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Ephrem Hervé de-Souza, à propos de l’électrotechnique

"L’électrotechnique est un métier libéral où on n’a pas besoin de grand financement pour s’installer"

L’électrotechnique est un métier consacré aux travaux d’électricité et à l’installation de tous types de machines industrielles.

Dans le souci d’amener les lecteurs à mieux connaître ce métier, Educ’Action a rencontré Ephrem Hervé de-Souza, Proviseur du Lycée Technique Coulibaly et enseignant professeur certifié en électrotechnique. L’invité et spécialiste des questions électrotechniques de cette semaine de Educ’Action apporte des éléments de compréhension à cette discipline enseignée dans les lycées. Entretien!

Educ’Action : Qu’est-ce que c’est que l’Electrotechnique ?

Hervé de-Souza : On peut définir l’électrotechnique comme l’électricité industrielle. Parlant de formation, l’électricité industrielle s’acquiert dans les Lycées techniques industriels. Au premier cycle de la formation, on parle plutôt d’électricité simplement et au second cycle, on parle d’électrotechnique.

Quels sont les centres reconnus pour la formation en électrotechnique sur le territoire béninois ?

Après les Lycées techniques industriels, il y a des instituts et écoles du Supérieur qui forment également en électrotechnique. Un apprenant qui a fait le Lycée technique et a son Baccalauréat ou son diplôme de technicien industriel peut s’inscrire à l’Institut Universitaire de Technologie (IUT) de Lokossa pour faire une licence professionnelle ou il va à l’UAC à l’Ecole Polytechnique d’Abomey-Calavi où il fait les deux années préparatoires pour entrer dans le circuit d’ingénieur. Ce faisant, il sort ingénieur de conception en électrotechnique. Par contre, ceux qui ont le Bac C ou D peuvent directement se retrouver dans ces spécialités à l’université. Mais pour avoir la main pratique, ils sont obligés de passer par le Lycée technique industriel.

Combien d’années faut-il pour être électrotechnicien ?

Pour faire l’électricité d’abord au niveau 1, l’apprenant doit avoir le niveau de la classe de 5ème ou 4ème. Les deux accès pour faire cette formation, c’est soit par concours ou par étude de dossier. Quand il fait le concours, il est boursier de l’Etat évidemment, mais si c’est par étude de dossier, c’est l’inscription à titre payant. Après accès, il faut trois ans de formation sanctionnée par le Certificat d’Aptitude Professionnelle (CAP) en électricité. Au bout de ces trois ans, il peut décider d’aller travailler puisque le CAP est un diplôme professionnel ou il décide de continuer. Là, il repasse le concours ou il soumet son dossier à une étude pour commencer le second cycle. Au second cycle, il fait trois ans également, sanctionnés par le Diplôme de Technicien Industriel en électrotechnique. C’est la première formule. La deuxième formule, c’est que l’apprenant a déjà son Brevet. Il passe le concours ou il fait étudier son dossier et il rentre en seconde F3. Il fait trois années et il passe le Bac F3 qui est le Bac électrotechnique. Cela veut dire que celui qui a le diplôme de technicien industriel est apte dans la pratique que celui qui fait le Bac F3, parce que l’autre aura fait 6ans de formation tandis que le Bac F3 aura fait 3ans de formation et ils peuvent tous donc aller à l’enseignement supérieur dans les instituts ou carrément à l’EPAC. Mais pour aller à l’EPAC, il faut avoir de bases solides en mathématiques physiques pour pouvoir faire le diplôme d’ingénieur.

Quelles sont les débouchés de cette formation ?

Celui qui fait un Bac électrotechnique ou un DT électrotechnique a plusieurs débouchés possibles. Il peut se retrouver carrément à l’Institut Supérieur de Technologie ou à l’EPAC pour sortir Ingénieur de conception en électrotechnique. Maintenant, par rapport aux autres débouchés comme je le disais tantôt, après le Bac ou le DT, il peut se spécialiser en télécommunication, en automatisme ou encore en informatique industrielle.

Quelle différence peut-on faire entre l’électrotechnicien formé sur le tas et celui formé dans les lycées ?

