A quelques jours de la publication de la liste définitive des membres du CNE-NG : Des acteurs de l’Ecole parlent des premiers chantiers à ouvrir pour le secteur éducatif

Dans quelques jours, voire semaines, la communauté scolaire et universitaire connaîtra les vingt-quatre (24) membres définitivement retenus pour siéger au sein du Conseil National de l’Education (CNE-Nouvelle Génération).

Et déjà, des avis de certaines personnes rencontrées, la tâche s’annonce ardue et les défis immenses à la lumière de l’état de santé grabataire du système éducatif béninois. Sans langue de bois, ils ont tracé, dans des discours clairs, les sillons des premiers chantiers auxquels doit s’attaquer le CNE-NG.

Mouhamadou Yarou, Conseiller en Education à Plan International Bénin

« Le CNE-NG doit relire rapidement la Loi d’orientation de l’éducation nationale qui est en vigueur »

«A Plan International Bénin, nous pensons que c’est un très bon travail qui a été réalisé. Nous avons vu des nominations qui ont été faites en tenant compte des sous-secteurs de l’éducation. Parlant de la liste provisoire des 24 personnes, nous voyons que ce sont des gens qui peuvent vraiment faire le travail. Par rapport à la structure elle-même, nous pensons que le CNE doit être une structure très importante. Le CNE-NG doit être un organe qui a de réels pouvoirs de coordination des activités de tous les Ministères de l’éducation, des pouvoirs de propositions de stratégies. On vient de sortir de l’élaboration du Plan Sectoriel de l’Education (PSE). Désormais, ce sera donc le CNE qui va coordonner le PSE élaboré par le STP-PDDSE. Nous attendons que le CNE puisse prendre le leadership sur la revue de certaines politiques et lois sur l’éducation pour les rendre plus inclusives. Si on prend par exemple la Loi d’orientation de l’éducation nationale, c’est important qu’on puisse faire une nouvelle lecture de cette loi pour voir comment est-ce qu’on prend mieux en compte les filles, les enfants handicapés et comment on règle ce problème d’éducation de base. Il faut voir à quel âge on entre vraiment à la maternelle. Dans la Loi d’orientation de l’éducation nationale qui est en vigueur, c’est dit 2 ans et demi. Est-ce que ça va être toujours 2ans et demi ou c’est 3ans ? Il faut que le CNE nouvelle génération puisse rapidement prendre une nouvelle décision, faire une nouvelle lecture et nous le soumettre. »

Alexandre Adjinan, Enseignant du secondaire, syndicaliste, président de la Commission nationale des jeunes de la COSI-Bénin

« Il faut que le CNE-NG considère les différents acteurs, les écoute, les consulte pour que des propositions adéquates soient faites »

«Je commence d’abord par me prononcer sur la façon dont les différents acteurs ont été désignés. J’aurais souhaité que quelques-uns émanent des organisations syndicales les plus représentatives ; que l’on demande aux syndicats les plus représentatifs de dégager par sous-secteur un conseiller ayant le profil requis et le reste va être désigné par le Gouvernement. Maintenant, la désignation est faite, les noms sont provisoirement connus mais moi, je dis qu’il ne faudrait pas que ce soit un CNE qui travaille pour que les fruits des travaux ne soient pas exploités comme cela se doit. Les problèmes du système sont connus et ces membres doivent consulter régulièrement les acteurs du système. Cela doit être une gestion concertée. Lorsque je prends le sous-secteur de l’ESTFP, le nombre d’Inspecteurs, de Conseillers Pédagogiques est très insuffisant au point où lorsqu’il y a animation pédagogique de zone, les CP et les Inspecteurs sont obligés de coacher des collègues enseignants qui ne sont pas Conseillers Pédagogiques. Les Conseillers Pédagogiques, eux-mêmes, ne sont pas formés. Dans le décret 2015-592 du 21 novembre 2015 portant statut particulier des corps des personnels enseignants de l’enseignement du second degré, on a le corps des Conseillers Pédagogiques. Dans les dispositions transitoires de ce décret, il est dit que ceux qui sont dans le corps et qui remplissent les conditions vont être reversés et que désormais les CP comme les Inspecteurs vont être recrutés sur concours. Mais ils sont combien ? Et on a lancé leur formation qui n’a pas continué. Ça veut dire que le personnel d’encadrement n’a pas reçu la formation qu’il faut. Donc si on met en place un CNE, il doit s’occuper de ces problèmes. Doit-on continuer à donner les mêmes formations où on a les diplômes et on croise les bras ? Tout le monde crie entrepreneuriat, mais ce CNE doit réfléchir parce que l’entrepreneuriat ne se chante pas en l’air. Nous sommes dans un pays où on n’a pas répertorié les secteurs porteurs. Il faut que le CNE se demande dans 5ans ou 10ans, quels sont les profils dont on aura besoin. Quand on aura fait cette évaluation, on pourra reformer les curricula de formation et les adapter aux besoins sur le marché du travail. Sinon, on va toujours former des chômeurs. Il faut que le CNE considère les différents acteurs, les écoute, les consulte pour que des propositions adéquates soient faites dans le sens de l’amélioration du système éducatif béninois. »

