Jean Pierre Bio Yara, directeur de l’Enseignement technique et la Formation professionnelle

" Nous sommes dans un processus où tous les Lycées techniques agricoles deviendront des collèges communautaires. "

Le nouveau vent qui souffle sur le secteur éducatif béninois semble bien donner la primauté à l’Enseignement technique et la Formation professionnelle comme un réel débouché de consommation des jeunes.

Pour mieux scruter cette sphère et cerner de près les actions qui s’y mènent, Educ’Action est allé à la rencontre de Jean Pierre Bio Yara, directeur de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle (ETFP) au niveau du sous secteur secondaire. Il a dressé le bilan de ses réalisations pour 2018 et fait des projections pour 2019. Aussi, a-t-il formulé ses vœux pour l’ensemble des acteurs du secteur éducatif béninois.

Educ’Action : Quel bilan faites-vous de l’année 2018 pour ce qui concerne l’Enseignement Technique et la Formation Professionnelle ?

Jean Pierre Bio Yara : L’année 2018 a été une année pleine pour l’ETFP. Lorsque nous prenons l’Enseignement Technique, il y a eu d’énormes progrès avec des lettres de mission que le Ministre a données à chacun des chefs d’établissements. A la suite de cette lettre de mission, chaque établissement a élaboré un programme de développement qui est aujourd’hui en cours. Il y a ce que nous appelons les centres incubateurs qui sont en train d’être installés. Cela signifie que nous contribuons à l’amélioration de l’employabilité. Cela est d’autant plus important qu’il ne faut pas former et laisser sur le carreau. Il faut s’occuper de ce que l’apprenant va devenir après formation. Donc sur ce plan, pour nous, c’est vraiment un bilan positif. Lorsqu’on vient à la Formation Professionnelle et à l’Apprentissage, l’année 2018 nous a permis de consolider le dispositif de Certificat de Qualification aux Métiers (CQM) que nous avons généralisé et cela fait que nous avons eu un tableau de félicitation de la part des artisans qui se sont rendus compte qu’en réalité, ce travail de généralisation de CQM avec le renforcement des acteurs à la base était profitable pour eux. Un troisième point, nous avons entamé une réforme en profondeur dans la tranquillité, mais avec méthode. Cela est venu après le 18 décembre 2017 où à la suite d’un séminaire gouvernemental, le chef de l’Etat s’est rendu compte qu’en réalité, on croirait que l’ETFP n’existait pas au Bénin et qu’il faut remettre les choses sur les rails. Un premier travail a été fait de janvier jusqu’en mars quand le chef de l’Etat a trouvé qu’il n’était pas véritablement ambitieux et qu’il faille aller plus loin pour assurer le développement de ce pays. Depuis octobre 2018, ce processus a été engagé et nous aurons deux tables rondes. Une première table ronde technique pour voir les stratégies à adopter ; la loi sur la formation professionnelle en lien avec l’emploi ; la stratégie nationale de développement de l’ETFP pour qu’il y ait une base. La deuxième table ronde va nous amener vers une mobilisation, vers une recherche de fonds où nous allons inviter les partenaires à se positionner. On est en train d’aller dans une vision que le partenaire ne viendra pas nous imposer quelque chose. Mais, le partenaire va se positionner sur quelques choses d’arrêtés qui vont être profitables pour le pays d’après nos contextes. A priori, d’ici à la fin du premier semestre de 2019, on serait arrivé à terme et un travail de mieux serait fait à l’ETFP.

Outre ces deux tables rondes énumérées, y a-t-il d’autres perspectives en vue pour l’ETFP en 2019 ?

