Après sa nomination à la tête du MESRS : Imbroglio autour de la succession de Eléonore Yayi Ladékan

Troisième vice-recteur en charge de la Coopération Universitaire et de l’Insertion Professionnelle avant sa nomination dans la nouvelle équipe gouvernementale, la succession de Eléonore Yayi Ladékan soulève moults interrogations au sein de la communauté universitaire.

Nombreux sont les textes qui régissent cette succession sans pour autant apporter des éléments précis sur le processus devant conduire au remplacement de la nouvelle ministre en charge de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique.

05 septembre 2019, le président de la République Patrice Talon fait le ménage dans son équipe gouvernementale. On enregistre des partants mais aussi de nouveaux entrants. Ce vent de remaniement a emporté Marie-Odile Attanasso pour faire venir Eléonore Yayi Ladékan au poste de Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (MESRS). Mais le hic, la nouvelle ministre est membre de l’actuelle équipe rectorale de l’Université d’Abomey-Calavi au poste de 3ième vice-recteur en charge de la coopération universitaire et de l’insertion professionnelle. Une préoccupante question hante l’esprit de la communauté universitaire : comment procéder au remplacement de Eléonore Yayi Ladékan ? Pour élucider le sujet, une rétrospective s’impose. Le 20 septembre 2018, le gouvernement de la rupture met le feu aux poudres avec un décret présidentiel N°2018-441 qui annonce des « mesures transitoires à la mise en œuvre de la réforme de la gouvernance des universités publiques du Bénin ». La réaction de l’intersyndicale des UNB ne s’est pas fait attendre. Suspectant une décision pareille avant qu’elle ne sorte des couloirs de la Marina, les enseignants du Supérieur avaient déjà fixé des banderoles dans des lieux stratégiques des universités publiques, notamment à l’UAC. Au moment où ils affûtent leurs armes, la détonation se produit. Cette détonation intervient au Conseil des ministres du 30 Janvier 2019 qui nomme les responsables des différentes entités de formation dans les UNB, avec l’effet d’une dynamite semblable à ce qu’on voit dans les mines d’exploitation de pierres précieuses. Précieuse, la démocratie universitaire est ébranlée et dès lors les syndicats bombent le torse. S’en suit alors des mouvements de mécontentement. Quel lien avec Eléonore Yayi Ladékan, demanderiez-vous certainement ? La réponse est aussi une question : comment organise-t-on sa succession dans une telle ambiance ? Loin des enjeux géopolitiques internationaux, il s’agit ici d’une question de confiance. Comment restaurer la confiance entre l’université et le gouvernement ? Comment maintenir la cohésion de l’équipe da Cruz et lui assurer un heureux mandat comme son prédécesseur ?

Gouvernement – université : bras de fer ou match amical ?

Le décret N°419 du 20 juillet 2016 portant Attribution, Organisation et Fonctionnement du MESRS stipule en son article 89 que « Les recteurs et les vice-recteurs des Universités Nationales du Bénin sont nommés par décret pris en Conseil des ministres sur proposition du Ministre, après leur élection au scrutin de liste conformément aux textes en vigueur ». A ce décret, ajoutons celui portant le N°2018-441 du 20 septembre 2018 dont l’article 2 précise que « A titre provisoire, les recteurs vice-recteurs, membre élus de Conseil d’administration d’Université, doyens, directeurs, vice-doyens et directeurs adjoints dont les mandats sont venus à terme, restent en place ». Décision remise en cause par le Conseil des ministres du 30 Janvier 2019 qui a nommé les chefs d’établissements de l’Université d’Abomey-Calavi. Si l’on s’en tient à cette logique, mis l’un dans l’autre, la déduction immédiate est que le remplaçant de Eléonore Yayi Ladékan sera nommé en Conseil des ministres. Comme le dit l’adage, la solution à un problème crée un nouveau problème. Ici, il s’agit de la légitimité académique. C’est une chimère : une équipe rectorale à moitié élue et à moitié nommée. C’est un vrai casse-tête que de se demander qui de la fraternité professionnelle ou de la légitimité académique va l’emporter, car les deux composantes vont de paire dans la cohésion de l’équipe rectorale. Ce qui conduit alors au match amical : laisser les choses telles qu’elles sont. « En attendant l’organisation des élections partielles : l’intérim du Recteur est assuré par le 1er Vice-recteur ; l’intérim d’un des Vice-recteurs est assuré par le vice-recteur présent ». C’est ce qui est mentionné à l’article 8 de l’arrêté 2017 N°271/MESRS/CAB/DC/SGM/DGES/CT-AAPDS/SA/041SGG17 portant organisation des 4ièmes élections des recteurs et des vice-recteurs des universités nationales pluridisciplinaires en République du Bénin. Ainsi, l’un des deux vice-recteurs restant de l’équipe de Maxime da Cruz va cumuler deux postes jusqu’à la fin du mandat, dans 15 mois. On revient alors à l’ancienne formule de deux vice-recteurs. Université et gouvernement fument alors le calumet de la paix et chacun repart de son côté. On pourrait le comprendre puisqu’il a fallu des mois avant que des postes vacants ne soient pourvus au gouvernement et, jusqu’à présent, des postes de préfets sont encore vacants. Cependant, l’arrêté sus cité relance la question des « élections partielles », ce qui semble justifié.

