Candidate au BEPC pour la 4ième fois : Nébajoth Mahougnon Koudjo, le prix de la persévérance

S’il est vrai que l’échec est ce qui donne à la réussite sa valeur, il n’est pas à exclure qu’une série d’échecs peut couler ou assombrir la carrière d’un individu.

C’est le sort qu’a frôlé Nébajoth, mais fort heureusement, à force de persévérer, elle a fini par tirer son épingle du jeu.

 

Ouf est-elle tentée de dire ! Le Brevet d’Etudes du Premier Cycle (BEPC) session 2019 sourit enfin à Nébajoth Mahougnon. Après trois (3) tentatives infructueuses, il a fallu un quatrième coup d’essai pour que Nébajoth, presqu’au bord du désespoir, retrouve la joie d’espérer l’avenir en rose. Orpheline de père depuis les entrailles de sa mère, le parcours de Nébajoth se dispute entre sa volonté de réussir et les horreurs de la misère qui plombent son épanouissement. « On m’appelle Koudjo Nébajoth Mahougnon, je suis élève en classe de 3ième ML2 au CEG 1 Ekpè, je vais au BEPC pour la 4ième fois. Ma maman est ménagère, mon père est décédé avant ma naissance », confie tristement, à la veille du BEPC, Nébajoth,une fille en pleurs et rudement éprouvée depuis le ventre de sa génitrice. Elevée et éduquée par sa mère veuve, Nébajoth Mahougnon Koudjo, ne connaitra son père que grâce à la magie de la photographie. L’état glacial de son apparence attire la sympathie et l’amour. De teint naturellement bronzé, elle mesure environ 1,60 m de taille. En 2005, alors qu’elle avait cinq ans, les portes de l’Ecole Primaire et Publique du quartier Houinmè-Gbèdjromèdé dans le quatrième (4ième) arrondissement de Porto-Novo s’ouvrent à elle pour l’accueillir en classe du Cours Initial (CI). Au bout de six (6)ans, elle franchit le rubicond du Certificat d’Etudes Primaires (CEP). Devenue collégienne en 2011-2012, le cursus scolaire de Nébajoth ne connaitra aucun obstacle jusqu’ en classe de 3ième. C’est à ce stade que son cursus scolaire va commencer par enregistrer des déboires. Sa première tentative en 2016, à l’assaut du Brevet d’Etudes du Premier Cycle (BEPC) s’est soldée par un échec. Idem pour la deuxième (2ième) expérience en 2017.Cette situation d’échec, ajoutée aux fréquents ennuis relatifs à la santé de sa mère, a dû susciter leur déménagement de la maison familiale maternelle où est née Nébajoth. Désormais locataire, la veuve et l’orpheline vont pouvoir survivre grâce à la solidarité agissante de certains bons samaritains. Ces derniers envers qui la lauréate du BEPC 2019, ne cesse d’exprimer sa gratitude. Après le déménagement, elles ont atterri à Owodé, un village situé dans les périmètres de la frontière Bénin-Nigéria, dans la Commune de Sèmè-Podji. Mais Nébajoth et sa maman ne se verront que les week-ends.

 

Nébajoth, porteuse des germes d’endurance.

Depuis 2018, à la faveur d’un transfert scolaire, elle a poursuivi les cours au CEG 1 Êkpê, loin de son actuelle cité dortoir. C’est dans ce centre d’acquisition du savoir qu’elle enregistre son troisième coup d’échec qui semble sonner le glas de son parcours scolaire. Mais consciente de la maxime qui nous renseigne qu’: « aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire », Nébajoth reprend sa tenue kaki, mais sous une douleur morale. Aujourd’hui, malgré la débordante joie qui résulte de cette réussite, son passé lui laisse quelques traces indélébiles qu’elle garde en souvenir : « Pour mes trois précédentes années d’échec au BEPC, je n’ai jamais raté mes moyennes de classe. Je travaille souvent dans des groupes où nous traitons ensemble des épreuves. Si nous sommes confrontés à des difficultés, nous les soumettons à nos professeurs. En dehors du groupe, à la maison, les soirs, j’apprends mes cours et je traite toujours une épreuve avant d’aller au lit. Toutes les fois que j’ai été composée pour l’examen du BEPC, j’ai toujours espéré de bons résultats. Mais à la proclamation, c’est l’échec », a rappelé Nébajoth d’un air triste. Mais très tôt cette tristesse du passé s’éclipse et la joie du présent s’explose : « Je suis très contente pour ma réussite au BEPC session de mai 2019. Je remercie beaucoup Dieu qui m’a vraiment épargnée de la honte. Ma joie est grande ». D’autres personnes avec qui elle partage le même environnement, lui ont témoigné leur soutien.