En dehors des deux tables rondes, on doit faire quelque chose pour la gestion des ateliers puisque nous demandons à ce que la professionnalisation des apprenants soit intégrée dans la formation. Donc, au mois de décembre, nous avons fait un atelier où nous avons adopté un texte d’application de fonctionnement de tous les ateliers des centres de formation et des lycées techniques pour aller à la professionnalisation. En principe, le 15 février prochain, il y aura une rencontre bilan pour voir si le texte adopté est bien appliqué ; s’il y a des difficultés qu’il faut revoir. Autre perspective aujourd’hui, malgré la réforme engagée, nous nous sommes dit qu’il faut quand même que quelque chose d’autre se fasse. Nous sommes dans un processus où tous les Lycées techniques agricoles deviendront des collèges communautaires. Donc, des dispositifs de formation où ce n’est pas le professeur qui est là, mais c’est le formateur qui est intégré dans son milieu, qui va aller chez le paysan pour lui dire qu’on peut faire autrement ce qu’il fait, et lui proposer de venir dans son établissement pour qu’ensemble, ils le fassent afin que cela soit profitable aussi bien aux élèves qu’à lui pour améliorer la productivité. Nous avons pensé que continuer à travailler à la houe, va être difficile pour cette réforme. En même temps, on s’est rendu compte qu’il y a eu assez de problèmes avec le Programme de Machine de Mécanisation Agricole. Donc, nous avons dit qu’il faut initier une formation à la mécanisation agricole afin de former des jeunes qui seront véritablement capables d’assurer l’entretien, la maintenance, donc la réparation des tracteurs le moment venu. Voilà quelques perspectives qui nous tiennent à cœur au cours de l’année 2019.

A travers des découvertes faites dans les lycées, on a remarqué qu’il y a certaines filières qui se meurent parce qu’ayant moins d’apprenants et moins de filles surtout. Que pensez-vous faire pour améliorer les choses ?

En réalité, il y a des métiers qui sont dépassés et par conséquent la demande de formation dans ces domaines se fait de moins en moins. Il y aura, à travers la réforme dont j’ai parlé tantôt, la réforme des spécialités. Cela va même plus loin. Le Chef de l’Etat nous a instruits pour voir dans quelle mesure revoir les séries de formation dans les Collèges et Lycées d’Enseignement Général pour les adapter aux réalités d’aujourd’hui. Pour avoir plus d’apprenants dans nos filières, on va les rendre attractives afin qu’elles correspondent au temps. C’est à ce prix que, que ce soit femme ou homme, les gens viendront parce qu’il faut qu’on s’enlève de la tête aujourd’hui qu’il y a des métiers réservés aux femmes.

Comment est-ce que vous appréciez l’accompagnement médiatique du journal Educ’Action, spécialiste des questions éducatives ?

Je dirai félicitation à cet organe de presse. Cela va même au-delà des félicitations. Il porte l’éducation et c’est cela le professionnalisme. Ils sont de vaillants femmes et hommes consciencieux du développement de ce pays, très professionnels et qui vraiment nous accompagnent. Je sais ce que valent toutes leurs publications pour mes établissements en termes de demande de formation. Qu’il nous aide à dénicher les filières porteuses ; à aller vers la compréhension de tout le monde pour qu’on inverse la tendance de l’enseignement au Bénin. A l’Enseignement Général, ils sont 830.000 élèves, tout cycle, toute classe confondue. A l’ETFP, à peine 23.000 soit moins de 3% pour le compte de l’année 2018-2019.

Comment est-ce que la DETFP pense-t-elle soutenir à son tour l’organe de presse Educ’Action ?

Pour soutenir Educ’Action, c’est d’abord de favoriser les entrées dans toutes les structures dépendantes de la DETFP, que toutes les personnes travaillant dans ces structures soient disponibles à chaque fois pour donner les informations les plus fiables possibles. Il y a des dispositifs d’abonnement que nous connaissons bien, mais à l’état actuel de la direction, je ne peux rien garantir. Ça va être étudié.

Quels sont vos vœux pour les acteurs du système éducatif, notamment ceux de l’ETFP pour cette nouvelle année ?

Mes trois vœux, c’est la santé, la santé et encore la santé. Ensuite, je voudrais exhorter tous les collègues enseignants à la patience parce que je reconnais que les réformes sont toujours difficiles et mal comprises, mais avec de la patience, nous évoluerons. Aujourd’hui, la DETFP a une exigence. Quelle que soit la filière, la spécialité de formation, nous ne voudrions plus que les cours se déroulent uniquement en classe. C’est pourquoi nous parlons de patience. Dans un processus de formation, l’enseignant qui est au centre de recherche a besoin de patience pour faire les recherches, concevoir la leçon parce que ce n’est pas l’information bruite retrouvée dans un document ou sur internet qu’il va venir donner. Il doit prendre la patience de marcher cela, de ramener cela au niveau de l’apprenant.

Propos recueillis par Estelle DJIGRI

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