Soutenance de thèse par visioconférence : Des efforts à faire pour une véritable interaction entre candidat et jury

 

La pandémie de la Covid-19 n’a pas épargné les activités académiques. Dans les universités d’ici et d’ailleurs, cours et évaluations sont désormais effectués en ligne. En tant qu’évaluations terminales, les soutenances de thèses de doctorat ont aussi pris le pli des visioconférences afin de s’adapter à la situation. Cela dit, des difficultés persistent encore du point de vue technique et de la capacité des acteurs à utiliser les équipements de visioconférence. Constat !

 

Freddy est tiré à quatre épingles, ce 09 juillet 2020. Dans son costume gris, cravate rouge sur une chemise blanche au col droit, les cheveux coiffés à ras, ses lunettes ont du mal à tenir à force de s’éponger le visage avec un mouchoir en papier, tant la pression était forte. Et pour cause, il ne la vivra qu’une seule fois, sa soutenance de thèse de doctorat en anglais. Assis dans la salle de formation du Campus Numérique Francophone de Cotonou (CNFC), en présence de ces deux géniteurs et du secrétariat de soutenance, il attend les membres du jury à qui il doit présenter le fruit de ses recherches intitulées : « English Spelling and Pronunciation : A Graphophonemic Study of Vowel Realization by Abomey-Calavi University English Undergraduates ». Pendant ce temps, Stefano Amèkoudi, directeur du CNFC plante le décor. Câbles, télécommandes, appareils et autres accessoires passent à tour de rôle entre ses mains dans des va-et-viens dans la salle. A 9heures 05 minutes, les membres du jury entrent en salle. Freddy, ses parents et les secrétaires se lèvent. Le temps de s’asseoir et tout est fin prêt. « Bonjour professeurs. Voici votre micro. Appuyez ici pour l’allumer et pour l’éteindre. Quand vous allumez votre micro, le candidat doit éteindre le sien », fait savoir le directeur du CNFC aux enseignants, tous de rang magistral. « Merci monsieur le directeur », répond le Professeur Flavien Gbéto, le président du jury. 9 heures 12 minutes, la soutenance commence.

Visioconférence, une solution aux multiples avantages …

« Chacun aura 15 minutes pour intervenir. Le candidat a 30 minutes pour faire sa présentation », annonce Flavien Gbéto, président du jury, avant d’inviter le candidat à se présenter devant le jury pour la lecture de la note de service autorisant la soutenance. Comme lui, ils sont cinq à conduire le travail scientifique de Amétépé Freddy Onézime Donnou. Des cinq enseignants, trois sont de l’Université d’Abomey-Calavi et les deux autres sont de l’Université de Lomé, au Togo voisin. Connectés via le dispositif de visioconférence, les professeurs Essowé Komlan Essizewa et Méterwa Akayaou Ourso acquiescent à ces dispositions de passage, ce qui donne le top à la soutenance. Selon l’impétrant, la visioconférence « est un moyen pour l’université de faire des économies, car lorsque les membres du jury international se déplacent, c’est aux frais de l’université ». La présentation de Freddy commence sous les regards vigilants du directeur du CNFC qui fait office de technicien du jour. Le véritable responsable technique du CNFC, c’est Franck Kouyami. Selon l’expert, la visioconférence a l’avantage de simplifier l’organisation technique d’une soutenance. Le premier point, c’est le déplacement des membres du jury qui n’est plus à l’ordre du jour, ce qui fait des économies substantielles pour les organisateurs. « Les participants n’ont pas à se déplacer. Cela est encore plus important en cette période de pandémie de la Covid-19 », soutient-il. Deuxième point, concernant les avantages de la visioconférence, selon Franck Kouyami, « elle permet de garantir que l’ensemble des activités relatives à la soutenance se fassent dans le respect des règles ». Dernier élément, c’est le stress causé par l’organisation matérielle chez le candidat. « Elle permet au candidat de s’affranchir du stress technique lié à la mise à disposition de son support de présentation (Powerpoint, office impress, …). Plus besoin de vidéoprojecteur. Il a juste besoin de partager son écran et sa présentation pour que l’ensemble des membres du jury aient accès à la présentation sur leurs écrans », explique le responsable technique. Malgré ces avantages, des problèmes techniques peuvent survenir lors des soutenances.

Des problèmes techniques aux causes diverses …

La présentation est finie. Les membres du jury délibèrent au sujet de l’appréciation à apporter au travail de Freddy. A la sortie de plus de deux heures d’échanges, il s’est confié au reporter pour partager son expérience de la visioconférence. « Au départ, je pensais que cela allait me stresser. Au finish, je n’ai pas ressenti de stress. C’est comme lorsqu’on est à la maison pour suivre la télé. Mais ce que j’ai déploré, c’est au niveau de la technique. Pendant ma présentation, le jury qui est à Lomé a juste vu le document Powerpoint de ma présentation, mais ils ne m’ont pas entendu », fait savoir le jeune homme, la barbe légèrement fournie, cache-nez au visage. En plus de cela, la présentation a été émaillée de légers flottements de la connexion internet, de la coupure du signal à Lomé, de confusion dans la manipulation des micros. « Ce que nous pouvons regretter, ce sont les coupures mais cela est dû à la technique », a aussi déploré le professeur Flavien Gbéto, président du jury. Interrogé sur les raisons de ces problèmes techniques, Franck Kouyami révèle les principales difficultés rencontrées lors des visioconférences qui touchent notamment aux équipements des usagers et leur capacité à les manipuler en situation de visioconférence. A l’en croire, « la première difficulté c’est la synchronisation des différents paramètres : les horaires, la compatibilité des équipements utilisés, s’assurer que chacun des participants dispose des supports techniques nécessaires en cas de difficulté à l’organisation ou lors du déroulement de la visioconférence ». L’autre difficulté récurrente, selon le responsable technique, c’est la compatibilité entre les différents logiciels. Par exemple, explique-t-il, « les gens qui vont venir utiliseront des ordinateurs qui ne disposent pas de la connectique adaptée à celle de l’équipement ou ils ne savent pas utiliser leur équipement avec le logiciel de visioconférence ». Par ailleurs, il ne manque pas de souligner les flottements de connexion internet qui nuisent à l’expérience des usagers. Cela dit, quant aux équipements du CNFC, il rassure : « le Campus numérique dispose d’un éventail de solutions qui permet d’avoir une compatibilité avec l’ensemble des solutions de visioconférence utilisée dans le contexte universitaire. Candidats et membres du jury n’ont pas manqué de proposer des solutions pour un meilleur déroulement des visioconférences.

Quelques pistes d’améliorations …

« A l’issue des délibérations, le jury l’a jugé digne du grade de docteur de l’Université d’Abomey-Calavi en études anglophones, dans la spécialité linguistique anglaise appliquée avec la mention Très honorable, à l’unanimité des membres du jury ». Par ces mots, le président du jury, le Professeur Flavien Gbéto, vient de déclarer Freddy docteur en anglais. Concernant le déroulement de la visioconférence, mise à part la chaleur humaine qui a manqué comme d’habitude selon lui, Flavien Gbéto ne manque pas d’apporter des pistes de solutions pour améliorer les soutenances de thèses et autres activités qui se déroulent en visioconférence. « Il faut améliorer l’aspect technique et aussi souhaiter qu’après la soutenance, le candidat puisse échanger avec les collègues qui sont à distance », affirme le professeur, sa toge d’universitaire en main. Freddy, quant à lui, propose que les spécialistes trouvent un moyen pour que le jury qui est à l’extérieur puisse écouter le candidat lorsqu’il fait sa présentation.

Adjéi KPONON

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