Témoignages sur Nébajoth

Ruth Wachinou, professeur d’Anglais au CEG Vakon dans la Commune d’Akpro- Missérété témoigne de la bonne conduite et des qualités de la lauréate : « Nébajoth, je l’ai connue il y a six (6)ans à Porto-Novo. Je sais qu’elle est orpheline de père. Nous sommes membres de la même chorale où elle joue le violon et moi, la flûte. Ce qui m’impressionne chez elle, c’est son humilité et la curiosité qui la pousse à comprendre ce qui lui parait incompris. Pour ses échecs répétés au BEPC, j’avoue que cela m’avait toujours surpris. Mais aujourd’hui, c’est un jour de gloire. Quand j’ai eu l’information relative à sa réussite, mon cœur a loué l’Eternel et continue de le louer », a déclaré enthousiaste dame Ruth Wachinou.Quant à Maurice Savi, enseignant de Mathématique et professeur principal de Nébajoth au CEG 1 Ekpè, il n’a pas caché ses impressions : «Nébajoth est l’une de mes apprenantes en classe de 3ième ici au CEG 1 Ekpè. Au cours, bien que beaucoup d’élèves détestent la mathématique, je la vois réagir, soit pour poser des questions ou pour répondre à des questions. Mais malheureusement à l’examen, la chance ne lui souriait pas. Sa réussite cette année est une délivrance et je m’en réjouis beaucoup », a confié très ragaillardi Maurice Savi. Agée de 19 ans, Nébajoth confie n’avoir jamais eu de petit ami et jure n’avoir jamais cédé son dessous à un courtisan.Pour une fille qui se préserve des élans sexuellement sauvages mais peine pour son pain quotidien, il y a lieu de s’interroger sur le type d’activité qu’elle mène pour vivre.

maman

La maman de Nébajoth Mahougnon Koudjo

Activités de Nébajoth pour sa pitance journalière …

Quelle activité mènent la veuve et l’orpheline pour joindre les deux bouts ?A cette question liée à la subsistance, Nébajoth répond : « Les week-ends, je retourne à Porto-Novo pour la vente des sacs ‘’Dangoté’’. Entre temps, ma maman était malade. Alors, si je ne vais pas vendre, il nous sera difficile de survivre », a renseigné Nébajoth à la descente des reporters de votre journal à leur domicile à Owodé. Assise dans la cour d’une concession sans clôture, la veuve Koudjo Marina, mère de Nébajoth, moins de la cinquantaine s’est faite entourer d’un considérable stock de sacs connus sous l’appellation populaire de ‘’sacs Dangoté’’. « Mon nom, c’est Okan Marina. Je suis la maman de Nébajoth. Quand j’étais malade, c’est elle que j’envoie vendre les sacs pour notre survie. A la rentrée des classes cette année, elle avait passé plus de deux mois à la maison avant de reprendre les cours. Ma résolution était qu’elle va se présenter en candidate libre », a-t-elle déclaré d’une voix grelottante. Pourquoi changea-t- elle finalement d’avis ? Marina expose les faits et dit que Nébajoth était partie déposer ses dossiers quand le Directeur l’a renvoyée. Selon le Directeur, poursuit-elle, Nébajoth est encore très jeune pour postuler en candidate libre. Elle a obtempéré, mais l’accompagnement a fait défaut. D’un cœur brisé et angoissé, la veuve Marina avoue son incapacité financière à soutenir l’orpheline. « Elle m’a parlé des séances des Travaux Dirigés (TD) qui s’élèvent à 4000f voire 5OOOfcfa le mois au cours de l’année académique finissante. Je n’ai pas pu lui payer un seul mois.», confie la maman les yeux presque larmoyants. Ces propos de la maman témoignent clairement que la volonté de cetteorpheline de réussir sa vie se fait obstruer par les horreurs de la misère. Aussi anodin que peut paraitre ce fait, les propos de Lionel Jospin, ancien Premier ministre français, nous rappelle que : « Plus on se préoccupera tôt de l’enfant en difficulté scolaire, plus on évitera que l’échec ne se creuse. » Nébajoth, orpheline de père depuis les entrailles de sa mère semble bien être cet enfant en difficulté scolaire qui mériterait un sursaut de solidarité.

Jules A. LOKO (stg)

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