Elections partielles : Oui ! Mais …

Qu’est-ce qu’une élection partielle dans le contexte universitaire ? Comment cela s’organise et qui l’organise ? Voilà des questions que cela suscite. Les textes législatifs et réglementaires sont reconnus pour les définitions qu’ils font des différentes notions qu’ils abordent. Ce n’est pas le cas dans l’arrêté 2017 N°271/MESRS/CAB/. Il en est de même de la méthodologie à adopter pour l’organiser même si on peut imaginer qu’elle pourrait être semblable aux élections normales à quelques détails près. Ainsi, pourrait-on parler de scrutin de liste quand il s’agit de remplacer une seule personne ou encore, la commission de supervision d’alors continue-t-elle d’exercer vu que ledit arrêté n’est pas encore révoqué ? Cependant, des réponses existent en ce qui concerne qui organise ces élections partielles. Ce dernier, sinon cette dernière, c’est une structure de l’université : le Conseil d’Administration de l’université. Le décret N°2016-208 du 04 avril 2016 portant création, attributions, organisation et fonctionnement des Universités Nationales en République du Bénin, dispose en son article 37 : « En cas de vacance de poste de Recteur ou des Vice-recteurs pour cas d’invalidité sanitaire de trois mois dûment certifié par une autorité médicale compétente, ou, en cas d’empêchement définitif pour toute raison ou cause à la diligence du bureau du Conseil d’Administration de l’Université (CAU), le Conseil se réunit en session extraordinaire dans les soixante-douze (72) heures de sa saisine par son président ou à la requête du tiers (1/3) de ses membres. Le CAU dispose de quarante-cinq jours francs pour faire organiser les élections afin de pourvoir aux postes vacants. L’élu ou les nouveaux élus achèvent le ou les mandats entamé (s) ». L’article 69 précise : « Il est institué, dans le cadre de la gestion et du contentieux des consultations électorales dans les universités nationales, deux instances ad’ hoc chaque fois que de besoin : la Commission Electorale de l’Université (CEU) ; le Conseil Universitaire des Recours (CUR) ». Rappelons au passage que ce décret, signé par l’ancien président de la République n’a pas été abrogé par le décret N° 2016-638 du 13 octobre 2016 portant création de 4 universités nationales en République du Bénin, signé de l’actuel locataire de la Marina. Pour revenir aux textes, notons qu’aucune de ces structures n’existent à l’Université d’Abomey-Calavi, notamment le CAU. Jointe au téléphone, une source proche du dossier nous a confirmé cela en précisant que le CAU existe dans les universités thématiques (UNSTIM-Abomey et UNA Porto-Novo). Celle de l’UNA Porto-Novo aurait été déjà installée. Cependant, la relecture des textes des universités pluridisciplinaires d’Abomey-Calavi et Parakou est en cours pour pouvoir insérer ces dispositifs. C’est dire alors que le départ de Eléonore Yayi Lédékan de l’équipe rectorale crée un « vide institutionnel ». En même temps, organiser des élections partielles relancerait la question de pourquoi ne pas avoir organisé les élections décanales, il y a un an et par ricochet pourquoi avoir laissé la situation se détériorer à ce point entre l’intersyndicale des UNB et le ministère de tutelle ? Pour éviter toutes ces questions et s’éviter des maux de tête, on pourrait faire appel au banc de touche du match gouvernement-université.

Le CNE et les patates chaudes !

Les feux sont au rouge à tous les niveaux du système éducatif. Depuis les joutes électorales présidentielles de 2016, le régime du Nouveau départ a brandi l’étendard d’un Conseil National de l’Education tout-puissant comme la pierre angulaire de la construction d’un meilleur système éducatif. A la date d’aujourd’hui, les membres de l’équipe du Professeur Noël Gbaguidi sont connus. Le calme olympien qui prévaut laisse croire qu’ils affûtent leurs armes pour faire face aux défis herculéens qui les attendent afin de remettre le système éducatif sur les rails. Quand le décret N°2018-441 a été pris, les responsables du MESRS ont avancé l’idée que cela reviendra au CNE de gérer ces élections universitaires. Aujourd’hui encore, la succession de l’ancienne vice-recteure pourrait lui être envoyée comme une patate chaude. C’est dire alors qu’avant même de prendre fonction, la crédibilité de toute l’équipe est engagée dans un environnement où la confiance entre gouvernement et université est lézardée. Qui du gouvernement, du CNE ou du rectorat de l’UAC désignera le successeur de Eléonore Chikani Yayi Ladékan ? wait and see ! Une chose est certaine : l’intersyndicale veille au grain.

Adjéi KPONON

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