Interview exclusive de Eléonore Yayi Ladékan, Ministre de l’Enseignement Supérieur : « Il y aura le recrutement de 100 assistants pour 2020 »

 

Nous allons professionnaliser les enseignants et enseignements dans des secteurs prioritaires.

De tradition, toute nouvelle année rime avec des options, des priorités.

Le sous secteur de l’Enseignement supérieur lorgne à raison une bonne dose d’initiatives et de chantiers à ouvrir pour se rendre plus performant. Le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, Eléonore Yayi Ladékan, en a exposé quelques uns à la faveur d’une interview exclusive qu’elle a bien voulu accorder, le jeudi 09 janvier, à votre journal spécialisé Educ’Action dans les locaux du ministère. L’autorité ministérielle en a profité pour formuler ses bons vœux de nouvelle année à l’ensemble des acteurs de la communauté universitaire qu’elle invite par ailleurs au travail de façon coordonnée et responsable pour mériter collectivement et davantage la confiance des bailleurs et partenaires.

Educ’Action : Après 03 ans de mise en œuvre du PAG, quels sont les projets de votre département ministériel déjà réalisés et ceux en cours de réalisation ?

Ministre Eléonore Yayi Ladékan : Dans le secteur de l’Enseignement supérieur, il y a d’abord eu la restructuration de la carte universitaire. C’est de là que les grandes actions ont pris le départ. Il fallait déterminer ce que nous avons comme moyens, comme opportunités, comme ressources humaines afin de les restructurer pour rendre un service plus efficace. Il reste juste quelques éléments à finaliser pour tout boucler. En matière de grandes actions, on peut déjà dire que nous sommes revenus à quatre universités : deux universités pluridisciplinaires et deux universités thématiques, avec des campus qui sont reliés à chacune des universités. La réforme de l’Enseignement supérieur a aussi touché l’affectation des nouveaux bacheliers. Cette réforme est également presque bouclée. Lorsqu’un jeune élève obtient son baccalauréat, il n’a pas trop de soucis à se faire parce que le cadre est mis en place pour l’orienter et l’écouter sur ses choix. C’est vrai qu’il y a quelques petites faiblesses que nous avons déjà retouchées pour les prochaines fois. On ne peut pas dire que c’est la perfection ; chaque fois nous améliorons et au bout de trois (03) ans, nous avons beaucoup amélioré ce chantier. Nous avons également la création de l’Agence Béninoise de l’Assurance Qualité de l’Enseignement Supérieur (ABAQES). C’est une agence importante qui va véritablement remettre les interventions des uns et des autres dans leur cadre normal. D’ici là, on peut dire que c’est fini. Ce que chacun a à faire est déjà connu et chacun doit pouvoir travailler de façon responsable. En ce qui concerne nos amis étudiants, nous avons essayé de les encadrer également, de les aider à mieux organiser leurs interventions à travers les élections au niveau de leurs différentes organisations. On peut dire maintenant que nous avons des organisations estudiantines responsables qui sont crédibles et qui savent comment on mène les échanges avec les différentes structures. Que ce soit au sein de leurs universités locales ou avec le ministère, nous savons déjà le cadre institutionnel par lequel ils peuvent exprimer leurs préoccupations. S’ils ont des apports à faire, s’ils ont des suggestions à faire, le cadre existe déjà. Cela veut dire que quand les étudiants viennent pour étudier et qu’au même moment, tout n’est pas rose, ils doivent savoir comment procéder pour exprimer leurs préoccupations. C’est une avancée importante. La preuve, l’année dernière a été une année exceptionnelle. Les activités se sont déroulées dans une ambiance paisible dans laquelle les uns et les autres sont responsables et savent ce qui est attendu d’eux. Nous avons avancé aussi dans notre partenariat avec les Etablissements Privés d’Enseignement Supérieur. Vous avez également beaucoup attendu au niveau de ce chantier pour que ce qui se fait dans le public soit assaini au même niveau que ce qui se fait dans le privé. Il n’y a pas de position privilégiée pour nous au ministère. Que ce soit le public, ou le privé, l’apprenant qui se trouve de part et d’autres doit pouvoir étudier dans de très bonnes conditions. D’autant plus que lorsqu’il y a des opportunités qui se présentent, on ne dit pas qu’on recherche tel spécialiste du public ou du privé. On dit simplement qu’on recherche tel profil qui peut provenir du privé comme du public.

Quelles sont vos priorités pour 2020 en termes de défis à relever par le MESRS ?