La formation qui se fait dans les rues auprès des patrons est l’électricité bâtiment, tandis qu’au Lycée, c’est l’électricité industrielle. Généralement, ceux qui apprennent l’électricité bâtiment dans les rues n’arrivent pas à s’en sortir quand il s’agit du processus de démarrage des machines et équipements. Ils ne travaillent que sur le bâtiment alors que celui qui a fait le Lycée est plus apte à travailler sur les processus de démarrage des équipements ou machines. Je donne un exemple, pour quelqu’un qui veut installer sa scierie, l’électricien de rue n’est pas apte à pouvoir lui raccorder toutes ses machines alors que celui qui a fait le Lycée même avec son CAP peut le faire. Celui qui a fait le Lycée peut facilement aider quelqu’un qui veut ouvrir une boulangerie à installer ses machines, mais l’électricien de rue ne le pourra pas. Il y a beaucoup d’autres exemples. Par contre, celui qui a fait le Lycée est apte à faire l’électricité bâtiment et l’électricité industrielle parce que les deux premières années de formation sont consacrées à l’électricité bâtiment.

Comment se passe généralement la journée d’un électrotechnicien ?

La journée d’un pratiquant en électrotechnique n’est pas comme celle d’un artisan ordinaire. Il est appelé à se lever très tôt pour se rendre sur son chantier pour travailler. Le métier d’électricien fait appel à ce que j’appellerai de la vigilance, la concentration, la discipline parce que l’électricité, c’est une spécialité où le courant électrique tue très facilement. On peut être facilement électrocuté et mourir et donc, il faut être très vigilant, concentré, discipliné et j’ajouterai l’honnêteté. L’électricien va tôt sur les chantiers et il commence son travail qui se fait étape par étape parce qu’il doit travailler en même temps que le maçon, faire passer les tuyaux dans les murs, prévoir déjà les réserves par où doivent passer toutes les canalisations avant les poses des appareils, les essais etc… Il doit être très dynamique dans son travail parce qu’il ne peut pas faire le travail et au bout d’un an d’utilisation, il y a des accidents sur ce même chantier. Il doit savoir que le travail qu’il fait, certes, cela permet à l’utilisateur d’être à l’aise mais cela peut être également la cause d’accident ou de mort pour l’utilisateur. Il doit donc respecter les normes et les règles de sécurité dans son travail parce que c’est une spécialité où c’est forcément normalisé. Il doit savoir à quel niveau et à quelle hauteur il faut placer la prise, quelles sont les caractéristiques des équipements à utiliser parce que ceux qui sont indélicats n’utilisent pas ces règles. Au lieu d’utiliser peut-être des conducteurs de section 2,5 pour l’alimentation des prises, l’indélicat va utiliser 1,5 et le câble se chauffe facilement et crée des incendies et c’est ce qu’on observe à des moments donnés dans certaines administrations où on dit il y a eu incendie par ci par là.

Quels conseils avez-vous à donner aux jeunes pour les amener à faire le choix de l’électrotechnique?

Aujourd’hui, le Bénin est en train de s’ouvrir vers la formation professionnelle. Le jeune béninois doit enlever de sa tête qu’il faut forcément être diplômé. Tout le monde ne peut pas travailler pour l’Etat. Nous devons aller vers l’auto-emploi et l’électrotechnique est un métier libéral où on n’a pas besoin de grand financement pour s’installer. Il ne devrait pas avoir de difficultés majeures puisque c’est un métier où on n’a pas besoin de grandes machines ou d’équipements fortement chers pour l’exercer. Dans une maison systématiquement, il y a des ampoules, il y a la lumière et il peut déjà posséder par faire de petits dépannages qui lui permettront de subvenir à ses besoins. Déjà même, celui qui est apprenant au Lycée, dès les deux premières années, il peut déjà commencer par faire des dépannages dans les maisons pour se faire de l’argent parce qu’il y a toujours de construction et tant que les gens construisent, l’électricien doit pouvoir trouver du travail. C’est un métier où la demande existe, l’offre est là pour pouvoir quand même trouver le minimum pour se nourrir et répondre aux besoins fondamentaux de son foyer. C’est un métier qui nourrit aisément son homme. Je demande donc aux jeunes qui ont envie de venir vers le métier d’électrotechnique de ne pas hésiter. S’ils sentent qu’ils sont disciplinés, organisés, ils peuvent alors embrasser le métier d’électricien ou d’électrotechnicien.

Propos recueillis par Estelle DJIGRI

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