Mathias Affomaï, Conseiller Technique au MESTFP, à propos de l’Ecole des Métiers du Numérique : « Nous sommes dans une dynamique de formation d’un diplômé pour un emploi »

 

Le numérique est devenu une question stratégique pour toutes les nations, vu sa transversalité à tous les secteurs. Le Bénin a aussi décidé de ne pas rester en marge de cette révolution en mettant à la disposition du pays une ressource humaine de qualité. Un pan de la formation de cette ressource humaine de qualité a été confié à l’Ecole des Métiers du Numérique dont la création a été décidée en Conseil des ministres du 19 août 2020.

Dans cette interview exclusive, Educ’Action a tendu son micro à Mathias Affomaï, conseiller technique chargé du suivi des réformes et des projets du Ministre des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle (MESTFP), qui a en charge l’opérationnalisation de ce projet du Gouvernement. Il revient ici sur les tenants et les aboutissants de cette initiative qui veut doter le Bénin de Techniciens Télécoms au service des entreprises et de la nation. Entretien !

Educ’Action : Pourquoi une école des métiers du numérique au Bénin ?

Mathias Affomaï : L’Ecole des Métiers du Numérique est une réponse du Programme d’Actions du Gouvernement (PAG) et une réponse de la Stratégie Nationale pour la relance et la professionnalisation de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle (SN-ETFP). Cette stratégie a prévu au niveau de ses axes stratégiques, la numérisation et la professionnalisation des apprenants. Le domaine du numérique est aujourd’hui un domaine fondamental pour répondre aux problèmes de dématérialisation qui se pose dans l’administration béninoise.

Quels sont les enjeux qui ont conduit à la création de cette école ?

Les enjeux sont surtout humains en ce sens que le diagnostic a montré qu’il manque véritablement de l’expertise en matière de numérique au Bénin. Le Gouvernement a entrepris un vaste programme de distribution de réseau internet à haut débit, mais il s’est avéré que les ressources qualifiées pour conduire ce processus et mener à bien ces actions sont quasiment inexistantes. Pour résoudre ce problème, il fallait mettre en place une institution qui permette de former progressivement les ressources humaines qui puissent intervenir de façon professionnelle dans ce domaine. C’est ce qui a motivé la création de cette école qui bénéficie de l’accompagnement des partenaires français. Ils ont fait une étude de faisabilité qui a permis de faire l’état des lieux sur la question. C’est suite à cette étude de faisabilité que le Gouvernement a autorisé, en sa séance du Conseil des ministres du 19 août 2020, la création de cette école et a mis, à la disposition du Ministère des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle, pratiquement 500 millions de francs CFA pour qu’on puisse démarrer les travaux de réhabilitation du site qui doit accueillir cette école, les travaux d’installation du plateau technique qui doit permettre aux apprenants d’apprendre aisément, les infrastructures nécessaires pour faciliter un enseignement de qualité des apprenants qui seront recrutés.

Quelles sont les caractéristiques de cette école et le profil de ses apprenants ?

Il s’agit d’une école publique qui sera gouvernée par le privé. Il s’agit donc d’une gouvernance déléguée avec le suivi de l’État. Les apprenants qui seront accueillis par cette école ont le niveau Terminale pour faire le cycle complet. Le seul cycle avec lequel on veut démarrer l’école est le cycle de Technicien Télécom. En dehors de cela, c’est une école qui va aider les entreprises privées à former leurs agents pour répondre aux problèmes qui se posent à elles en matière d’installation de fibre et de résolution des problèmes de numérique en général. C’est une formation qualifiante au bout de laquelle les apprenants sortiront avec un diplôme de qualification professionnelle. Il s’agit d’une formation de dix (10) semaines avec une grande partie en entreprise. Il y aura deux (2) semaines de formation théorique et les autres semaines se feront en entreprise pour qu’ils prennent contact avec la réalité et fassent la pratique sur le terrain. Nous n’avons pas encore défini le nombre d’apprenants qui seront accueillis sur le site. L’appel au recrutement des apprenants va être lancé d’ici peu. C’est en tenant compte des infrastructures dont nous disposons que nous allons arrêter le nombre d’apprenants qu’il faut recruter. Comme il s’agit d’une formation purement professionnelle, il ne s’agit pas d’avoir des effectifs pléthoriques. Ce sera des effectifs réduits pour bien s’occuper des apprenants, de sorte à ce que nous ayons un diplômé égal à un emploi sur le terrain.

A quand le démarrage des cours ?

Il est prévu que les cours démarrent cette année mais vu que le site qui doit abriter l’école a un caractère inondable, il nécessite des travaux complémentaires. Nous sommes à pieds d’œuvre pour réhabiliter le site, installer le plateau technique pour que le site soit utilisable afin que les activités pédagogiques commencent normalement. Pour le moment, il est prévu que les cours démarrent au plus tard en février 2021. Les entreprises qui doivent réaliser les travaux de réhabilitation et d’installation des plateaux techniques sont sélectionnées déjà. Les contrats de travail sont signés. Je crois qu’à partir de la semaine prochaine, les travaux vont démarrer pour rendre le site utilisable.

Qu’en est-il des enseignants de cette école ?

Nous avons procédé au recrutement des formateurs. Ils sont au nombre de deux et doivent se faire former en France, au campus de Montereau qui est un établissement spécialisé dans les métiers du numérique. Ils seront formés pendant quatre semaines. Ils partiront le 30 novembre et reviendront le 27 décembre. Ils suivront la formation et prendront contact avec les apprenants de là-bas pour une immersion sur un site opérationnel doté du plateau technique adapté. Ils viendront implémenter ce qu’ils auront appris avec l’accompagnement des enseignants du campus de Montereau. En ce qui concerne le personnel administratif, nous avons recruté une directrice générale, un responsable pédagogique et chargé des relations avec les partenaires, un spécialiste en communication. Nous avons deux formateurs sur la liste d’attente qui seront envoyés en formation par la suite dès que d’autres sites de formation seront créés.

En quoi cette école correspond-elle aux priorités du développement du Bénin ?

C’est une école qui est purement en relation avec les entreprises. La SN-ETFP a prévu dans l’un de ses axes, l’implication du secteur privé qui est au cœur de cette stratégie. L’Ecole des Métiers du Numérique est en partenariat avec les structures privées. Les besoins des structures privées constituent ce qui doit conditionner les curricula de formation. On n’aura pas à former des apprenants qui ne seront pas directement utilisables par les entreprises privées. Nous sommes dans une dynamique de formation d’un diplômé pour un emploi. Les entreprises privées sont au cœur de toutes les initiatives prises ici afin de leur permettre d’améliorer leurs performances, d’avoir des ressources humaines qualifiées et compétentes, capables de les accompagner dans les activités qu’elles mènent.

Propos recueillis par Adjei KPONON

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