René Mathias Akakpo, à propos de la Stratégie de relance de l’EFTP : « Cette Stratégie n’irait qu’à l’avantage de nos jeunes frères et sœurs »

 

Elaborée et soutenue par les Partenaires Techniques et Financiers (PTFs), la stratégie de relance de l’EFTP est un document qui regorge de nouvelles dispositions prises par les acteurs sous le contrôle du chef de l’Etat pour repenser le système éducatif, en l’occurrence l’Enseignement et la Formation Technique et Professionnelle.

Cette Stratégie a bénéficié d’une table ronde Technique au cours de l’année écoulée et d’une table ronde de recherche de fonds le 28 février 2020. Pour s’imprégner des nouvelles offres proposées par cette stratégie dont la première phase est prévue pour se dérouler de 2020 à 2025, Educ’Action a rencontré René Mathias Akakpo, conseiller technique à l’enseignement technique et la formation professionnelle au MESTFP. A travers une interview exclusive, la Stratégie de relance a été abordée de fond en comble. Lisez plutôt !

Educ’Action : Le gouvernement de la Rupture a décidé de repenser le sous-secteur de l’EFTP. Qu’est ce qui justifie cette réforme ?

René Mathias Akakpo : Je voudrais avant tout propos féliciter le chef de l’Etat pour cette heureuse initiative de mettre en place une nouvelle stratégie de relance de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle. Comme dirait l’autre, il n’y a de richesse ni de force que d’hommes. Compte tenu de l’ambitieux programme qu’il a voulu développer pour notre pays, il était évident qu’il ait besoin de compétences, de ressources humaines bien qualifiées pour réaliser ses objectifs. Ses premiers constats sur le terrain est que depuis plus de quinze ans, nous n’avons plus de compétences surtout dans le domaine industriel, au point où pour assurer la maintenance des outils industriels, il faut aller en rechercher ailleurs. Il a donc mis l’accent sur ce sous-secteur et a décidé de cette réforme majeure qui va impacter la jeunesse de notre pays. Il ressort de son constat que nous formons des milliers de techniciens qui sont incapables de jouer pleinement leurs rôles dès qu’ils sont sur le marché du travail. Il a confié d’abord dans un premier temps à des commissions spécialisées de lui faire un diagnostic approfondi et a confié au ministère en charge de l’Enseignement Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle de mettre en place cette nouvelle stratégie en associant tous les acteurs de l’éducation, tous les acteurs de l’EFTP pour qu’ils puissent mettre en place cette stratégie et donner un nouvel élan au sous-secteur.

Quels sont les problèmes que révèle le diagnostic qui a été fait ?

Préalablement, je parlais du diagnostic fait par le chef de l’Etat lui-même de façon globale, et pour l’élaboration du PAG, ce diagnostic a été approfondi pour les différents secteurs économiques de notre pays qui sont à la base du développement. Au niveau des différentes commissions qui ont travaillé, nous avons fait le diagnostic approfondi du sous-secteur de l’EFTP. Ce diagnostic révèle les dysfonctionnements qui ont pour noms : capacité d’accueil insuffisante et faible équité dans sa répartition ; faible niveau de qualité des équipements techniques et pédagogiques qui sont pour la plupart obsolètes ; déficit en matière de formation et d’encadrement du personnel enseignant qui ne s’adaptent pas à la réalité technologique d’aujourd’hui, une gouvernance centralisée et peu inclusive, un financement insuffisant et peu diversifié, inadéquation entre l’offre de formation et le marché de l’emploi, une faible attractivité du système EFTP et aussi une part très limitée de la formation par alternance que nous n’avons pas pu développer. Il fallait donc relever ces défis en élaborant cette stratégie.

Que propose comme solutions, cette stratégie ?