Hervé Kinha, Coordonnateur national de la Coalition Béninoise des Organisations pour l’Education Pour Tous (CBO-EPT)

« ... que les membres du nouveau CNE accordent une attention particulière à la question de la qualité de l’éducation »

«Je regarde la liste provisoire et les personnalités qui s’y trouvent et je pense que c’est un bon travail de fouille qui a été fait. Ce sont des gens qui connaissent le système éducatif et qui sont capables d’apporter une plus-value au système éducatif. Toutefois, l’aspect genre a été complètement occulté. Nous voyons trois (03) femmes sur 24. Est-ce parce que les femmes ne sont pas nombreuses à déposer des dossiers ou est-ce que celles qui ont déposé n’auraient pas les compétences? En termes de priorités, il faut que le CNE-NG fasse mieux que le CNE précédent ; que les membres puissent vraiment connaître leurs rôles et responsabilités et maitriser les thématiques de l’éducation et qu’à la fin, on puisse mettre en place des groupes thématiques en fonction de l’expertise des uns et des autres pour pouvoir vraiment développer le secteur de l’éducation. Je voudrais que les membres du CNE accordent une attention particulière à la question de la qualité de l’éducation. Je fais allusion aux recrutements du personnel enseignant qualifié en nombre suffisant parce qu’aujourd’hui, il manque au niveau du primaire 12.000 enseignants. Qu’ils mettent en place des mécanismes appropriés et efficaces pour rendre professionnels les enseignants en renforçant périodiquement leurs connaissances académiques, notamment en mathématiques et en français. Ce sont les deux matières qui posent problèmes dans le secteur de l’éducation, selon les derniers rapports PASEC. La question de mobilisation des ressources doit également préoccuper le CNE. Lorsque dans un budget de l’éducation, on alloue près de 85% au payement des salaires et c’est moins de 20% qui sont orientés vers les investissements, cela pose un problème. Quand nous prenons le secteur de l’alphabétisation, son budget tourne toujours autour de 0,8% alors qu’il se fait que la question de l’introduction des langues nationales dans les Enseignements maternel et primaire constitue un défi pour le système éducatif. La question de la promotion des sciences à travers la valorisation des ETFP est très importante. C’est vraiment le moment pour l’Etat béninois, à travers le CNE, d’élaborer des réformes structurelles qui vont impacter vraiment et efficacement la question des sciences. La question de l’orientation des enfants est également une question cruciale à laquelle le CNE-NG doit penser. Je suggère aux membres de proposer à l’Etat des réformes qui vont toucher spécifiquement la question de l’égalité genre, de sorte que tous les enfants puissent trouver leur place dans le système éducatif. Donc, il va falloir revisiter les curricula de formation. Cela renvoie à la révision des programmes d’enseignements et des curricula. Aujourd’hui, le programme d’enseignements est assez lourd. Les élèves font cours de 7 heures à 19 heures et sont toujours collés à leurs cahiers. Le CNE doit donc vraiment évaluer notre programme d’enseignements et l’adapter au contexte national et international en matière de développement, de sorte qu’on apprenne aux élèves ce dont ils ont réellement besoin dans la vie. Il faudra, par ailleurs, faire une évaluation de la mise en œuvre de l’Approche Par les Compétences (APC) pour pouvoir l’alléger également et renforcer suffisamment les enseignants en cette matière. Le CNE doit souvent recourir à une large consultation des acteurs de l’éducation, en particulier les organisations de la société civile. Enfin, les membres du CNE doivent maîtriser le nouveau Plan Sectoriel de l’Education qui balise déjà le terrain. »

Réalisation : Estelle DJIGRI

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