vénézuéla,...
Des étudiants se fient aussi à internet pour capter des bourses.

Qu’en pensez-vous ?

Notre responsabilité n’est pas engagée dans ce type de bourse et je m’en méfie énormément. Les bourses que nous traitons ici sont des bourses de coopération transmises au MESRS par le biais du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération. Ce que les gens envoient par internet ne me rassure pas. Il y a aussi des bourses en ligne pour lesquelles le ministère des affaires étrangères communique l’adresse du site au MESRS. Le cabinet du MESRS à son tour nous envoie les documents et nous en faisons une large diffusion.

Quelles sont les conditions pour bénéficier des bourses étrangères ?

Le pays donateur fixe ses critères, nous aussi nous avons nos critères au Bénin. Notre critère fondamental ici, c’est de ne pas être boursier au plan national. Cela nous évite le cumul de bourses. C’est l’un des principes qui gouverne l’octroi des allocations universitaires. Il y a aussi d’autres principes comme celui de respecter les dispositions législatives du pays donateur, ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures du pays. Il y a aussi des pays qui ont leur spécificité. Le Maroc par exemple dit qu’il faut avoir la mention Très Bien, Bien ou à la rigueur Assez-Bien. L’âge est parfois limité à 23 ans face à certaines opportunités de bourses. Il y a même un pays qui dit par exemple de ne pas venir se marier à un citoyen national.

Généralement, qu’est-ce qui empêche les béninois de candidater ?

En général, ils ne sont pas à jour dans les pièces constitutives des dossiers, notamment le passeport. L’autre blocage c’est l’attestation du Baccalauréat. Ils ont la possibilité de retirer leurs relevés de notes à la Direction de l’Office du Baccalauréat, mais il faut un temps donné pour retirer l’attestation du Bac. Cela se gère de façon consensuelle avec l’Office quand l’étudiant présente le relevé de notes du Bac. De même, quelqu’un qui jusqu’en classe de terminale n’a pas pensé à retirer son certificat de nationalité à temps, ne pourra pas le faire en deux jours, à la dernière minute ! Donc, c’est aussi le manque de prévoyance qui fait que certains n’arrivent pas à constituer leurs dossiers à temps. Or, les pays donateurs fixent un délai. Si vous ne le respecter pas, vous risquez de voir vos boursiers ne pas être acceptés par ces pays.

L’argent n’entre pas en jeu ?

Quel argent ? Je vais vous raconter une histoire. On était en séance de travail quand un directeur a reçu un appel urgent de son épouse. Elle lui a dit qu’un jeune homme l’a appelée pour lui dire que son fils est en train d’avoir une bourse russe. Donc elle doit payer un certain montant afin de garantir la place de son fils. Elle était affolée au téléphone. Le mari lui a dit que le DBSU même est en face de lui et qu’il va s’informer. Il m’a dit ce qui se passait et a demandé si je reconnais le jeune homme qui demandait de l’argent en question, si ce dernier travaillait à la DBSU. J’ai répondu non, personne ne porte ce nom à la DBSU. C’est dire que les gens exploitent la DBSU [pour se faire de l’argent, ndr]. Quand vous regardez dans la cour, dans cette foule, vous ne pouvez pas savoir qui est qui. Il y a des gens qui viennent pour abuser de l’ignorance et de la naïveté des populations. Les populations doivent se méfier. Si quelqu’un confie son argent à un inconnu [qui prétend travailler à la DBSU, ndr], cela fait son problème. C’est la raison pour laquelle j’ai mis des affiches partout dans la cour pour indiquer là où se fait le dépôt des dossiers de bourse. Si quelqu’un ne suit pas les affiches pour aller au lieu où on doit déposer les dossiers et se fait court-circuiter sur le chemin par quelqu’un qui dit qu’il va le faire à sa place, c’est son problème. Appeler les étudiants qui bénéficient de la bourse de coopération et demander leur si on leur a pris de l’argent ici et ils vous le diront ! Face à une commission composée de quinze (15) membres en provenance de cinq ministères et de quatre universités, vous pensez que l’affairisme est possible ? Cela n’est pas permis sinon je vous inviterais à assister à une séance de travail de la commission. Vous verrez alors comment les débats sont houleux et que la séance dure des heures. L’année passée par exemple, quelqu’un a été arnaqué à hauteur de deux millions (2.000.000) de francs CFA parce qu’on lui a dit qu’on va trouver une bourse canadienne pour sa fille alors que la bourse canadienne est supprimée.

Mais, existe-il des garanties financières à donner ou pas ?

Deux-cents quarante mille (240.000) francs CFA par an ! Cela est fixé en Conseil des ministres. On appelle cela complément de bourse. Le complément de bourse facilite l’intégration des boursiers à l’étranger. Cela vient compléter la bourse offerte par le pays donateur. Je donne un exemple, au Maroc, les frais de subsistance sont à sept cent cinquante (750) dirhams soit environ quarante-cinq mille (45.000) francs CFA par mois. Si l’étudiant béninois est dans une ville où la chambre coûte quarante (40.000) francs CFA alors il lui reste cinq (5.000) francs CFA. Les frais de formations sont totalement pris en charge par le pays donateur. Donc, les parents aussi doivent contribuer. Si l’étudiant était resté au Bénin, les parents ne vont-ils rien faire pour lui jusqu’à la fin de sa formation ? Maintenant, les deux-cents quarante mille (240.000) francs CFA à verser par an ne vont pas ailleurs, c’est directement dans la poche de l’étudiant. Nous, on ne voit même pas la couleur de l’argent. Cela est versé directement dans un compte au trésor et ils reçoivent une quittance. Maintenant, ils vont chez un notaire pour prendre un engagement notarié. Dès que les étudiants arrivent dans le pays en question, leur argent est transféré dans nos représentations diplomatiques. Là-bas, on leur demande d’ouvrir un compte dans lequel l’argent est viré. Il y a même des parents qui disent ne pas avoir la capacité de payer ces frais et on est obligé d’accepter. Puisque c’est l’enfant qui prend l’argent quand il est là-bas, si vous décidez de payer la moitié et qu’arriver là-bas votre enfant a des difficultés de subsistance, les responsabilités vont être situées.

Votre message pour conclure cet entretien.

Je souhaite que les gens viennent à la source de l’information, à la DBSU pour mieux s’informer par rapport aux opportunités de bourses, aux conditions à remplir et aux différentes pièces à fournir pour constituer leurs dossiers. Qu’ils évitent au maximum les intermédiaires. La DBSU est une structure publique. N’importe qui a la liberté de venir pour demander des informations. Si les usagers utilisent les intermédiaires, ils vont se faire avoir.

Propos recueillis par Adjéi KPONON

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