Avec cette stratégie, nous avons pour devoir d’envisager la couverture quantitative et qualitative en infrastructures d’accueil conformément au besoin du marché et à la réalité économique dans nos localités ; d’analyser la couverture en personnel enseignant qualifié et le déploiement d’un dispositif d’encadrement efficace et suffisamment financé ; d’entrevoir l’établissement d’un ancrage de l’EFTP dans la structure économique. C’est pour cela que nous l’avons orientée suivant les secteurs économiques retenus dans le plan national de développement de notre pays ; d’assurer une veille stratégique d’observation et d’information du marché de travail et d’emploi au regard de l’ingénierie de la formation. Il faudrait aussi rendre les offres de formation de l’EFTP plus attractives, plus pertinentes et qualifiantes pour nos jeunes. Il sera question de la promotion d’une gouvernance inclusive intégrant étroitement les acteurs du secteur privé à la mise en place et à l’opérationnalisation d’un dispositif de financement adapté et efficient. Donc, ce sont les défis à relever et on s’y est attelé en associant tous les acteurs du public comme du privé opérant dans le système éducatif et surtout dans le sous-secteur de l’EFTP.

De façon détaillée, qu’est-ce qui sera concrètement fait dans le sous-secteur Enseignement Technique et Formation Professionnelle ?

Répondant aux orientations de l’UNESCO aujourd’hui, l’Enseignement Technique et la Formation Professionnelle sont étroitement liés. C’est pour cela d’ailleurs que nous avons envisagé l’harmonisation dans la dénomination de nos lycées techniques qui deviendront dorénavant Lycée Technique et Professionnel et vont assurer aussi bien l’enseignement technique que la formation professionnelle initiale ou continue. Il en sera de même pour les centres de formation professionnelle et les centres de métiers. Ces centres auront pour dénomination commune, centre de formation professionnelle et d’apprentissage (CFPA) à travers tout le pays. Donc, il y aura aussi bien la formation initiale des jeunes qui viennent dans nos lycées pour une formation initiale avec le BEPC ou bien des professionnels qui viendront pour la formation continue et des apprentis qui seront admis en formation duale dans les ateliers de formation et avec l’alternance au niveau de nos lycées. D’autres établissements seront créés compte tenu des besoins de l’économie nationale, compte tenu des réalités des différentes régions et compte tenu de l’ambition du gouvernement. Il sera mis en place d’autres dispositifs de formation à savoir la formation à distance, la formation itinérante qui seront organisées pour permettre à beaucoup plus de jeunes dans les arrondissements, dans les communes, de bénéficier des formations parce que nous irons vers eux à travers ces dispositifs de formation à distance ou itinérante qui seront assurés par des bus bien équipés et qui pourront assurer des formations dans un certain nombre d’arrondissements, selon l’organisation qui va être mise en place à partir de la mise en œuvre de cette stratégie. Le processus d’élaboration de cette stratégie a été conduit suivant une approche participative et une approche constructiviste qui ont permis de retenir globalement trois orientations stratégiques à savoir : la restructuration de la couverture en offre de l’EFTP ; l’amélioration de la coordination des dispositifs de pilotage de l’EFTP en lien avec l’emploi et la promotion de la gouvernance partenariale de l’EFTP. Dorénavant, nous aurons des conseils d’administrations composés de personnels du public et on envisage même dans le cadre du Partenariat Public-Privé, une cogestion de certains établissements selon les dispositions de la loi-cadre qui a été élaborée. Dans le cadre de faciliter la mise en œuvre de la stratégie, il est prévu un arsenal juridique pour accompagner les actions que pourraient mener les ministères sectoriels avec les partenaires du secteur privé.

A quoi doit-on s’attendre dans les prochains jours comme mutations ?