En 2020, ce qui est urgent pour nous, c’est de pouvoir traduire dans les faits la digitalisation. Comment faire en sorte que le numérique soit au service du développement de nos universités. Vous voyez par exemple, le problème des inscriptions ; cela met du temps. Ainsi, lorsqu’on lance les inscriptions, cela se met en place sur une longue durée, ce qui nous fait perdre assez de temps. Nous avons des partenariats avec les banques, avec les opérateurs de téléphonie mobile car cette année, nous avons prévu de faire aboutir cette perspective pour que le temps que nous mettons dans nos différents services soit le moindre possible afin que le service soit plus consistant. Il y a le Conseil de l’Education qui sera installé, bien entendu, mais qui ne dépend pas de nous. En ce qui concerne les EPES, nous allons aborder le deuxième cycle des examens nationaux. Mais avant cela, nous allons régler les préoccupations résiduelles du cycle dernier. Finir ce portefeuille et s’assurer que chaque établissement qui est agréé ait son document et sache déjà ce qu’il a à faire. Les textes qui régissent ces établissements vont être toilettés et fouettés également. Le processus est déjà lancé et cela va être fait de façon consensuelle. Il y aura une bonne communication et une bonne vulgarisation de ces textes qui feront que chacun sera véritablement responsable de ses actes. Pour ce qui concerne les étudiants, nous avons bouclé les textes qui organisent le soutien que nous leur apportons dans leurs différentes activités. Cette année, ils doivent pouvoir faire des consultations à l’interne avec un bon arbitrage pour savoir qu’est-ce qui peut être financé dans leurs différentes activités parce qu’il faut qu’on les accompagne. Ce sont les jeunes qui vont animer la vie politique, la vie publique, la vie économique demain et c’est tout à fait normal que lorsqu’ils s’essaient, nous puissions les accompagner sur les bons comportements de citoyens modèles de demain. La recherche va vraiment être le chantier prioritaire, vraiment au sommet. Le volet recherche a souvent été occulté. Cette année, avec l’Agence Béninoise pour la Recherche et l’Innovation (ABRI), nous allons pouvoir aller vers la matérialisation et le fonctionnement de ces agences. Ainsi, nous pourrons dire que la politique de la recherche est connue, nous savons ce que nous voulons faire en matière de recherche et nous savons quel type de recherche il faut pour quelles solutions aux problèmes de nos pays. Cela va être un aboutissement heureux et important pour notre département. Je crois que ce sont les quatre programmes que nous avons : la gouvernance, l’Enseignement supérieur, la recherche et la vie de l’étudiant.

Qu’en est-il des infrastructures et des conditions de vie et de travail des enseignants ?

La question des infrastructures est une question centrale, une question permanente du moment où vous avez vu le flux que nous brassons ; nous ne resterons pas les bras croisés pour regarder le flux monter. C’est pour cela qu’en matière d’orientation, en matière de réformes, il y a cette réforme sur l’Enseignement technique et professionnel au niveau supérieur. Il s’agit des Instituts Universitaires d’Enseignement Professionnel (IUEP). Cela nous permettrait de réduire les flux, d’orienter en dehors de la formation générale que nous donnons. C’est la mission des universités : faire en sorte que l’ignorance soit chassée loin de nous, de faire en sorte que l’ensemble des citoyens soit formé. C’est déjà une grande mission. Mais ces formations sont différentes de celles qui aboutissent à la création d’un emploi. C’est là où nous allons pouvoir professionnaliser un certain nombre d’enseignants et d’enseignements dans des secteurs prioritaires qui seront accompagnés. Il y a beaucoup de secteurs, mais tous ne sont pas prioritaires. Il y a des secteurs qui sont très vitaux et qui ont besoin d’être renforcés. Du côté des enseignants, nous allons pouvoir les accompagner, les mettre dans de bonnes conditions de travail. Déjà, il faut que nous puissions nous assurer que l’enseignant prépare bien son enseignement, le déroule très bien et se professionnalise bien à travers ce qu’il fait. Les recrutements vont bon train et on a lancé le processus. La communication est déjà passée en Conseil des ministres. Les entités ont formulé leurs besoins et quand on dit besoins, il y en a toujours plus que ce qu’on offre. Ces besoins ont été retouchés et on a extrait l’essentiel. Il y aura le recrutement de 100 assistants pour 2020 également. Le Chef de l’État comprend et nous accompagne beaucoup, mais il exige que nous puissions faire les choses de façon responsable pour mériter qu’on puisse véritablement nous accompagner.

A l’orée de cette nouvelle année, quels sont vos vœux pour la communauté universitaire béninoise ?

La communauté universitaire béninoise est une très grande communauté qui fait beaucoup de choses en matière de services rendus à la communauté et de façon générale à la nation. Il est nécessaire et agréable de présenter les vœux à cette communauté qui nous est si chère. C’est pour cela que je voudrais sincèrement, à l’orée de cette nouvelle année, exprimer ma reconnaissance à tous les acteurs de cette communauté qui ont bien voulu également m’adresser leurs vœux. En retour, je voudrais leur adresser mes chaleureux vœux de paix, de grands succès, de grandes réalisations, et surtout de satisfaction morale dans ce que nous faisons. Je prie pour que nous disposions d’une robuste santé, d’une santé parfaite pour que nous puissions aller au bout des objectifs qui nous sont assignés. Les attentes sont grandes et il est tout à fait nécessaire que nous puissions nous donner la main dans un élan de grande solidarité pour atteindre ces objectifs. On ne peut pas aller vers l’atteinte des objectifs en rang dispersé. C’est pour cela que mes vœux vont également dans le sens d’une bonne organisation et d’une bonne compréhension de la mission qui est assignée à chacun et que de façon très responsable, nous puissions aller au bout de cette mission. Une bonne santé à tous et que nous puissions avoir la joie d’avoir été utile à une nation.

Quel est votre message pour conclure cet entretien ?

Le secteur de l’éducation est un secteur vital qui mérite d’être accompagné. Nous sommes ensemble et nous devons pouvoir travailler de façon coordonnée et responsable pour mériter la confiance de nos bailleurs et de nos partenaires. Je profite de l’occasion pour remercier tous les partenaires qui nous accompagnent et leur donner de nouvelles raisons de pouvoir nous accompagner.

Propos recueillis par Adjéi KPONON

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