La mise en œuvre de cette stratégie va démarrer vers fin 2020. Il est envisagé dans les tout prochains jours, la mise en œuvre du plan d’urgence de la stratégie. Donc, c’est l’An 1 de la stratégie qui va préparer cette mise en œuvre. A partir du diagnostic qui a été fait, il est évident que le personnel enseignant doit être formé conséquemment et il est prévu sur insistance du chef de l’Etat qu’on forme environ cinquante jeunes en deux ou trois ans à l’extérieur dans des écoles de renom afin qu’ils soient qualifiés dans les différents domaines où il y aura des offres de formations. Il est également envisagé la réalisation d’infrastructures avec des équipements de pointe ; la formation du personnel d’encadrement ; la formation des cadres du ministère pour que le dispositif de pilotage soit bien au point au moment du démarrage de la mise en œuvre et également l’élargissement des offres de formation. L’Etat ne donnera plus d’autorisation pour la création des établissements d’enseignement général, mais plutôt pour la création d’établissement d’enseignement technique et de la formation professionnelle. Il faudrait également encadrer cela pour que ces établissements soient bien équipés pour que les offres de formation soient pertinentes et attrayantes pour permettre aux diplômés de se réaliser socialement, de se positionner sur le marché du travail avec des compétences avérées. Il y a des commissions techniques spécialisées appelées également commissions techniques sectorielles qui vont se réunir pour décider de quelle formation on aura besoin.

Quelle est la stratégie mise en place pour plus d’affluence dans l’EFTP ?

Pendant que nous avons démarré l’élaboration de cette stratégie, le chef de l’Etat avait souhaité fortement qu’il y ait une inversion de la tendance pour que d’ici dix ans au plus nous ayons 70% d’apprenants dans le sous-secteur de l’EFTP et 30% dans le domaine de l’enseignement général et il y croit fermement. Donc progressivement, nous allons vers cette tendance en offrant des dispositifs. Cette initiative du chef de l’Etat va nous permettre de mettre en place suffisamment de dispositifs pour répondre aux besoins des jeunes ; de changer de paradigme, de changer d’orientation à certaines formations et d’outiller nos jeunes pour être compétitifs pour créer leurs entreprises afin de s’auto employer.

Cette stratégie pourra-t-elle booster l’économie locale ?

Nous avons associé les acteurs du secteur privé et même pour l’implantation des établissements dans les régions, nous tiendrons compte des réalités socio-économiques de ces régions et nous allons répondre au mieux à la mise en œuvre du PAG qui est très ambitieux. Aujourd’hui, nous avons des gens qui parlent encore de chômage parce que nous n’avons pas préparé notre jeunesse à répondre à ce PAG. Dans chaque domaine où l’apprenant se fera former, il saura avec précision ce qu’il doit faire pour combler l’attente. Il ne sera plus question d’importer des compétences d’ailleurs.

Il y aura donc relecture des curricula de formation ?

Absolument, nous avons commencé à jeter les bases d’ailleurs pour la relecture des curricula. Il y a des assistants techniques qui séjournent déjà chez nous périodiquement pour pouvoir travailler avec nos cadres sur les curricula. Donc, nous n’allons plus nous attarder sur des formations comme G1 où l’on dit secrétariat. Nous sommes en train de numériser au maximum les documents chez nous. Donc, il s’agit d’offrir à ces jeunes qui ne sont pas orientés vers les sciences ou bien la technologie, d’avoir des offres de formation adaptées aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, d’être outillés en numérique pour s’orienter autrement.

A quand les retombées de cette stratégie ?

Je dirai à la fin de 2020, nous espérons et nous nous battons pour cela. Nous avons prévu qu’un millier de nos maîtres artisans soient outillés et formés autrement. C’est une formation spéciale pour renforcer leurs capacités dans leur domaine et leur délivrer un CQP afin que la formation duale soit bien assurée. Donc, en attendant de mettre en place la VAE (Validation des Acquis d’Expériences), nous mettons en place cette formation spéciale pour leur permettre d’être mieux outillés pour accueillir des apprentis qu’ils vont former avec beaucoup de sincérité. Aussi, de nouveaux équipements vont être livrés dans les établissements. A la fin de 2020, nous aurions fini de former le personnel d’encadrement pour qu’ils soient dans de meilleures dispositions pour accompagner la mise en œuvre de la stratégie. Il en sera de même pour l’École Normale Supérieure de l’Enseignement Technique au niveau du ministère de l’Enseignement Supérieur de Lokossa qui assure la formation de notre personnel enseignant. Donc, ils seront également accompagnés financièrement et leur personnel aussi sera renforcé pour nous assurer de meilleures formations au niveau de nos enseignants. Donc, nous aurions fini sans doute d’élaborer la plupart des curricula nouveaux.

Il est prévu la formation d’une cinquantaine de gens à l’extérieur d’ici quelques mois. Avec cette pandémie du Coronavirus, quelles sont les mesures prises ?

Normalement dès le mois de Septembre, une cinquantaine de jeunes devraient être envoyés en Europe ou dans les pays du Maghreb pour leur formation. Ce mois-ci, on devrait commencer leur recrutement qui est d’ailleurs en cours de préparation avec l’Office du Bac, avec le ministère de la fonction publique. Mais après le recrutement, est-ce que les parents vont accepter que leurs enfants voyagent en septembre avec la Covid-19 ? Je ne pense pas. Mais déjà, nous avons commencé à anticiper avec les échanges. J’ai d’ailleurs été interpellé par le ministre de l’ETFP, le professeur Mahougnon Kakpo à ce propos. Les réflexions sont en cours, mais il est évident que nous allons dans un premier temps, peut-être après les recrutements, utiliser des compétences à l’intérieur, associer les compétences de l’extérieur pour qu’il ait un début de formation en ligne et mettre en place les équipements pour qu’ils soient vraiment imprégnés auprès des maitres artisans, auprès des professeurs de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle. Nous pourrons mettre en place un dispositif assez outillé avec l’Ecole Normale Supérieure de l’Enseignement Technique de Lokossa pour que nous ayons un bon résultat en attendant d’envisager des voyages d’immersion technologique pour parachever cette formation. Nous avons des compétences à l’interne qui peuvent faire une partie du travail, espérant que nous vaincrons grâce à Dieu ce virus et l’enterrer.

Sur quelles bases, ces jeunes vont être sélectionnés ?

Il est prévu bientôt la constitution d’une base de données qui se fera sur un concours, en collaboration avec l’Office du Baccalauréat, le ministère de la fonction publique, et les structures concernées pour faire le concours et constituer cette base de données. C’est en fonction des domaines et des métiers retenus que nous prendrons les meilleurs dans cette base de données. Cela est déjà envisagé et en principe si tout va bien avant le 15 juin, cette base de données serait déjà constituée pour l’EFTP.

Des dispositions en vue pour contraindre ces jeunes à rentrer au pays une fois la formation terminée ?

Il y a eu réflexion du côté gouvernemental en lien avec l’Assemblée Nationale pour qu’il y ait un arsenal juridique qui contraigne les bénéficiaires de bourses à revenir. C’est vrai, il y a toujours eu des engagements décennaux qui n’ont pas toujours été respectés, mais le gouvernement y pense sérieusement et c’est sûr que des dispositions vont être prises pour pallier à cela.

Que dire pour conclure cet entretien ?

Je voudrais pour conclure remercier le chef de l’Etat, remercier le ministre Mahougnon Kakpo qui nous a accompagnés dans la réalisation de cette stratégie. Remercier tous les cadres des ministères sectoriels qui ont travaillé pour l’élaboration de ces différents documents et espérer que l’engagement et l’enthousiasme seront du même ordre pour que nous puissions réussir la mise en œuvre de cette stratégie qui n’irait qu’à l’avantage de nos jeunes frères et sœurs que nous n’allons pas oublier parce qu’il y a des programmes spéciaux pour faciliter la formation professionnelle des jeunes filles et des femmes. Nous allons pouvoir réussir cette réforme et permettre au gouvernement de réaliser le programme d’actions avec ces jeunes qui seront bien compétents pour assurer la relève parce que c’est de cela qu’il s’agit. J’espère que la mise en place du CNE va permettre d’encadrer la mise en œuvre de la stratégie pour que les résultats soient à la hauteur de l’espoir du chef de l’Etat et de toute la nation.

Propos recueillis par Estelle DJIGRI

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